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Juste un petit bec

Les hauts et les bas de la vie de maman, racontés avec franchise et autodérision

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Illustration Adobe Stock

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Après avoir « binge watché » la série Le Monstre d’Ingrid Falaise, poursuivi avec Leaving Neverland puis Surviving R. Kelly (thématique assez sombre, ici), j’ai été prise d’une pressante envie de serrer mes garçons très fort en leur promettant de toujours faire de mon mieux pour les protéger. En commençant par les initier au consentement.

Et je me suis rappelé une situation récente, trop souvent vécue. Par moi, par vous, par eux.

Un adulte (homme ou femme, aucune importance) joue avec mon garçon de trois ans. Le chatouille, essayant en vain de lui soutirer un bisou, situation à laquelle mon petit réagit en tentant de se faire de plus en plus petit, ­laissant échapper un « non » gêné.

« Albert. » Je tente d’attirer son attention. « Tu peux dire “non” si tu ne veux pas, tu sais. »

« Bah ! On s’amuse, là. Laisse-le donc faire ! » me répond l’adulte.

Aux yeux de ceux qui observent la scène, il ne s’agit là que d’un jeu banal. Un grand-père, un oncle, une tante ou un ami de la famille qui s’amuse avec son petit-fils, son neveu, peu importe.

On l’a tous et toutes vécue, cette situation. Devoir faire la bise à « matante » ou s’asseoir sur les genoux de « mononc’ », recevoir des chatouilles contre notre gré au nom des sacro-saintes conventions de la bienséance familiale.

Moi, ce que je vois, c’est mon fils qui apprend que son consentement n’a que très peu d’importance aux yeux de l’adulte qui veut s’amuser ou « juste » lui faire un petit bec.

Je me fous bien d’avoir l’air intense. Si je dois me porter à la défense du corps de mon fils s’il n’y arrive pas par lui-même, soit. Je veux qu’il m’entende le défendre pour qu’à son tour il sache le faire. Pour lui ou pour quelqu’un d’autre. Fille ou garçon.

Le droit de dire non

Je veux que mon garçon apprenne que sa voix est importante. Que ses désirs sont importants, qu’il a le droit de dire non. Tout comme les hommes et les femmes qu’il côtoiera au courant de sa vie.

Parce que si on souhaite un jour changer la culture qui permet aux hommes (principalement) de s’en sortir avec des comportements inappropriés (voire criminels), la culture qui inculque aux garçons que, pour être un homme, il est normal d’avoir de tels comportements, on se doit de considérer les messages qu’on leur envoie. On se doit de sortir de notre zone de confort pour réaliser que nos cultures (quelles qu’elles soient) n’ont pas toujours été ­bénéfiques pour nos enfants.

Ce que je raconte peut sembler évident, mais ça doit quand même être dit. Parce que prétendre que leur évidence rend mes propos sans importance pourrait contribuer à perpétuer l’impact négatif que notre négligence a sur la santé mentale de nos enfants, peu importe leur genre.

Et si on ne doit se rappeler qu’une chose, autant que ce soit ça : ne présumons pas que les garçons sont des prédateurs nés. Ils ne le sont pas. C’est notre travail de nous assurer qu’ils ne le deviendront pas.