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Pour des montagnes plus propres

En 2018, choquée par l’état du Ama Dablam, la petite expédition guidée par Dominic Asselin s’est improvisée éboueurs de sommet. Soixante-sept livres de détritus ont pu être descendus de peine et de misère par les alpinistes.
Photo courtoisie, High Altitude Mountain Cleaners En 2018, choquée par l’état du Ama Dablam, la petite expédition guidée par Dominic Asselin s’est improvisée éboueurs de sommet. Soixante-sept livres de détritus ont pu être descendus de peine et de misère par les alpinistes.

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Les plus beaux sommets du monde entier sont en train de se transformer en dépotoirs en haute altitude. Un nouvel organisme sans but lucratif québécois espère faire changer les choses. Rencontre avec les High Altitude Mountain Cleaners, qui préparent leur première expédition pour mars 2020.

« Ça a été un choc pour moi de me retrouver sur ce que l’on considère comme l’une des plus belles montagnes du monde et d’y constater une quantité dégueulasse de cochonneries. Au loin, on avait cette vue magnifique, mais, à nos pieds, une vraie poubelle », dit Éric Desrosiers, 40 ans, qui en était à sa première expédition majeure dans l’ascension de l’Ama Dablam en 2018.

« Et on avait intérêt à regarder où l’on posait nos pieds, sinon on était dans le m... », ajoute Dominic Asselin, guide alpin et fondateur d’Altitude Montagne.

Aux camps et le long des itinéraires principaux des montagnes les plus convoitées par les alpinistes du monde entier, des tristes traces du passage d’hommes
Photo courtoisie, High Altitude Mountain Cleaners
Aux camps et le long des itinéraires principaux des montagnes les plus convoitées par les alpinistes du monde entier, des tristes traces du passage d’hommes

Incapable de rester insensible devant ce triste spectacle, la petite expédition commerciale de cinq personnes a improvisé une opération nettoyage. Trente kilos de déchets ont alors été rapatriés de la montagne de près de 7000 mètres du Népal.

Ce n’était pas suffisant aux yeux des deux alpinistes. Dominic Asselin et Éric Desrosiers, accompagnés d’Isabelle Losier et Christian Lévesque, retourneront à l’Ama Dablam en mars 2020 où ils prévoient retirer 1500 lb d’indésirables. Le quatuor a conséquemment monté sur pied l’organisme sans but lucratif High Altitude Mountain Cleaners — les nettoyeurs de montagne en haute altitude —, qui, par des actions concrètes, souhaite changer les mentalités en alpinisme.

Les limites de la conscience environnementale

La quête de sommets en alpinisme s’accompagne bien souvent d’un prix que peu sont prêts à payer. Lorsque l’homme atteint ses limites physiques et psychologiques, il reste hélas moins d’énergie pour suivre les principes de sa conscience environnementale.
Photo courtoisie, High Altitude Mountain Cleaners
La quête de sommets en alpinisme s’accompagne bien souvent d’un prix que peu sont prêts à payer. Lorsque l’homme atteint ses limites physiques et psychologiques, il reste hélas moins d’énergie pour suivre les principes de sa conscience environnementale.

« Le problème, c’est la quête au sommet à tout prix. On a des gens qui se sont entraînés pendant des années et qui ont dépensé une fortune pour faire une expédition : ils veulent se rendre jusqu’au bout », dit Dominic Asselin.

Or, en altitude, lorsque l’oxygène se fait rare, chaque gramme en trop pèse beaucoup. Rapidement, l’effort de traîner ses déchets semble insurmontable et l’abandon de matériel désormais inutile, inévitable. « Tout le monde a une conscience environnementale... jusqu’à un certain point. Quand on est en situation où on est déjà au bout de nos limites, quand on a un objectif qu’on ne veut abandonner à aucun prix et quand tout petit effort supplémentaire nous semble démesuré — ce qui est le cas en haute montagne —, on fait ce qu’on fait, comme si la fin justifiait les moyens », déplore le guide alpin. Facile à imaginer, quand pour certaines personnes la distance entre deux poubelles en contexte urbain va influencer où se retrouvera l’emballage de leur barre tendre...

