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Cavale meurtrière: un meurtrier sera détenu à l’hôpital psychiatrique

Il pourrait ne jamais en sortir s’il est déclaré délinquant à haut risque

Frédérick Gingras a été arrêté au Quartier DIX30 de Brossard, après sa cavale meurtrière, dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016.
Photo courtoisie, Denis Germain Frédérick Gingras a été arrêté au Quartier DIX30 de Brossard, après sa cavale meurtrière, dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016.

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Un jeune homme à l’origine d’une virée meurtrière ayant coûté la vie à deux personnes pourrait passer le reste de ses jours détenu dans un hôpital psychiatrique, sans possibilité de sortie.

Frédérick Gingras sera vraisemblablement déclaré délinquant à haut risque dans quelques semaines.

Cette étiquette rare et peu enviable, réservée aux accusés ayant des troubles de santé mentale, est assortie d’une peine de détention d’une durée indéterminée à être purgée dans un hôpital.

La folle cavale meurtrière de Gingras s’est produite dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016, à Montréal.

Jeudi, l’homme de 23 ans a reconnu avoir tué un de ses amis et une mère de famille choisie au hasard, en plus d’avoir braqué une arme sur une troisième personne.

Gingras a plaidé coupable à des chefs réduits d’homicide involontaire et de voies de fait armées.

Il était initialement accusé de deux meurtres prémédités et d’une tentative de meurtre, mais cela a été modifié en vertu d’une entente entre la Couronne et la défense.

Les parties ont conclu que l’accusé n’avait pas l’intention requise pour commettre deux homicides, vu son état mental, mais qu’il pouvait différencier le bien du mal.

Deux autres chefs de tentative de meurtre, liés aux coups de feu tirés à travers les portes de résidences, sont restés en suspens après l’audience de jeudi.

Non criminellement responsable

Gingras devrait toutefois être déclaré non criminellement responsable de ces deux crimes, en raison de ses troubles schizophréniques.

Il était complètement désorganisé après avoir tué deux personnes, ce qui explique cette suggestion des avocats au tribunal.

Le jeune homme, qui a de lourds antécédents psychiatriques et un important problème de consommation de drogue, était une véritable bombe à retardement.

Il devait recevoir une injection de médicament antipsychotique quatre jours avant les meurtres, mais il ne s’y est pas présenté.

Signaux d’alarme

« On souhaite que ce jeune homme soit traité. Il y avait des signaux d’alarme et on n’a pas su bien les reconnaître. Il a été échappé par le système. Ce qui est arrivé est malheureux et on souhaite éviter que cela se reproduise », a déclaré après l’audience Me Kaven Morasse, de la défense.

Au retour en cour de Gingras, en avril, les avocats vont suggérer conjointement une peine de 19 ans de détention pour les crimes auxquels il a plaidé coupable jeudi, au palais de justice de Montréal.

Les victimes et leurs proches pourront alors aussi faire des représentations à la juge de la Cour supérieure France Charbonneau.

Une folle cavale sanglante

1. Le 4 décembre 2016, Frédérick Gingras passe la soirée chez James Jardin, dans le secteur Pointe-aux-Trembles, à Montréal. Gingras agit bizarrement et parle aux murs.

2. Vers 22 h 45, Gingras et Jardin manipulent une arme à double canon, appartenant au second. Lorsque l’homme de 20 ans veut récupérer son arme, Gingras appuie sur la détente. Jardin s’effondre et le tueur lui tire un deuxième coup mortel au thorax.

3. Gingras pointe l’arme au visage d’un autre jeune homme présent sur les lieux. Il appuie sur la gâchette à deux reprises, mais par chance, l’arme n’était plus chargée. Samuel Labine réussit à fuir son assaillant.

4. Gingras quitte les lieux à pied avec l’arme et une vingtaine de cartouches.

5. Arrivé dans la cour d’une station-service Esso, il abat froidement une femme de 49 ans, qui attendait sa fille près de sa voiture. Chantal Cyr a succombé à ses blessures.

6. Gingras s’enfuit avec le véhicule de Mme Cyr, mais doit l’abandonner un peu plus loin après avoir percuté un lampadaire.

7. Il marche jusque dans un quartier résidentiel longeant le fleuve Saint-Laurent. Il entre dans la cour arrière d’une maison et tire à travers une porte-fenêtre.

8. La résidente Annie Baillargeon se précipite au sous-sol. Gingras recharge son arme et la poursuit dans la maison. La mère de famille réveille ses deux enfants et fuit à la hâte pendant que le jeune homme arpente son domicile.

9. Gingras sonne à la porte d’une seconde maison. Avant que le résident n’ait pu répondre, il tire à travers la porte, blessant Gérald Lalonde. Le jeune homme tente de forcer la porte, mais l’homme de 64 ans le retient. Gingras tire de nouveau. Le résident réussit à faire dévier le canon in extremis.

10. Gingras fuit avec un VUS dont il a obtenu les clés. Poursuivi par les policiers, il se dirige vers la Rive-Sud à une vitesse allant jusqu’à 170 km/h.

11. Le tueur fait une embardée et un jeune couple tente de lui venir en aide. Il s’échappe à pied vers le Quartier DIX30, à Brossard.

12. Il est arrêté par les policiers à Brossard.

Qu’est-ce qu’un délinquant à haut risque ?

  • Disposition intégrée au Code criminel en 2014
  • Utilisée à quatre ou cinq reprises au Québec depuis, selon la Couronne
  • S’applique à tout accusé majeur et reconnu non criminellement responsable d’un crime grave commis envers une autre personne
  • Un juge l’ordonne s’il est convaincu que la remise en liberté conditionnelle d’un accusé mettrait en danger la sécurité du public
  • Entraîne la détention indéterminée dans un hôpital psychiatrique, sans permissions de sortie
  • Seul un juge de la Cour supérieure, au terme d’une nouvelle audience, pourrait remettre l’accusé en liberté