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Le combat d’une génération

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Hier, partout dans le monde, la jeunesse a décidé de marcher du même pas et au même rythme pour crier « ça suffit ! ». De ces marches pacifiques, il émanait quelque chose de vivant, d’imagé, de spectaculaire et d’enivrant.  

Chaque génération porte des moments marquants. Des moments qui définissent des personnalités, des parcours et bien sûr des décisions politiques. Bien souvent, ils nous sont racontés (ou radotés) comme de vieux souvenirs, qui rappellent la jeunesse et les idéaux que les nouveaux vieux portaient quand ils étaient jeunes.   

La génération silencieuse, comme le dit son nom, est restée relativement silencieuse au cours de son existence. Elle est née dans la pénombre d’une société pré-électricité, a vécu la guerre en y perdant familles et amis. Profondément marquée par cet évènement, cette génération a décidé de ne pas trop déranger, suivant les diktats de l’Église catholique.  

Viennent ensuite les baby-boomers, nés entre 1945 et 1964. Ces gens, autant bruyants que dérangeants, ont imposé, par leur nombre, leur vision au reste de la société. Ils ont vécu Woodstock, la Révolution tranquille, Mai 68, la libération sexuelle et la contre-culture. Par leur ingéniosité, ils ont érigé et construit un Québec autre, radicalement différent, moderne.  

La génération X, elle, est malheureusement une génération sandwich, sortant des bancs d’écoles sans perspective emploi et des taux d’intérêt frôlant les 20%. Ils ont vécu les tensions de la guerre froide et de la course aux armements. Ils sont présentement au pouvoir dans la plupart des pays sans qu’on le souligne vraiment, puisque cela ne durera pas. Pris entre les baby-boomers qui prenaient toute la place et une génération plus jeune et plus branché, ils ont été surpassés des deux côtés.   

Manifestation du 15 mars 2019  

Pour ce qui est de ma génération (Y,Z), il est trop tôt pour savoir ce que seront nos moments marquants. Analyser une génération en temps réel est un exercice périlleux qui demande du doigté. Par contre, au-delà de l’effervescence de la manifestation pour le climat d’hier, il n’est pas ridicule de penser que nous assistons présentement à un de ces moments marquants.  

Vendredi dernier, pas moins de 150 000 personnes, en majorité des jeunes, à Montréal mais aussi de partout dans le monde ont décidé de prendre la rue. Tout sauf anodin, c’est une démonstration autant précise que puissante que l’écologie sera le projet politique de ma génération.    

Un projet qui devra impérativement s’articuler autour d’un réel sentiment d’urgence. « La tâche de ma génération est peut-être plus colossale, elle consiste à empêcher que le monde se défasse », a déjà écrit Albert Camus.    

Collectivité et territoire  

Un projet qui doit permettre une reconnexion avec certains aspects de la vie que la mondialisation a tenté de nous faire oublier : notre collectivité et notre territoire.   

Il y a dans la lutte environnementale une réappropriation de ce que signifie le terme « collectivité ». Un genre de fuck you à l’individualisme et au « court-termisme » qui ronge notre société. Par cette lutte, on se définit soi-même et on bâtit de nouvelles solidarités qui dépassent les frontières. On redécouvre à penser au long terme et prendre soin de notre prochain.  

Dans un monde où la productivité règne comme garde-fou, ces 150 000 personnes qui marchaient dans les rues de Montréal pensaient et incarnaient également le territoire québécois. Dans un monde où le territoire est souvent oublié, pire donné, aux entreprises minières et pétrolières, la lutte écologique est un refus global à ce que notre environnement devienne un dépotoir.    

Nous assistons finalement à une autre mondialisation que celle de l’économie. Celles des symboles, des revendications, des luttes et des initiatives. Vendredi dernier, en répondant à l’appel de la jeune Suédoise, Greta Thunberg, les jeunes de Paris, Londres, Montréal, Washington, Hong-Kong, Mumbai, Sydney, Nairobi et 2000 autres villes ont dit à leur gouvernement respectif : « Nous ne voulons pas de votre espoir, nous voulons que vous paniquiez ! »  

Oui, que les gouvernements paniquent devant la fougue et l’énergie de la jeunesse.   

En espérant que le 15 mars 2019 soit que le début de quelque chose.