/misc
Navigation

Au fil des défaites

Coup d'oeil sur cet article

En ce sale temps pour le PQ, force est de constater que la député Catherine Fournier a posé le même constat qu’une bonne partie de la jeunesse québécoise avait déjà fait: le Parti québécois n’est plus écouté, n’est plus le porteur de changement au Québec.  

Les chiffres ne mentent pas. Le PQ est sur une pente descendante, pas abrupte mais sur une pente pareil, depuis sa dernière victoire majoritaire à l’élection de 1998 où Lucien Bouchard remportait plus de sièges que son opposant, Jean Charest, tout en récoltant moins de votes.  

J’avais 3 ans en 1998. C’est pour vous dire à quel point un jeune de ma génération n’a jamais ressenti la fièvre, l’effervescence et le sentiment victorieux que le Parti québécois a déjà incarné. Ce sont là des souvenirs de mes parents et de mes grands-parents.  

Donc, qu’est-ce que le PQ représente pour ma génération ? Aussi dur que cela puisse paraître, la réponse est: pas grand-chose. Au mieux, c’est un parti qui s’est auto-inculqué une culture de perdant au fil des échecs.   

Peu importe les entourloupettes, les virages et les refondations, c’est un parti victime de son article un: l’indépendance, à laquelle plusieurs adhèrent encore, mais dont ils ne veulent plus entendre parler. C’est la quadrature du cercle pour le PQ. Mission impossible en quelque sorte.   

Le point de rupture n’est pourtant pas bien loin si on prend conscience de la portée et de la signification des sondages des dernières années. Jusqu’à l’épisode de la Charte des valeurs en 2012, le PQ continuait de mobiliser une partie importante de la jeunesse. Depuis, c’est la rupture.  

Dès lors, les jeunes québécois sont restés largement indifférents aux tentatives de séduction péquistes. Vous voulez une preuve récente? À la dernière élection, le PQ proposait une plateforme environnementale radicale, audacieuse et pragmatique saluée autant par la vérificatrice générale que les groupes environnementaux, sans que cela ait quelques effets que ce soit sur les jeunes électeurs.   

Ils ont plutôt salué la plateforme verte de QS, qui n’était pourtant guère loin de celle du PQ. Ce n’était donc pas tant le message qui posait problème que le messager. Et il faut faire attention de ne pas réduire le messager au seul chef, sinon on pratiquerait la politique de l’autruche.  

Convenons-en: le Parti québécois a longtemps été celui qui canalisait l’énergie de la jeunesse qu’on appelait déjà le baby-boom. Cette jeunesse qui avait fait de l’indépendance son idéal politique a échoué à mener à terme son projet au moment de sa maturité politique.  

À force de luttes stériles, les boomers sont rentrés à la maison, emportant avec eux fatigue et cynisme. C’est bien sûr l’évolution normale d’une génération. Vous comprendrez que changer le monde, c’est fatigant.   

Les boomers s’attendaient ensuite que les jeunes prennent le relais. Être jeune, c’était vouloir changer le monde. Et comment on changeait le monde au Québec ? Par l’indépendance, disaient-ils. Erreur.   

Ni de farouches fédéralistes, ni de fiers indépendantistes, les jeunes sont devenus indifférents à la question nationale. Leurs préoccupations et leurs débats sont ailleurs.  

On sent bien qu’après la récente défaite électorale, le principal véhicule du mouvement indépendantiste est en panne, peut-être même en route vers la cour à scrap. Maintenant que doivent faire les souverainistes ? Doivent-ils envoyer leur voiture à laquelle ils sont attachés en réparation ou prendre le risque – peut-être coûteux et imprévisible - d’une nouvelle voiture ?  

Autrement dit, est-ce que la décision de claquer la porte de Catherine Fournier est la bonne ? Soyons honnêtes, personne ne le sait, ni même elle, ni même les élus du PQ, ni même moi, ni même vous.   

Il y a par contre une certitude que l’Histoire nous a appris. La mort du PQ a souvent été annoncée, souhaitée et répétée sans qu’elle advienne véritablement.  

Mais, dans le contexte des défaites successives, il faut à présent se poser cette question : est-ce que le miraculé péquiste est devenu un zombie à abattre ?