Le nouvel organisme sans but lucratif propose un examen de conscience dans le monde de l’alpinisme : est-ce que la quête d’un sommet est SI importante ? Et si on se rendait jusqu’à la limite de nos capacités... avant que la planète en paie le prix ?

« On ne doit plus se leurrer : l’exploration de sommets comme vocation de découvertes, c’est fini. Nos motivations pour grimper une montagne sont désormais personnelles, voire égoïstes — peut-être qu’on devrait ainsi valoriser davantage une ascension “zéro déchet” versus une énième conquête de sommets ? », donne comme réflexion Dominic Asselin.

« Ça ne se fait plus de lancer ses déchets de la fenêtre de la voiture. On souhaiterait qu’il y ait ce même constat en montagne : ça n’a plus de bon sens d’agir ainsi. La façon qu’on fait de l’alpinisme aujourd’hui n’est simplement plus viable », dit Christian Lévesque, qui sera responsable de documenter la première opération nettoyage de l’organisme.

Pourquoi nous ?

Le gouvernement népalais impose déjà des amendes aux expéditions guidées, si l’inventaire du matériel au départ et celui à l’arrivée ne concordent pas. « Cela se fait sur la bonne foi, sans vérification... », précise Dominic Asselin.

« C’est un peuple très accommodant, qui ne veut pas non plus perdre le tourisme alpin en imposant une législation trop stricte », ajoute Éric Desrosiers.

Pour le quatuor derrière High Altitude Mountain Cleaners, qui est en relation avec les autorités sur place, notre implication est cruciale. « Ce sont nous, les Occidentaux, qui sommes responsables de cette situation — on ne peut pas se sentir non concernés », dit Isabelle Losier, qui sera responsable de toute la logistique sur place pour descendre les 1500 lb de déchets — et les détruire.

« C’est leur problème, c’est leur job de le régler : on est toujours dans le rejet de nos responsabilités personnelles. Il est temps qu’on change notre mindset », ajoute Christian Lévesque. Et l’avantage de cibler le problème à la source — les mentalités —, c’est que celles-ci peuvent en faire du chemin. Jusqu’à 8000 mètres en altitude, mais aussi en haut du mont Saint-Hilaire — et si on considérait que nos efforts en valaient la peine ? Que nos montagnes tant prisées le méritaient ?

Les High Altitude Mountain Cleaners

La première opération des High Altitude Mountain Cleaners se déroulera en mars 2020 au sommet népalais de l’Ama Dablam.

  • Altitude : 6812 mètres
  • Difficulté : technique
  • 1500 lb : poids estimé des déchets qui seront descendus de la montagne
  • 3-4 sherpas locaux seront embauchés pour ses aller-retour en altitude

L’équipe de nettoyeurs québécois se chargera de la récupération et de la collecte des détritus

Ce sont près de 4500 mètres de cordes fixes abandonnées qui s’étalent sur les parois de l’Ama Dablam. Leur état et leur quantité rendent l’ascension plus dangereuse selon l’équipe de High Altitude Mountain Cleaners.
Photo courtoisie, High Altitude Mountain Cleaners
Ce sont près de 4500 mètres de cordes fixes abandonnées qui s’étalent sur les parois de l’Ama Dablam. Leur état et leur quantité rendent l’ascension plus dangereuse selon l’équipe de High Altitude Mountain Cleaners.

En plus des déchets humains et matériels abandonnés, 4500 mètres de cordes en mauvais état et carrément dangereuses seront retirés par les High Altitude Mountain Cleaners. L’équipe fera aussi l’installation de 300 nouveaux scellements sur les parois, qui pourront être utilisés par les prochaines générations d’alpinistes, facilitant leur progression (et leur épargnant peut-être une dépense énergétique dont ils pourront faire bon usage dans la gestion de leurs déchets ?).


Pour plus de renseignements ou pour faire un don, rendez-vous : highaltitudemountaincleaners.org