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Price: controverse et influence

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Photo d'archives, Ben Pelosse En 2005 au repêchage, Anze Kopitar et Carey Price étaient les joueurs convoités par le Canadien. Bob Gainey a opté pour le gardien de but.

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Cette journée-là, dans un hôtel de New York, c’était le retour au travail pour la Ligue nationale de hockey, ses joueurs et ses propriétaires. Le conflit de travail venait de prendre fin et on devait reprendre les activités en attirant les projecteurs. Nous sommes en 2005.

Celui qui devait monopoliser toute l’attention était Sidney Crosby. C’était l’élu, le joueur qui allait entrer dans le club sélect des joueurs d’influence.

Mais on ne connaissait pas sa destination, et pour une raison. Comment déterminer le premier tour de sélection alors que, pendant un an, on avait tenu les portes des amphithéâtres fermées ? Finalement, après de longues discussions, on adopta un système complexe, un système qui avait soulevé la colère de quelques directeurs généraux.

On allait procéder à la sélection des équipes en adoptant le principe d’une loterie. Les représentants des équipes furent invités à s’enfermer dans une salle et l’on procéda au tirage. Une fois l’exercice complété, on exigea un silence complet, l’omerta. Et pour s’assurer que rien ne filtrerait, les responsables allaient demeurer dans la salle, pendant que sur une tribune érigée dans un grand salon de l’hôtel, on allait dévoiler le premier tour de sélection.

Un voyage à New York

À l’époque, RDS était la seule chaîne sportive francophone. On me demanda d’aller à New York en compagnie de Louis-Philippe Neveu et de son groupe. Louis-Philippe devait s’occuper de tout l’aspect technique. Imaginez un instant, tous les grands réseaux étaient représentés avec des camions imposants pour s’assurer que la diffusion serait à point. Nous y étions avec des moyens plus réduits, nettement plus réduits. Notre camion, pour assurer la diffusion, était deux fois plus petit. Et pendant la nuit, pour être certain qu’il ne serait pas déplacé, Louis-Philippe s’improvisa gardien de nuit.

Puis, le lendemain, modestement, nous avions réussi à obtenir une table et deux chaises, moyennant 20 $ versés à un employé de l’hôtel. Alors que les représentants des équipes prenaient place dans la salle, on parvint à s’approcher de Bob Gainey, alors directeur général du Canadien. Par conséquent, on avait une place de choix.

Et quel scénario !

Il ne restait que cinq équipes. Le Canadien était toujours dans le coup. Se pourrait-il que Sidney Crosby aboutisse à Montréal ? Bob Gainey se tourna et me dit : « Faut-il y croire ? »

Et pourquoi pas ?

Finalement, au cinquième rang du premier tour de sélection, on informa que ce serait le Canadien. Quelques minutes plus tard, les Penguins gagnèrent la loterie Sidney Crosby.

Qui sera le choix du Tricolore ?

Mais qui allait être ce cinquième choix ? Le premier nom qui alimenta les rumeurs fut celui de Anze Kopitar, un joueur de centre de la Slovénie, que j’avais vu à l’œuvre au Championnat du monde. Il jouait près de 35 minutes par match. Un centre de 6 pieds et 3 pouces, très talentueux, n’est-ce pas ce qui manquait et qui manque toujours au Canadien ? N’est-ce pas ce qu’on recherchait depuis des années ? Après tout, Gainey avait la chance de recruter le deuxième meilleur joueur de centre de cette cuvée. C’était très intéressant.

Mais, à la surprise générale, les recruteurs du Canadien optèrent pour Carey Price. N’oubliez pas que Gainey et son groupe pouvaient compter sur José Théodore. Pourquoi un autre gardien ? Et Kopitar avait-il les attributs pour devenir lui aussi un joueur d’influence ? Assurément.

Price connut des débuts difficiles. Et n’oublions pas que l’émergence d’un gardien, réclamé en septième ronde, Jaroslav Halak, souleva la controverse. Plusieurs le disaient supérieur à Price, en raison de son incroyable performance pendant les séries éliminatoires. Mais, Pierre Gauthier opta pour Price, et il échangea Halak contre Lars Eller. Une décision qu’il n’a jamais regrettée, et on peut très bien le comprendre.

Dans la controverse, Carey Price a réussi, en respectant son rôle de joueur d’influence, à atteindre le plateau des 315 victoires. Un record qui appartenait jusque-là à Jacques Plante. Je sais, on peut toujours extrapoler sur le nombre de victoires qu’aurait obtenues Patrick Roy s’il avait passé toute sa carrière à Montréal. Mais bon.

Cependant, on doit reconnaître que Price a inscrit cette marque en évoluant pour des équipes qui n’ont jamais réuni les effectifs pour aller jusqu’au bout. Encore cette saison, c’est lui qui devra faire toute la différence. On soulève souvent, dans les discussions, que ses résultats en séries éliminatoires ne sont pas très reluisants, mais encore faut-il se rappeler l’affaire Chris Kreider.

Comparer les générations ?

Et doit-on comparer les générations ? Ce sera toujours un long débat sans qu’on puisse y faire l’unanimité. Plante était un innovateur, Ken Dryden un gardien de haut niveau évoluant peut-être avec la meilleure formation de l’histoire.

Roy était un battant. Un gagnant dont le leadership se manifestait autant dans le vestiaire que sur la surface de jeu. Il était un gardien de caractère qui défiait l’adversaire et très souvent ses coéquipiers, et il souleva deux fois la coupe Stanley avec le chandail tricolore.

Une fois que sa carrière sera complétée, que dira-t-on de Price ? Il est préférable d’attendre, puisque les prochaines années influenceront sûrement son profil de carrière. Mais, on ne pourra pas lui enlever l’exploit qu’il a signé, mardi soir, au Centre Bell.

Entre-temps, cette année-là, Bob Gainey ne pouvait pas perdre. Les joueurs que convoitait le Canadien étaient Price et Kopitar.

Jusqu’ici, Kopitar a permis aux Kings de gagner deux coupes Stanley, il est le capitaine de sa formation et il a toujours été un joueur d’influence.