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[VIDÉO] C'est facile de tricher sur les voies réservées

Les automobilistes délinquants profitent de la faible présence policière

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En 10 minutes lors de l’heure de pointe du soir la semaine passée, j’ai vu 27 autos solo rouler à grande vitesse dans la voie réservée aux autobus, taxi et covoiturage sur l’autoroute 20. Cette situation n’est pas isolée : les automobilistes sont nombreux à tricher. Mais où est la police ?

Depuis que son entreprise a déménagé à Kirkland, dans l’ouest de Montréal, Mélanie Vallières se tape près de deux heures de trafic par jour sur l’autoroute 20.

Pour cette résidente de Longueuil, le moment le plus enrageant est au retour à la maison, quand elle voit toutes ces personnes seules dans leur voiture emprunter illégalement la voie réservée, en direction est.

« En quatre ans, je n’ai presque jamais vu la police... Ils feraient des dizaines de milliers de dollars en contraventions, et ça ferait du bien au moral de ceux qui respectent la loi », dit-elle.

Mme Vallières a bien raison d’être frustrée. Durant notre trajet, les tricheurs étaient nombreux et semblaient sans scrupule.

Malgré mes demandes répétées auprès de la Sûreté du Québec, il a été impossible de connaître le nombre d’interventions policières effectuées sur cette voie réservée.

Toutefois, le ministère des Transports a admis qu’il y a un « certain taux de délinquance » à cet endroit.

Les policiers y vont régulièrement, m’a-t-on dit, mais leur présence a pour effet de provoquer encore plus de congestion (les délinquants se dépêchent à réintégrer les autres voies, les gens sont curieux ou inquiets, et ralentissent, etc.). Voilà qui expliquerait leur présence limitée à cet endroit.

Mouais, pas très convaincant.

 

Impossible d’être partout

Les infractions sur les voies réservées sont généralisées, m’indiquent plusieurs corps policiers.

« Ça ne date pas d’hier ! » dit en riant le capitaine Daniel Côté, du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL).

Le SPAL doit notamment intervenir sur les voies réservées qui mènent aux ponts Victoria et Jacques-Cartier. En 2018, ils ont donné près de 2600 constats d’infraction juste sur ces deux axes.

« J’envoie des agents là-bas au moins deux jours par semaine, mais, le reste du temps, on priorise les intersections dangereuses et les zones scolaires, pas le choix », explique M. Côté.

La police ne peut être partout et il faut faire des choix, confirme la porte-parole du Service de police de Laval, Stéphanie Beshara.

Caméras infrarouges

Si on veut réduire le nombre d’infractions sur les voies réservées, il faut que les automobilistes sentent clairement qu’ils risquent de se faire coincer, explique Thomas G. Brown, chercheur à l’Institut Douglas et membre du réseau de recherche en sécurité routière.

Certains états américains utilisent une technologie de caméras infrarouges pour identifier le nombre de passagers par véhicule sur les voies réservées au covoiturage.

C’est un système coûteux, qui vaut plus de 100 millions de dollars, mais qui pourrait être rentabilisé, à en juger par le nombre élevé de délinquants.

« Est-ce qu’on veut ce genre de système qui porte atteinte à la vie privée ?

C’est la question à se poser » dit M. Brown.

Dans le même sens, du côté du MTQ, on estime qu’un système de caméra infrarouge pourrait contrevenir à la protection de la vie privée, et donc, mieux vaut se limiter à la surveillance policière.


► Amende pour utilisation non permise d’une voie réservée pour autobus, taxi et covoiturage plus de 300 $

La police de Laval aurait mieux à faire

Patrice Maltais au coin du boulevard Saint-Rose et de la 30e avenue, à Laval.
Photo Daphnée Hacker-B.
Patrice Maltais au coin du boulevard Saint-Rose et de la 30e avenue, à Laval.

Un Lavallois qui a partagé ses inquiétudes par rapport à une intersection qu’il juge dangereuse se serait fait dire par le policier du poste de quartier : « On a mieux à faire. »

Presque chaque jour, Patrice Maltais attend l’autobus, entre 5 h 30 et 5 h 40 du matin, au coin du boulevard Sainte-Rose Ouest et de la 30e avenue. À cette intersection, il y a un arrêt obligatoire... mais les automobilistes sont nombreux à ne même pas daigner ralentir, affirme le Lavallois.

Je suis allée rejoindre Patrice Maltais un matin, vers 7 h 30, et j’ai constaté le même phénomène. En 10 minutes, on a vu de 10 à 15 automobilistes brûler le stop. Même un autobus scolaire est passé tout droit !

Après s’être fait répondre que la police avait mieux à faire, M. Maltais a publié sur Twitter une vidéo prouvant son point et le Service de police de Laval (SPL) lui a dit de contacter son poste de quartier.

On comprend qu’il ait perdu foi en la police...

Pris au sérieux

J’ai donc à mon tour contacté le SPL. L’agente aux Affaires publiques, Stéphanie Beshara, s’est dite très surprise par la réaction du policier.

« Je doute sérieusement qu’il ait pu répondre ceci », a-t-elle dit.

Elle m’a indiqué que le SPL prend au sérieux les plaintes des citoyens et que, dès que ceux-ci contactent leur poste de quartier, un dossier est ouvert et un suivi rigoureux est fait.

On va faire le suivi pour ce dossier, c’est certain !

Aidez-moi !

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