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Un gin bleu à prendre au sérieux

Un gin bleu à prendre au sérieux
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Transformer un passe-temps en business. C’est ce que les trois gars de BluePearl Distillery d’Hochelaga-Maisonneuve ont choisi d’entreprendre en se lançant dans la création d’un gin unique: le BleuRoyal.

En quelques mois, la boisson bleutée s’est retrouvée parmi les gins québécois les plus vendus de la province.

Portrait d’un petit joueur aux idées de grandeur.

Les arômes du BleuRoyal saisissent celui qui le déguste dès la première gorgée.

La cardamome, l’orange, la coriandre mais surtout la lavande caressent les papilles gustatives subtilement. «C’est une recette qui est seulement dans ma tête», lance en riant Jonathan Perlstein, le maître-distillateur à l’origine de la composition secrète. «Même nous on est laissés dans le noir!», ajoute Karl Fortin, responsable des processus de production de la distillerie, partenaire d’affaires et ami d’enfance de Jonathan.

Un gin bleu à prendre au sérieux
François Breton-Champigny

Comme son nom l’indique, ce qui rend la concoction à base de baie de genévrier remarquable est sa couleur. «On utilise la fleur de pois papillon pour lui donner cette pigmentation 100 % naturelle», explique Francis Bluteau, le troisième mousquetaire de la bande chargé du marketing et de l’administration.

Fait cocasse : la fleur procure une quantité considérable d’antioxydants au BleuRoyal, ce qui en fait le premier gin coloré au monde à pouvoir se vanter de ce trait particulier, selon les fondateurs. Lorsqu’on y ajoute du tonic, il change de couleur pour adopter une teinte fuchsia.

«Je dois dire qu’on n’utilise pas seulement des ingrédients québécois», confesse Jonathan.

En effet, en raison des prix souvent plus élevés et de la qualité variante des produits québécois, à cause du changement de saisons, le distillateur préfère s’approvisionner ailleurs, comme la Thaïlande et l’Albanie, pour ce qui concerne la fleur de pois papillon et la baie de genévrier. La lavande, la camomille et l’iris proviennent du Québec.

Pour le nom de l’entreprise, les entrepreneurs ne se sont pas cassé la tête. Ils ont jumelé le nom de famille de Francis (Bluteau) et de celui de Jonathan (Perlstein), les deux actionnaires majoritaires de BluePearl.

Les hommes d’affaires peuvent se targuer de produire l’un des gins québécois les mieux vendus dans plus d’une centaine de succursales de la SAQ.

Depuis la mise en marché en décembre dernier, le BleuRoyal s’est vendu à plus de 13 500 exemplaires.

Sur les onze gins québécois offerts à la SAQ, le breuvage alcoolisé occupait le troisième rang en termes de vente au mois de février. «On est conscients d’être un petit joueur dans l’industrie, mais on est bien contents de connaître un bon début comme ça!»

 

De hobby à business

Aucun des trois actionnaires ne se dirigeait vers l’entrepreneuriat avant de s’attaquer au projet de distillerie il y a deux ans.

Francis, originaire de la Rive-Sud de Montréal, parcourait les routes du Québec comme représentant pharmaceutique et devait se trouver un appartement sur l’île.

«Je suis allé signer un bail pour un logement au-dessus de celui de Jonathan dans Villeray, raconte l’entrepreneur de 28 ans et diplômé de l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM. J’ai remarqué qu’il y avait plein de bocaux de fermentation un peu partout dans l’appart. Étant moi-même un ancien brasseur de bière amateur, j’ai demandé à Jonathan ce qu’il faisait distiller. Il m’a fait goûter et c’est à ce moment-là que j’ai su qu’on avait quelque chose de spécial entre les mains».

Ce que Francis a savouré était le fruit de plusieurs mois de travail «clandestin» de Jonathan et Karl. «J’étais responsable de brasser la bière pour la faculté de génie à l’Université de Sherbrooke et j’adorais ça. Jo s’est découvert un véritable amour de la distillation à peu près au même moment», explique Karl.

Les natifs des Laurentides ont donc décidé d’unir leurs forces pour développer des spiritueux «homemade» dans le sous-sol de Jonathan. «Un alambic professionnel peut coûter plusieurs milliers de dollars. Comme on n’avait pas une cenne, j’ai construit moi-même celui qu’on utilisait pour distiller notre alcool», poursuit l’ingénieur chimique.

Un gin bleu à prendre au sérieux
François Breton-Champigny

Jonathan, ancien cuisinier sur des navires-cargos et adepte de parfums, élaborait les recettes. «Au départ, on faisait du moonshine et on n’avait aucune intention de faire du gin», raconte Karl.

C’est finalement Francis qui a convaincu le duo de se lancer dans le gin. «Je sentais qu’il y avait une ouverture sur le marché pour un nouveau produit et je me disais qu’avec le talent de Jo et l’expertise de Karl, on pouvait faire un gin next level», confie Francis.

Pour faire vivre leur projet, les partenaires ont dû injecter 75 000 $ et ont eu accès à un prêt du même montant de la part de la Banque de développement du Canada.

Avec un plan d’affaires et un permis de distillation en poche, les actionnaires de BluePearl ont finalement créé leur entreprise en 2017.

En 2018, le trio a loué un local dans Hochelaga-Maisonneuve et a enfin pu commencer la production de leur fameux BleuRoyal.

 

Se tailler une place dans la cour des grands

Ce n’est pas l’ambition qui manque au sein de BluePearl. «Pour moi, BleuRoyal n’est qu’un début. Je veux qu’on développe plusieurs autres produits d’ici maximum deux ans, avoue Francis. Notre but, c’est d’offrir une expérience unique à nos consommateurs».

Dans un futur rapproché, l’entreprise aimerait se lancer dans la production de bière. «On vise un deuxième lieu de production soit à Bromont, en Gaspésie ou à Tremblant».

Pour l’instant, les propriétaires de BluePearl se concentrent sur le développement de leur gin. «Il nous reste encore à intégrer nos processus d’automatisation pour espérer passer d’une petite entreprise à une grande», rappelle Karl, qui est toujours ingénieur chimique à temps plein.

Selon Francis, le chiffre d’affaires de l’entreprise est d’environ 150 000 $. «Ça va bien, mais on n’est pas riches, disons».

De leurs côtés, Jonathan et Francis mettent toutes leurs énergies dans le projet. «Je peux être ici pratiquement 24 heures d’affilée puisque je dois m’occuper de toute la distillation moi-même», reconnaît Jonathan, qui dort sur un matelas de fortune entre deux étapes de distillation.

Un gin bleu à prendre au sérieux
François Breton-Champigny

«Je viens de laisser ma job comme représentant pharmaceutique pour consacrer 100 % de mon temps dans l’épanouissement de l’entreprise, ajoute Francis. C’est un gros gamble, mais je crois vraiment au potentiel de BluePearl!»

On leur souhaite bonne chance! Si vous voulez suivre leurs aventures, c’est par ici!


PS : je vous conseille de déguster le BleuRoyal directement sur glace avec un soupçon de tonic de qualité. Un délice! Cheers!

 

 

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