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Un titre sans zone grise

Un titre sans zone grise
Illustration Adobe Stock

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Cette semaine, j’ai annoncé la sortie de mon cinquième one-man-show intitulé Fuckoff. Vous êtes déjà offusqué ? Depuis le choix du titre et l’annonce officielle du show, il y a environ trois mois qui se sont écoulés, trois mois à me demander quelle sera la réaction.

Commençons par l’explication. Depuis deux ans, lorsque je vais aux spectacles des humoristes de ma génération, ceux qui sont en fin de quarantaine ou début de la cinquantaine, ce qui me saute aux yeux, c’est cette espèce de lâcher-prise qui les habite.

Je pense surtout aux shows de Stéphane Rousseau et de Jean-Michel Anctil. Je ne les avais jamais vus aussi relax et sans souci sur scène. Ils avaient comme une espèce de je-m’en-foutisme sain. C’est là que je me suis promis que mon prochain show serait écrit et joué dans ce même état d’esprit.

La carrière

Lorsqu’on commence à monter les échelons du métier, qu’on est prêt à sortir notre premier show, c’est le festival de la comparaison et de l’envie. Tu checkes combien de billets tes chums ont vendus, qui a fait le plus de shows et tu t’empoisonnes l’existence à te dire : « Pourquoi lui a eu tel show ou tel projet et pas moi ? »

Tu passes la vingtaine et la trentaine à forger ta place dans le palmarès des clowns.

Et un jour, tu te retrouves comme moi, à la veille de la cinquantaine. Sans dire que tu n’as plus rien à prouver, tu regardes les fans qui te suivent depuis le début et tous ceux qui se sont greffés en chemin et tu réalises avec un sourire au visage que « ta gang », ben c’est celle-là.

Dépendance affective

J’ai passé ma carrière à vouloir convaincre ceux qui ne m’aimaient pas de me donner une chance, comme si je voulais combler cette dépendance affective artistique. C’est fini ce temps-là. Cette fois-ci, le prochain show, est entièrement dédié à ma gang.

Alors, pourquoi avoir appelé le show Fuckoff ? Parce que c’était la meilleure façon d’exprimer ce lâcher-prise total. Ça ne se veut pas un doigt d’honneur à la liberté d’expression, ce n’est pas ma crise d’adolescence qui refait surface. Oui, ça représente une écœurantite aiguë de toute l’attention et l’énergie que nos maillons faibles de la société réussissent à nous extorquer.

Mais fuckoff veut aussi dire : c’est pas si grave, décroche, on s’en fout !

De mon côté, c’est l’ultime façon de dire : c’est ça qui est ça, deal avec ! J’ai pas le temps de t’écouter chialer et si tu manques d’attention, retourne voir ta mère, j’ai pas le temps de boucher les craques de ta fragilité.

Indifférence impossible

C’est ce que j’aime le plus du titre de mon show : pas de zone grise, personne ne va rester indifférent.

T’es offusqué ? Reste chez vous ! Mais si t’as compris ce que je voulais dire, viens-t’en, on va avoir du fun.

Je l’ai déjà dit, il est grand temps qu’on réapprenne à rire de tout et de soi en même temps.