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Du «tourisme criminel» au Québec: en vacances ici pour cambrioler

Des Chiliens viennent en vacances pour dévaliser des maisons et envoyer l’argent dans leur pays avant de fuir

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Une nouvelle forme de tourisme s’est installée au Québec avec l’arrivée de « vacanciers » plus intéressés par les cambriolages de résidences que par les visites guidées.  

«Ce sont principalement des Chiliens qui arrivent au pays en tant que visiteurs, dévalisent des maisons, envoient l’argent dans leur pays et retournent chez eux, à moins de se faire attraper», explique au Journal une source bien au fait du dossier.  

Dans les deux dernières années, Le Journal a recensé une vingtaine de cas qui seraient liés à cette forme de « tourisme ». Mais comme il s’agit de véritables professionnels, le nombre pourrait être bien plus élevé.  

Interpol enquête sur ce phénomène mondial, tandis que le puissant FBI américain leur a trouvé un nom : les South American Theft Groups (groupes de voleurs sud-américains).  

«D’expérience, quand ils se font attraper et condamner, la plupart se font déporter dans leur pays après avoir purgé les deux tiers de leur peine», explique l’avocat Michael Morena, qui a défendu quelques-uns de ces «touristes». 

   

Nouvelle vague  

Le plus récent dossier remonte à la semaine passée, quand la police de Montréal a épinglé trois présumés cambrioleurs.  

Christopher Jes Pena Dote, Ritchy Nicolas Medel Cardenas et Carlos Ivan Urra Aranis, âgés respectivement de 33, 22 et 29 ans, sont accusés de deux introductions par effraction à Saint-Eustache, sur la Rive-Nord de Montréal, ainsi que de méfaits sur une porte et des fenêtres, tous commis le 4 mars.  

Ils sont présentement en détention préventive et la Couronne compte bien s’opposer à toute caution.  

«Le risque de récidive est élevé, ils pourraient fuir vers le Chili s’ils sont libérés sous conditions», a confié une source.  

Avant eux, les policiers ont réussi à arrêter plusieurs de ces touristes cambrioleurs.  

Ainsi, en janvier 2018, un autre « visiteur » sud-américain a écopé de 90 jours de prison pour introduction par effraction dans une résidence montréalaise.  

En plein jour  

Et l’année d’avant, les policiers étaient partis aux trousses de criminels qui avaient dévalisé une vingtaine de résidences à Hampstead et dans l’ouest de Montréal. Les malfrats agissaient en plein jour et en quelques minutes à peine, fracassant une porte ou une fenêtre pour entrer dans les logements.  

«Pendant qu’un des suspects monte la garde, l’autre sonne à la porte du domicile ciblé. Lorsqu’il n’y a pas de réponse, l’un d’eux se rend à l’arrière pour s’introduire dans la résidence», expliquait la police de Montréal.  

C’est d’ailleurs grâce aux images diffusées que les autorités auraient mis le grappin sur Medel Cardenas la semaine passée. Son enquête sur remise en liberté est prévue aujourd’hui.  

Lors de la dernière audience, la Couronne a annoncé qu’elle envisageait de faire témoigner un expert, sans donner davantage de détails.  

Des voleurs aux tentacules internationaux  

Pour ces voleurs sud-américains, le Québec n’est qu’une destination parmi d’autres pour cambrioler des maisons. Le phénomène est répertorié partout dans le monde, avec des cas en Ontario, aux États-Unis, en France et en Australie notamment.  

«L’important pour eux, c’est de ne pas avoir de casier criminel dans le pays où ils atterrissent afin de ne pas éveiller de soupçons», a expliqué une source au Journal.  

L’absence d’antécédent criminel semble être aussi importante afin d’avoir une circonstance atténuante lorsqu’ils sont attrapés et condamnés.  

Ainsi, en décembre dernier, la police australienne a procédé à l’arrestation de cinq hommes et trois femmes, tous des touristes chiliens.  

1 million $  

Ils sont accusés d’environ 80 introductions par effraction qui leur avaient permis d’amasser plus de 1 million $ en argent et en bijoux.  

Deux ans plus tôt, la police de Canandaigua, dans l’État de New York, a arrêté trois ressortissants chiliens qui opéraient de la même façon.  

Le FBI est d’ailleurs bien au fait de la situation, tout en soulignant la difficulté d’infiltrer ces cellules criminelles.  

Mobiles  

«Ces groupes sont souvent constitués de personnes venant du même village, ce sont des groupes tissés serrés, indique l’agence fédérale américaine sur son site internet. Leurs équipes sont extrêmement mobiles, ils bougent de ville en ville et même de pays en pays.»  

Un groupe de recherche, le South American Theft Group Intelligence Network, a même été créé afin de mieux contrer ces criminels.   

210 000 $ en quelques minutes  

En mai 2018, deux touristes chiliennes dans la vingtaine ont gagné le gros lot en dévalisant pour 210 000 $ de biens lors d’un cambriolage dans une résidence d’Hampstead, en utilisant le même modus operandi que d’autres avant elles.  

Après s’être assurées que les occupants étaient absents, Annais Medel et Camila Andrea Balboa Acuna n’ont mis que quelques minutes pour voler des bijoux de grande valeur dans la chambre principale, après avoir fracassé une fenêtre.  

«Il y avait une bague Cartier de 30 000 $, des boucles d’oreilles, un sac à main... avait expliqué le procureur de la Couronne au dossier. Nous considérons qu’il s’agissait d’une opération organisée, et ces deux femmes ne sont pas les organisatrices.»  

Les deux voleuses n’ont toutefois pas pu profiter de leur butin, puisqu’elles ont été pincées alors qu’elles tentaient de vendre les objets volés dans une brocante de la rue Sainte-Catherine, à Montréal. Elles ont toutes deux écopé de 15 mois de prison.  

Trois vols en trois semaines  

Dès son arrivée à Montréal, un «touriste» sud-américain n’a pas perdu de temps pour se lancer dans les cambriolages. Alex Fabian Barrera Pasmino avait 23 ans quand il s’est fait arrêter pour trois introductions par effraction à l’automne 2017.  

«Il venait d’arriver en provenance du Pérou», avait expliqué à la cour le procureur de la Couronne, Yves Fortin.  

Le voleur avait réussi à empocher quelques milliers de dollars en vêtements griffés, en argent comptant et en matériel électronique.  

«Dans un des cas, le montant volé est évalué à 7800 $, mais il faut ajouter la perte des données contenues dans l’ordinateur portable d’une des victimes», avait dit le procureur.  

Compte tenu de l’absence d’antécédents judiciaires, Barrera Pasmino s’en était sorti avec neuf mois d’incarcération, au terme desquels il a été expulsé du pays.  

Des centaines de larcins en Ontario  

Les autorités ontariennes ont élucidé près de 400 introductions par effraction en avril 2018 en arrêtant pas moins de 14 « touristes criminels ».  

Dans un communiqué rapporté par plusieurs médias, la police d’Halton, entre Mississauga et Toronto, le montant des vols était évalué à 2,7 millions $.  

Selon les autorités, tous les accusés étaient de nationalité chilienne et étaient particulièrement efficaces, puisqu’il leur fallait moins de six minutes pour dévaliser une résidence.  

«Ils ciblaient des bijoux, des montres, des vêtements griffés et de l’argent comptant», avait dit un enquêteur lors d’une conférence de presse.  

L’enquête, qui avait duré un mois, a été déclenchée grâce à de l’information fournie par le public.