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Proulx pour mémoire

<i>La mémoire qu’on vous a volée</i></br>
Gilles Proulx et Louis-Philippe Messier</br>
Éditions du Journal
Photo courtoisie La mémoire qu’on vous a volée
Gilles Proulx et Louis-Philippe Messier
Éditions du Journal

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En voici un à qui il faudrait décerner une médaille, celle de la persévérance et de la fidélité envers l’objectif noble de l’indépendance du Québec. Alors qu’on entend souvent dire, chez de vieux militants, qu’ils n’y croient plus, qu’on a raté plus d’une fois nos rendez-vous avec l’Histoire et qu’il faut maintenant passer à « autre chose », Gilles Proulx persiste et signe, en affirmant que tout passe par la récupération de notre histoire nationale.

On nous a volé notre mémoire, dit-il, en évacuant nos principaux faits d’armes, en passant sous silence les basses manœuvres de nos ennemis, ceux qui nous ont vaincus en 1760 et en 1837-1838, mais aussi ceux qui nous ont trahis, ces élites sans foi ni loi, ce clergé manipulateur et éteignoir de nos espoirs. Et il va le démontrer brillamment.

L’Église catholique va jouer un rôle ambivalent dans notre survivance, mais aussi dans notre servitude, affirme Proulx. On lui doit d’être encore là, parlant cette langue de nos ancêtres venus de France en cette terre d’Amérique, mais aussi on lui doit notre habitude maladive à baisser la tête, à courber l’échine et à accepter notre triste sort de minoritaires défavorisés.

Le clergé nous confinera à l’agriculture. Mais ces terres deviennent vite trop petites pour les familles nombreuses. Il faut chercher le salut ailleurs. Déjà, au XIXe siècle, le mirage américain opère et nous perdrons une bonne partie des nôtres qui émigreront vers les manufactures américaines. N’eût été cette saignée, nous serions aujourd’hui treize millions de Québécois, selon certains démographes. « Elvis Presley descend de nous, affirme Proulx. Madonna a des aïeux de Rivière-du-Loup. Angelina Jolie est une autre grande vedette américaine dont les racines canadiennes sont méconnues. »

Proulx ne craint pas de fouiller jusque dans les moindres détails pour retracer la trame de notre histoire. On en apprend ainsi un peu plus sur ces personnages ambivalents et « transfuges profiteurs » que sont, entre autres, Wolfred Nelson ou George-Étienne Cartier (« il enlève le s à la fin de son prénom George pour calquer la mode britannique ») qui n’hésite pas à s’adresser à ses amis en anglais.

Le tout premier ministre fédéral, John A. Macdonald, se donnera comme mission de diminuer l’importance culturelle et démographique des Canadiens français. Le peuple métis, dans l’Ouest canadien, en fera les frais.

« On inonde leur territoire de colons, des Ukrainiens et des Allemands notamment », qui n’ont aucun intérêt à s’assimiler aux francophones. Mais des mesures plus radicales seront nécessaires pour chasser ces « dégénérés », selon Macdonald. On crée un corps policier, la police montée, pour mettre de l’ordre dans les Prairies tandis que le nouveau chemin de fer déverse ses contingents d’immigrants qui feront la vie dure aux Métis. Louis Riel sera pendu pour trahison. Macdonald, qui rêve de le voir se balancer sur la potence, aura cette phrase célèbre : « Il sera pendu, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur. »

Cri du cœur

Ce même Macdonald est à l’origine des pensionnats et des réserves pour Amérindiens. Comment les Canadiens anglais osent-ils nous donner des leçons de morale au sujet du traitement de nos anciens compatriotes, ironise Proulx ?

Nous sommes les premiers responsables de notre trou de mémoire, de cette amnésie nationale qui conduit inévitablement à la « louisianisation » du Québec, affirme l’historien dans cet ouvrage cri du cœur.

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