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L’intimidation, pour la bonne cause

L’intimidation, pour la bonne cause
Photo Amélie St-Yves

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Les travailleurs d’ABI ont rejeté à 82 % la dernière proposition patronale. Après 14 mois de lock-out. À l’annonce des résultats, les dirigeants syndicaux célébraient les bras dans les airs, comme les vainqueurs de la Coupe Stanley. Le syndicat dit vouloir faire une contre-offre. J’espère sincèrement que ce conflit va se régler sans dommages permanents.

Je me sens néanmoins obligé d’analyser cette nouvelle en la reliant à une autre : il y a deux semaines, des travailleurs d’ABI dénonçaient les méthodes syndicales et le climat qui en découle. On parlait d’assemblées passablement arrangées à l’avance et surtout d’une forte pression mise sur les dissidents pour « fermer leur gueule ».

En fait, on devrait déjà s’inquiéter du fait que ces travailleurs qui ont un point de vue divergent concernant la grève vivent dans la peur. Personne n’oserait parler ouvertement à un journaliste. Ils réclament le couvert de l’anonymat pour exprimer leur point de vue. Ils se comportent comme des gens qui vivent sous la menace.

Marcher dans le rang

D’ailleurs, ils prétendent que sur les réseaux sociaux associés au syndicat, certains gros bras syndicaux n’hésitent pas à leur faire sentir cette pression. « Tout finit par se savoir ! » laisserait-on entendre aux voix discordantes qui refusent de marcher docilement dans le rang syndical. Appelons ça une menace à peine voilée.

Même le ministre du Travail, que j’ai questionné hier là-dessus, reconnaît que ce n’est pas facile pour ceux qui sont dissidents. Lui qui représente Trois-Rivières, là où habitent bon nombre de travailleurs de l’usine, ne nie pas l’existence d’un climat d’intimidation, même s’il dit espérer que l’assemblée et le vote se soient tenus en toute liberté de conscience.

On ne tolérerait jamais que des gens soient ainsi terrorisés de présenter leur point de vue en d’autres matières. Au Québec, on peut librement exprimer ses choix politiques. On peut faire connaître son adhésion à une cause ou son désaccord avec un point de vue. Est-il normal que dans ce même Québec, un syndiqué doive se cacher pour manifester son opinion concernant une grève ?

Dans une société qui dit combattre l’intimidation sous toutes ses formes, comment cela est-il possible ? Jusqu’à tout récemment, la lutte à l’intimidation faisait même partie du titre d’une ministre. Mais en matière syndicale, au nom de la « cause », tous ces principes ne s’appliquent plus ?

Revoir le Code du travail

Difficile pour moi d’oublier cette époque où, alors en politique, je préconisais des changements au Code du travail, notamment pour accroître la transparence et la liberté des membres. Je proposais notamment un plus grand nombre de votes secrets obligatoires pour des décisions syndicales importantes.

L’expression « vote secret » faisait littéralement sortir les chefs syndicaux de leurs gonds. Curieux, non ? Dans une société libre et démocratique, le vote secret est un acquis simple. On décrivait cette proposition comme antisyndicale. Comme si le vrai syndicalisme exigeait de garder un œil au-dessus de l’épaule du membre...

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