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Le «Bloody Friday» de Christchurch

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Hier, Christchurch a eu son « vendredi sanglant » avec le triste massacre d’une cinquantaine de musulmans, rassemblés en prière dans deux mosquées de cette ville de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande.

Troisième ville en importance démographique, avec une population de plus de 375 000, c’est la première localité à avoir eu le statut de ville en 1856, depuis l’arrivée des Européens sur l’archipel, en 1840.

Un havre de paix

La Nouvelle-Zélande est d’abord le pays des Maoris qui l’ont occupée depuis des siècles avant d’être assujettis par le colonialisme anglais.

Avec un taux de croissance de 3 %, elle connaît une prospérité économique fort enviable avec l’essor de sa production pétrolière, du tourisme et un taux de chômage de 4,5 %. Autant de conditions favorables pour attirer les immigrants. En 2017, son solde migratoire était de 63 000.

Jusqu’en 1970, l’immigration y était essentiellement européenne. Depuis, le tissu démographique s’est grandement modifié avec plus de 200 origines ethniques et 160 langues différentes. L’immigration la plus récente venait de Chine, d’Inde, d’Afrique du Sud et des Philippines.

Au plan religieux, les hindous, les bouddhistes et les musulmans sont en minorité à côté d’une majorité de chrétiens de différentes dénominations (60 %) et d’athées (34 %). Les musulmans étaient autour de 50 000 en 2013. Une communauté jeune et en hausse de 28 % depuis 2006.

Généralement bien intégrée, elle s’est attiré les foudres des Néo-Zélandais lors de la crise des caricatures de Mahomet, en 2006, considérées comme blasphématoires.

Havre de paix, avec une qualité de vie parmi les meilleures au monde et un climat social harmonieux, elle a été secouée, ces dernières années, par une montée de l’extrême droite.

Le criminel venu d’ailleurs

La première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, avait admis, en avril 2018, que son pays était indéniablement raciste eu égard au traitement réservé aux Maoris.

Mais le sentiment antimusulman y est aussi très présent. Il s’est manifesté ouvertement en septembre 2016 quand l’extrême droite a frappé.

Un site web néo-nazi, la Right Wing Resistance (RWR), appelait à la mobilisation contre l’invasion musulmane de l’archipel.

Un pamphlet antimusulman avait été distribué dans les boîtes aux lettres de Wanganui, une ville de l’Île du Nord de l’archipel, intitulé « Stop l’islamisation ». La population n’a pas tardé à dénoncer.

Cela dit, le suspect principal des attentats de Christchurch, Brenton Tarrant, n’est pas un Néo-Zélandais. C’est un Australien de 28 ans, un criminel venu d’ailleurs, à 2300 km.

Il a poussé l’odieux jusqu’à commettre son carnage en direct et posté son manifeste anti-immigration au titre évocateur de « Grand remplacement ».

Une théorie du 19e siècle, actualisée par l’écrivain Renaud Camus, soutient que l’immigration massive des non-Européens (Maghrébins et Sub-Sahariens) allait dissoudre l’identité française.

Le suspect se réclame aussi d’Anders Behring Breivik, le tueur norvégien d’extrême droite, qui avait fait un ravage, en 2011, en massacrant 77 personnes, principalement des jeunes, à Oslo et sur l’île d’Utoya.

Fait significatif, Brenton Tarrant se présente comme un croisé vengeant les victimes chrétiennes depuis l’Empire ottoman ainsi que les « milliers d’Européens tués dans des attaques terroristes » par Al-Qaïda et l’État islamique.

Espérons que les Néo-Zélandais trouveront, malgré l’horreur de cette tragédie, un réconfort dans le fait que l’auteur présumé de ce carnage est un criminel venu d’ailleurs.