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Se fendre en quatre, est-ce la solution?

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Les séries dramatiques canadiennes, en particulier les séries québécoises, se sont rarement aussi bien portées.

La semaine prochaine, à Lille, en France, six séries du Québec seront en vedette au Forum Séries Mania, une rencontre de 10 jours consacrée aux séries du monde entier. Même si l’événement en est seulement à sa deuxième année, il a déjà fait découvrir plusieurs nouvelles dramatiques, en particulier aux réseaux de télé européens.

Comme on a fait peu d’efforts jusqu’à ces derniers temps pour promouvoir nos séries québécoises à l’étranger, elles n’ont pas la notoriété qu’elles mériteraient. Côté exportation, les producteurs anglophones ont toujours été plus alertes que nous. C’est vrai que l’anglais ouvre au départ un marché plus considérable, alors que le français de nos séries tend plutôt à nuire qu’à aider leur vente dans le marché francophone, déjà plus restreint.

« COMING NEXT FROM QUÉBEC! »

À Lille, ce sont trois séries de Radio-Canada, Fragile, Le Monstre et Plan B, et trois de TVA, Appelle-moi si tu meurs, Les honorables et La faille qu’on mettra de l’avant dans l’événement intitulé « Coming next from Québec ». Eh oui, en anglais encore une fois !

Les coûts de production augmentant sans cesse, tout comme les besoins de contenu, la plupart des télévisions du monde devraient se montrer de plus en plus ouvertes à des séries doublées ou sous-titrées dans la langue de leurs spectateurs. Le moment ne saurait donc être mieux choisi pour investir dans l’exportation de nos séries.

Les anglophones l’ont bien compris, courtisant tant qu’ils peuvent les réseaux et les chaînes câblées américaines. Au festival South by Southwest, par exemple, c’est Letterkenny, la série diffusée sur Crave, qui était le clou de la soirée « Meet the Canadians », présentée dimanche dernier au Canada House d’Austin, au Texas.

Après une critique élogieuse dans le New York Times, Schitt’s Creek est devenue la première série canadienne à être en nomination pour un trophée du Critics’ Choice Award. L’acharnement des créateurs d’Orphan Black semble avoir réussi à convaincre le réseau américain AMC de produire une suite à leur série ayant valu un Emmy à la merveilleuse actrice canadienne Tatiana Maslany.

DE TRÈS CHOQUANTES RÉALITÉS

Sur Times Square, à New York, des amoureux fous de la série canado-américaine Wynonna Earp, tournée en Alberta, ont payé des panneaux-réclame et lancé une campagne sur les réseaux sociaux afin que ses producteurs trouvent le financement nécessaire à la poursuite de la série.

Ces succès cachent pourtant deux réalités très choquantes : au Canada anglais, malgré les généreux budgets qu’on leur consacre (en moyenne 2 millions $ l’heure), les meilleures séries peinent à trouver un auditoire d’un million de spectateurs. Malgré des budgets de famine (455 000 $ l’heure), nos séries doublent cette écoute, même si le bassin francophone est quatre fois moindre.

Combien de temps encore nos créateurs, artistes et artisans accepteront-ils de se fendre en quatre pour gagner quatre fois moins cher pour le même travail que leurs collègues anglophones ? Nous vivons pourtant tous dans le même pays. Combien de temps encore les diffuseurs francophones investiront-ils en licence la moitié du budget d’une dramatique, alors que les diffuseurs anglophones n’en investissent que le quart ?

La question se pose avec d’autant plus de raison que la plus grande partie du budget d’une dramatique est constituée d’argent public et de crédits d’impôt.