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Les ennemis alliés: fin d’époque

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Caricature Ygreck

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L’élection québécoise de l’automne dernier a vraiment tout fait chavirer. Six mois plus tard, libéraux et péquistes se retrouvent plus bas qu’on ne les a jamais vus. Ceci me rappelle néanmoins à quel point ces deux partis dits « ennemis » furent pendant une époque de grands alliés.

Ces partis sont des adversaires idéologiques frontaux. L’un existe pour faire la souveraineté, l’autre tient à garder le Québec à l’intérieur du Canada. Sauf que tant que cette idée de la souveraineté monopolisait tout le débat, l’un et l’autre s’assuraient une alternance au pouvoir.

Péquistes et libéraux furent durant 40 ans comme des enfants sur une balançoire à bascule. C’est le poids de l’un qui fait monter l’autre, puis c’est le poids de celui qui vient d’atteindre le sommet qui propulse son partenaire vers le haut.

Les péquistes plaçaient la souveraineté au cœur de chaque élection pour attirer les électeurs attachés à cette option. Alors les libéraux criaient à la peur d’un prochain référendum pour briser le Canada, pour ramener à eux les électeurs réfractaires à l’indépendance.

Je l’ai vécu

Si une personne au monde peut vous dire que cela fonctionnait à merveille, c’est bien moi. Chef de l’ADQ pendant 15 ans, j’ai été constamment coincé dans cette dynamique. Si jamais notre parti gagnait quelques points dans les sondages, ils replaçaient l’indépendance au centre de l’actualité. Cette polarisation ramenait au bercail leurs votes.

Depuis 20 ans, l’idée d’un troisième référendum rebute les électeurs, le PLQ a été particulièrement efficace à brandir cet épouvantail. Jean Charest a-t-il vraiment été élu à répétition pour les grands espoirs que suscitait son programme ? Ou aurait-il profité habilement à chaque fois de la fameuse « menace référendaire » pour rallier aux libéraux les votes nécessaires à la victoire ?

Fini

Regardons les choses en face : cette polarisation électoralement payante entre libéraux et péquistes est révolue. Plus rien de ce qu’ils ont connu ne tient la route. Leurs stratégies traditionnelles ne valent plus rien, puisqu’elles s’appuyaient sur le modèle « les OUI contre les NON ». Cela n’a plus d’assises dans la nouvelle réalité.

Le mouvement d’opinion est spectaculaire. Les votes additionnés des péquistes et des libéraux monopolisaient 95 % de l’électorat dans les années 1980. Au tournant des années 2000, ce chiffre avait baissé vers les 80 %. Au début de la présente décennie, on ne parlait plus que de 60 %. Dans le sondage d’aujourd’hui, libéraux et péquistes ensemble totalisent un maigre 36 %.

Appelons cela par son nom : un changement de paradigme. Un beau grand mot à glisser dans vos conversations du week-end ! C’est vraiment ce dont il faut parler : un changement si profond que ce sont les fondements qui ont été transformés.

Le 1er octobre, le Québec n’a pas seulement changé le parti au pouvoir. Le Québec a changé les bases de sa politique pour les générations à venir. Libéraux et péquistes ont tout un défi devant eux de se réinsérer dans la nouvelle réalité.