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Une pluie de courriels pour Leony

Une cinquantaine de missives été envoyées au fédéral pour soutenir « l’immigrante parfaite » fin 2017, en vain

La commissaire scolaire Stéphanie Bellenger-Heng et sa fille avec Leony Pavithra Lawrence (gauche) et sa sœur Dharusha (droite) lors d’un voyage au Sri Lanka le 17 janvier.
Photo courtoisie, Stéphanie Bellenger-Heng La commissaire scolaire Stéphanie Bellenger-Heng et sa fille avec Leony Pavithra Lawrence (gauche) et sa sœur Dharusha (droite) lors d’un voyage au Sri Lanka le 17 janvier.

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« Êtes-vous mort à l’intérieur ? » n’est qu’un des nombreux messages de citoyens envoyés au gouvernement fédéral pour soutenir Leony Lawrence. Une vague d’amour qui n’a pas réussi à faire annuler son expulsion.

« Quand ce soir j’irai me coucher, je verserai des larmes juste en pensant à eux. Et vous, comment vous sentez-vous ? » a écrit une Québécoise au ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen.

Le Journal publiait en 2017 l’histoire de Leony Pavithra Lawrence, une étudiante qui avait gagné un prix de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) pour ses exploits académiques malgré l’échec de leur demande d’asile.

Considérées par plusieurs comme des immigrants-modèles, elle et sa famille ont été expulsées du pays vers le Sri Lanka en décembre 2017 même s’ils venaient de recevoir un certificat attestant que le Québec voulait les garder comme résidents.

Or, les bureaux de M. Hussen et du premier ministre Justin Trudeau avaient reçu entre le 29 novembre 2017 et 12 janvier 2018 une cinquantaine de courriels et de lettres de citoyens exhortant les autorités de revenir sur leur décision.

C’est ce que révèle une demande d’accès à l’information faite en mars pour obtenir toutes les correspondances du ministère au sujet de leur cas. La réponse est parvenue récemment avec plus de sept mois de retard, le délai légal étant de 60 jours.

« Incompréhension totale »

La plupart des messages viennent de citoyens dont l’identité a été caviardée.

« Êtes-vous mort à l’intérieur ? Avez-vous toujours une âme ? » se demande une personne qui tenait à exprimer son « incompréhension totale ».

« Aussi mauvais que Harper. Je suis tellement déçue », écrit une autre citoyenne, montrant sa déception vis-à-vis du gouvernement Trudeau.

Des lettres provenaient aussi d’élus de la CSDM et d’élus québécois, dont l’ex-député de Mercier Amir Khadir, qui a écrit à trois reprises au gouvernement.

« Ça me rend tellement heureuse de voir tout ce que ces gens ont fait pour nous. Et en même temps ça me rend triste », dit Leony Pavithra Lawrence en entrevue téléphonique depuis le Sri Lanka.

La correspondance obtenue révèle pourquoi leur tout dernier recours, une demande de permis pour raisons humanitaires, a échoué.

Manque de preuves

La famille aurait réussi à démontrer sa grande intégration au Canada, mais n’aurait pas suffisamment prouvé les dangers et les inconvénients de retourner au Sri Lanka, peut-on lire dans la décision d’Immigration Canada.

« Oui, peut-être y a-t-il des chances qu’on ne se fasse pas tirer ici », ironise Leon, le frère de Leony. « Mais nous n’avons rien fait de mal », résume-t-il.

En entrevue il y a un an, Justin Trudeau avait dit que le gouvernement étudiait la possibilité de lui permettre de revenir en tant qu’étudiante, puisqu’elle avait déjà un permis d’études valide.

Or, ses trois demandes de visa étudiant ont été refusées depuis. Ironiquement, le ministère cite le fait que la jeune femme n’ait pas beaucoup de liens avec le Sri Lanka comme une des raisons de ce refus.

La famille Lawrence espère toujours revenir au Canada. Ils préparent actuellement une demande d’immigration comme travailleurs qualifiés.

– Avec la collaboration d’Émilie Bergeron, Agence QMI

Extraits de lettres

« Sauvez cette famille et ce bijou de personne, s’il vous plaît. » – Un citoyen


« J’ai honte et je souhaite que vous régliez la situation. » – Un citoyen


« En tant que Canadienne et Québécoise de souche, j’ai du mal à comprendre la politique fédérale en ces derniers jours [...] Quand ce soir j’irai me coucher, je verserai des larmes juste en pensant à eux. Et vous, comment vous sentez-vous ? » – Une citoyenne


« Je vous écris depuis l’aéroport Pierre-Eliott-Trudeau. La famille s’apprête à être déportée [...] Je suggère humblement qu’un permis de séjour leur soit octroyé pour deux ou trois mois, pour laisser le temps de reconsidérer leur dossier, maintenant qu’ils ont reçu un certificat de sélection du Québec. » – L’ex-député Amir Khadir


« J’ai la conviction que notre société gagnerait énormément si on permettait à Leony et à l’ensemble de sa famille de revenir au Canada. » — Présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon