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Le président d’aujourd’hui et celui de demain

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Il reste un peu moins de 600 jours avant la prochaine élection présidentielle américaine. Nous avons beau vouloir nous convaincre que tout sur la planète ne dépend pas de ce qui se discute et se décide à Washington, la réalité nous contredit tous les jours.

Vendredi, le monde entier était bouleversé par la tuerie de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. On l’était aussi à la Maison-Blanche. En après-midi, tout en dénonçant l’horreur des actes commis, Donald Trump avait autre chose à dire : malgré le manifeste du tueur et la multiplication des gestes d’intolérance, il ne voyait pas, non, le « nationalisme blanc » comme une menace grandissante.

Interrogé sur le fait que le meurtrier ait mentionné son nom dans son texte, le président américain n’a exprimé aucun malaise, n’a laissé paraître aucune introspection à l’idée que quelqu’un avec « de très sérieux problèmes », comme il l’a décrit, puisse s’inspirer d’une quelconque façon de lui.

Insensible à la gravité du moment, il a poursuivi en justifiant sa décision d’opposer son veto à la loi l’empêchant de déclarer l’urgence nationale pour financer la construction d’un mur à la frontière mexicaine, en soutenant qu’on s’apprête à dénombrer « un million d’étrangers en situation irrégulière se précipitant à nos frontières ». Et reprenant une expression chère aux suprématistes blancs, « les gens détestent le mot “invasion”, mais c’est ce que c’est. »

Il ne l’a pas fait exprès. Il n’a pas voulu provoquer personne. C’est tout simplement lui. C’est ce qu’il pense. Je le sais, je l’ai vu, je me trouvais à deux mètres de lui dans le Bureau ovale.

Un gouvernement à la tête dure

Le temps nous dira si la montée de l’intolérance au cours de sa présidence aura été temporaire, circonstancielle. Cela dit, l’énorme force perturbatrice de Donald Trump et de son administration continue d’agir sans grande retenue.

L’incapacité de condamner l’Arabie saoudite pour le meurtre atroce du journaliste Jamal Khashoggi démontre que la défense des droits humains, de la liberté de presse reste secondaire. En persistant à tout pardonner à Israël, on s’assure qu’aucun effort sincère ne sera réalisé pour s’entendre avec les Palestiniens.

Devant les problèmes sociaux et économiques persistants aux États-Unis – de la mortelle crise des opioïdes à l’inégalité toujours plus aiguë des revenus, en passant par l’état déplorable des infrastructures du pays – la Maison-Blanche a mis de l’avant une proposition de budget qui enlève près d’un tiers des moyens de l’Agence de protection de l’environnement, un quart de ceux du transport, 16 % de moins au logement et 12 % à la santé ainsi qu’à l’éducation.

Le budget de la défense, en contrepartie, grimperait de 5 %, celui de la sécurité intérieure de 7 % et celui des anciens combattants de 8 %. Ça finit par coûter cher de s’être battu à travers le monde – et de continuer de le faire – depuis dix-huit ans.

Contre-offensive

Ce qui se pense et ce qui se passe à Washington influence le monde, qu’on le veuille ou non. S’il est réélu en 2020, Donald Trump, dans les petites et les grandes choses, continuera de déranger. C’est toute une contre-offensive toutefois que préparent les démocrates.

Ils sont plus d’une douzaine à vouloir mettre la main sur l’investiture du parti en vue de l’élection présidentielle. On a beaucoup parlé cette semaine du charisme du Texan Beto O’Rourke, mais Bernie Sanders et Elizabeth Warren, avec des programmes beaucoup plus touffus, promettent de mettre ce pays sens dessus dessous.

Ils veulent secouer les banques, les compagnies d’assurances et les géants de la pharmaceutique. Les mastodontes des nouvelles technologies – Amazon, Facebook, Google – passeraient un mauvais quart d’heure. Des allures, je vous jure, de petite révolution.

Il faut donner cela à Donald Trump, il dit tout et son contraire, mais à ses yeux, le statu quo ne tient plus. Les démocrates, c’est clair, ont compris le message.

Candidats démocrates

Bernie Sanders

Photo AFP
  • Sénateur du Vermont, 77 ans

Elizabeth Warren

Photo AFP
  • Sénatrice du Massachusetts, 69 ans

Kamala Harris

Photo AFP
  • Sénatrice de la Californie, 54 ans

Cory Booker

  • Sénateur du New Jersey, 49 ans

Kirsten Gillibrand

  • Sénatrice de l’État de New York, 52 ans

Amy Klobuchar

Photo AFP
  • Sénatrice du Minnesota, 58 ans

Beto O’Rourke

  • Ex-représentant du Texas, 46 ans

Jay Inslee

  • Gouverneur de l’État de Washington, 68 ans

John Hickenlooper

  • Ex-gouverneur du Colorado, 67 ans

Julián Castro

  • Ex-maire de San Antonio, Texas, 44 ans

John Delaney

  • Ex-représentant du Maryland, 55 ans

Pete Buttigieg

  • Maire de South Bend, Indiana, 37 ans

Préférences budgétaires de Trump

  • Agence de protection de l’environnement: - 31%
  • Département d’État et aide étrangère: - 24%
  • Transport: - 19%
  • Logement et développement urbain: - 16%
  • Agriculture: - 15%
  • Ressources naturelles et parcs nationaux: - 14%
  • Santé et services sociaux: - 12%
  • Éducation: - 12%
  • Énergie: - 11%
  • Main-d’œuvre: - 10%
  • Justice: - 2%
  • NASA: - 2%
  • Finances: - 2%
  • Défense: + 5%
  • Commerce: + 7%
  • Sécurité intérieure: + 7%
  • Anciens combattants: + 8%