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Tricher pour entrer à l'université

Tricher pour entrer à l'université
AFP

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Un immense scandale de tricherie secoue les États-Unis. Une compagnie américaine offrait aux parents riches de faire entrer leurs enfants dans à peu près n’importe quelle université. Ceci jette une lumière crue sur le système d’éducation américain qui serait de plus en plus biaisé en faveur des gens les riches.

Une cinquantaine de personnes ont été arrêtés par la police, dont plusieurs parents. Ce scandale pourrait n’être que la pointe de l’iceberg. En fait, tout le système d’éducation américain dérive, depuis de nombreuses années.

Stratagèmes multiples

Les stratagèmes pour faire entrer les enfants riches dans les universités de leur choix étaient multiples : faux certificats médicaux qui leurs donnaient droit à plus de temps pour compléter les examens d’admission, faux records sportifs dans des disciplines méconnues qui donnaient aux candidats des points bonus supplémentaires, corruption d’employés chargés de la sélection, examen passés par d’autres personnes que le candidat, essais rédigés par d’autres personnes que le candidat, etc.

Prix élevés

Les prix variaient de quelques milliers de dollars à quelques dizaines de milliers de dollars selon la nature de la fraude requise. Mais les prix des «consultants en éducations» peuvent être beaucoup plus élevés et leurs services peuvent aussi être parfaitement légaux. Le New York Times rapporte qu’à New York, une entreprise appelé Ivy Coach prend en charge les élève dès le secondaire deux, pour une durée de cinq ans. Cette compagnie les entraîne à répondre à divers tests d’admission des plus prestigieuses universités, à rédiger des essais suivant des recettes éprouvées et à se trouver des créneaux qui les feront ressortir du lot. 

Un problème plus complexe

De plus en plus de gens riches achètent légalement ou illégalement des places à l’université pour leurs enfants dans des universités prestigieuses. Ce faisant, l’admission dans les universités se fait de moins en moins au mérite. Les universités tiennent à garder les étudiants qui ont été admis grâce aux examens d’admission. Parce que chaque étudiant qui quitte un programme contingenté est une source de revenu qui disparaît. Les universités ont donc abaissé leur standard de qualité. Il est connu qu’à Harvard, tous les étudiants obtiennent des A. Sous prétexte que la compétition est telle à Harvard, que dans d’autres universités moins fortes, ces étudiants auraient décroché des A. Mais chaque professeur fait venir un à un les étudiants dans son bureau. Là, derrière une porte close, il leur annonce leur véritable note : A, B, C, D...

Une rivalité malsaine

Pire encore, les universités rivalisent entre-elles pour attirer les meilleurs étudiants dans des programmes similaires. Elles reconstruisent des programmes pour les rendre plus aguichants. Malheureusement, bien souvent, elles éliminent aussi des cours plus arides, mais très formateurs, au profit de cours à la mode, mais sans grand bénéfice pour les étudiants. 

La solution

La solution est assez simple, mais difficile à pratiquer. Elle consiste à admettre tous le monde en première année, puis dans les années subséquentes, à ne garder que les meilleurs étudiants. Ainsi, riches et pauvres ont leur chance de montrer ce dont ils sont capables.

Mais cette solution exige des ressources dont peu d’universités disposent. Dans les circonstances, le mieux serait encore, pour les programmes contingentés, d’opérer une certaine sélection, mais d’admettre beaucoup d’étudiants en première année, puis de ne garder que les meilleurs pour les années suivantes.

Au Québec

Ce genre de politique d’admission a déjà existé au Québec. Mais les quotas imposés aux universités dans les années ’90 ont rendu cette pratique impossible. Les universités sont fortement pénalisées quand des étudiants quittent leur programme. Par-conséquent, les examens d’entrée et les notes obtenues précédemment occupent une place disproportionnée dans la sélection des candidats, car les universités cherchent à minimiser les risques d’abandon de programme. 

Il serait temps au Québec d’abandonner les quotas de réussite et le financement universitaire par tête de pipe. Sinon, nous serons tôt ou tard confrontés à une industrie agressive et omniprésente de consultants en éducation, comme aux États-Unis.