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Saint-Denis agonise

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La rue Saint-Denis a trôné au cœur de ma folle jeunesse montréalaise. Je passais tous mes samedis au magasin de disques L’Alternatif qui attirait les amateurs francophones de rock progressif, Genesis, Gentle Giant, Supertramp, ELP, Yes, etc.

J’allais aussi siroter des cafés viennois à l’Âtre, des vers de Baudelaire dans ma poche. Je portais un col roulé noir de ma mère trop grand pour moi, mais qui était parfait pour me bidouiller un look beatnik.

Maintenant, je broie du noir sur Saint-Denis.

T’en souviens-tu ?

Michel Rivard aurait dit : « Les années 70, si tu t’en souviens, c’est que tu n’étais pas là. » J’y étais et, malgré quelques oublis stratégiques pour protéger ma dignité, je me souviens du plaisir fou que nous avions à cette époque. De nos petits bonheurs tonitruants.

C’est sur Saint-Denis que sont nés les festivals de Montréal. J’ai souvenir d’un parfait après-midi de jazz sur une terrasse à écouter UZEB en buvant une sangria. Le soir, place au gros blues sale et aux grosses bières du Bistro à Jojo.

Mais fatigués d’être interpellés par des petits pushers de « pot, hasch, mescaline » sur une rue de plus en plus déglinguée, nous avons migré vers Saint-Denis d’en haut. Le royaume du chic, de l’importation française, des bars mythiques comme Le Passeport et des restaurants légendaires.

Aujourd’hui fermés, jamais je n’oublierai Aux Mignardises, Aux Caprices de Nicolas, le m’as-tu-vu Continental et le Witloof, un resto belge. Le Café Cherrier et L’Express, encore et toujours mes cantines, sont souvent pleins.

Hippie chic

Tout près, le carré Saint-Louis, le centre de la vie hippie francophone de l’époque. Les Anglos étendaient leurs couvertures indiennes sur les pelouses du campus de McGill. Certains Anglos appelaient la rue Saint-Denis, la rue Crescent des Pepsi.

Je l’ai arpentée pendant des années, j’ai mangé je ne sais combien de pizzas accompagnées de Brio chez Paesano, bu Dieu seul sait combien de bières au Saint-Sulpice. Le déclin s’est installé tranquillement. Plusieurs commerçants ont perdu confiance, Fleuriste Michel Proulx, Bleu nuit, Philippe Dubuc, l’Essence du papier.

Dernière victime : la boutique d’objets de maison Arthur Quentin, en affaires depuis 43 ans, un bijou dont j’ignore comment la ville pourra se passer.

En ce moment, près du quart des commerces de la rue Saint-Denis seraient inoccupés. Beaucoup blâment l’administration de Projet Montréal et le maire Luc Ferrandez pour l’assoupissement d’un des quartiers les plus grouillants de Montréal.

Aucun plan

Pour l’instant, rien n’est prévu pour redonner à Saint-Denis une santé commerciale. Pas de baisses de taxes ou de loyers en vue. Le maire avait dit en 2016 qu’il voulait réduire la largeur de l’artère et élargir les trottoirs. Le 1er avril, les parcomètres passeront à 3,25 $ l’heure sur Saint-Denis.

Tout pour nous envoyer au DIX30. Ou à Québec.

Je dis cela sans arrière-pensée ni esprit de clocher, mais il existe à Québec une vitalité qui manque présentement à plusieurs quartiers de Montréal. À Québec, la rue Saint-Joseph et la 3e Avenue à Limoilou ont le diable au corps.

Faudrait peut-être aller s’y frotter ?

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