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Malaise croissant au Venezuela, épuisé par la crise énergétique

Malaise croissant au Venezuela, épuisé par la crise énergétique
AFP

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Le malaise s’est accru mardi au Venezuela avec une manifestation de l’opposition et l’appel de Nicolas Maduro à la « résistance active » de la population, épuisée par une panne qui rentre dans sa sixième journée.

Peu après 15 h 00 (19 h 00 GMT), à l’heure convenue du rassemblement à Caracas, les premiers sifflets ont retenti dans les rues de Caracas accompagnés de concerts de casseroles, les « cazerolas » de protestation, et d’avertisseurs. 

Ouvert par une grande banderole aux couleurs du Venezuela, le cortège devait se diriger vers l’immense quartier populaire de Petare, dans l’est de la capitale, où Juan Guaido était attendu pour un discours à la tombée du jour. 

Des rassemblements similaires ont été convoqués dans tout le pays. 

Le leader de l’opposition qui s’est autoproclamé le 23 janvier président par intérim, fait depuis la mi-journée l’objet d’une enquête « pour son implication présumée dans le sabotage du système électrique » a annoncé le procureur général, proche du régime. 

Selon le ministre de l’Information Jorge Rodriquez, « le courant est rétabli pratiquement dans tout le pays, mais la bataille électrique continue »: la plupart des États ont retrouvé de 75 à 100 % de leurs capacités, sauf dans l’ouest, selon une liste officielle. Informations encore difficiles à vérifier, mais les communications elles aussi se rétablissent progressivement. 

 

Malaise croissant au Venezuela, épuisé par la crise énergétique
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Journée chômée

Le gouvernement a de nouveau décrété une journée chômée jusqu’à mercredi matin, comme tous les jours depuis le début de la panne jeudi en fin d’après-midi. 

Pour M. Maduro, les attaques « cybernétique » et « électromagnétique » contre la centrale de Gurri, dans le sud du pays, sont organisées par les États-Unis pour « désespérer » la population, afin de justifier une intervention militaire. 

Pour l’opposition, ce chaos qui a plongé pratiquement tout le pays dans le noir est dû à la « négligence et à la corruption » du régime. 

Une correspondante de l’AFP qui a pu s’en approcher mardi a observé un déploiement militaire aux abords de la centrale.  

Face à la gravité de la situation, Guaido avait fait voter lundi par les députés l’état d’alerte et convoqué les Vénézuéliens dans les rues pour protester contre cette gigantesque panne. 

Le chef de l’État Nicolas Maduro avait répondu le soir par un appel à la « résistance active » de la population contre des attaques fomentées selon lui « par les États-Unis ». 

M. Maduro a notamment cité dans une allocution télévisée les « colectivos » qui désignent aussi bien les groupes de citoyens œuvrant pour la communauté que des formations violentes de sinistre réputation, agissant en milice. 

Signe de fébrilité, un journaliste et défenseur des droits humains, Luis Carlos Díaz, a été arrêté lundi et son domicile perquisitionné par les services de renseignements. Il est accusé d’être lié aux attentats contre le système électrique, selon le Syndicat national des membres de la presse (SNTP). 

 

Demande d’accès

Les charges pesant contre ce journaliste très connu n’ont pas été dévoilées. 

Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, dont une mission technique se trouve actuellement à Caracas, a réclamé « l’accès immédiat » au journaliste via un message de sa responsable, l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet. 

La semaine dernière, un journaliste américain, Cody Weddle, installé de longue date à Caracas, avait été arrêté et expulsé le soir même. 

Alors que la crise entrait mardi après-midi dans sa sixième journée, le quotidien est devenu de plus en plus âpre pour la population. 

Au pied de la montagne Avila qui sépare Caracas de la mer, la foule se presse pour recueillir l’eau qui s’écoule des pentes boisées: « Je n’ai plus rien à donner à manger à mes enfants » sanglote Yulimar, mère de trois enfants, dont les réserves sont épuisées. 

Les gens se ravitaillent comme ils peuvent et se lavent dans les fontaines des parcs. Le régime a commencé la distribution d’aide dans les hôpitaux notamment, mais dans les quartiers populaires beaucoup se plaignent de n’avoir rien reçu. Le malaise augmente d’autant plus que les commerçants qui ont encore quelque chose à vendre réclament généralement des dollars. 

S’il reste difficile de connaître la situation dans le reste du pays, des pillages de supermarchés et de marchés ont été signalés au moins à Maracaïbo, dans la grande ville pétrolière de l’ouest, où l’essence reste introuvable. 

« Ils ont dévasté notre boulangerie (...) J’ai vu des gens faire la queue pour un kilo de riz: il a fallu tirer en l’air pour organiser la distribution. Il y a beaucoup de tension » a confié Alberto Barboza, 26 ans, joint sur place par l’AFP. 

Les États-Unis, très engagés derrière M. Guaido, ont annoncé des « sanctions supplémentaires très importantes » contre le pays: elles pourraient intervenir dès mardi, a précisé Elliott Abrams, le représentant spécial pour la crise au Venezuela.