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Oui, le Parti québécois a encore sa pertinence

René Lévesque
Photo d’archives Le parti fondé par René Lévesque traverse une crise existentielle grave.

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Avec ses dix députés élus en octobre 2018 et ses 17 % du vote exprimé, on le dit à l’agonie. À en croire ses détracteurs, ils ne seront pas nombreux à pleurer à son enterrement.

Le PQ avait déjà frôlé la marginalisation, mais sous un régime de bipartisme qui lui permettait de revenir au pouvoir, en usant de la mécanique de l’alternance, sans trop se remettre en question.

Aujourd’hui, le paysage politique a changé. Une troisième voie s’est ouverte et elle rassemble à la fois des souverainistes, des fédéralistes et des orphelins politiques.

Avec son accession au pouvoir, en octobre dernier, la CAQ a mis fin à 50 ans de clivage fédéraliste-indépendantiste qui divisait les Québécois et affaiblissait le Québec. À ce jour, tout indique que ces différents courants sont en voie de s’arrimer.

Le défi de la CAQ est de réussir à faire progresser le Québec au sein du Canada, tout en défendant son caractère distinct et les attributs de son autonomie, l’identité nationale, la langue, la culture, la fiscalité, l’immigration, la santé, etc.

Force est de constater que le rapport de force du premier ministre Legault avec le gouvernement de Justin Trudeau est inversement proportionnel à ses attentes, mais l’expérience est encore jeune pour en mesurer la portée à long terme.

Le PQ n’en est donc pas à sa première crise. Les épisodes douloureux de l’échec référendaire qui a précipité le départ du premier ministre Jacques Parizeau, en 1995, et le schisme de la « Charte des valeurs » de Pauline Marois, en 2013-2014, n’ont toujours pas été exorcisés au sein du PQ.

Il est minuit moins cinq

Oui, le parti est à la croisée des chemins. Il traverse une crise existentielle grave, avec un leadership intérimaire sans réel ascendant sur les troupes.

Mais un parti, c’est plus que la somme de ses députés et de ses apparatchiks. Il appartient à ses militants qui s’y sont investis, certains, depuis des années.

Ils auront l’occasion, les 23-24 mars prochains, à leur conseil national de Trois-Rivières, non seulement de valider la stratégie concoctée par le parti, mais également de faire leurs propres propositions pour des réformes en profondeur.

Au Congrès extraordinaire qui suivra, en novembre, le nouveau texte fondateur qui en découlera doit refléter la volonté exprimée par les membres et non seulement celle des stratèges du parti. Il est minuit moins cinq.

De la pertinence du PQ

D’ici là, le bateau du PQ va tanguer fort. Catherine Fournier et ses supporteurs veulent-ils bâtir un nouveau mouvement souverainiste avec le PQ ou sur ses cendres ?

Quelle que soit l’ampleur des réformes ou de la refondation qui sera envisagée, les jeunes et les Québécois issus de l’immigration doivent y participer activement.

Le 17 septembre 2018, j’avais publié une chronique intitulée « La souveraineté est morte. Vive la souveraineté », accompagnée d’une entrevue intégrale avec cinq jeunes impliqués au PQ, sous le titre « Les jeunes péquistes, ces irréductibles Gaulois ». Aujourd’hui, ces deux textes prennent un sens encore plus significatif.

Oui, au fil des ans, le PQ est devenu un parti traditionnel comme les autres. À force de se perdre dans les stratégies électorales, il a perdu son âme souverainiste. Il a surtout cessé d’être un parti d’idées, d’audace et de vision.

Bien que je ne partage pas l’idée de la séparation du Québec, j’estime que l’option de l’indépendance est légitime. Elle est portée par près de 35 % de la population et mérite d’avoir un véhicule démocratique, crédible et inclusif, pour l’exprimer.

Cela est d’autant plus vrai que depuis le rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne de 1982, le Québec n’a cessé de perdre de son rapport de force avec le reste du Canada et les ultra-fédéralistes, à Québec comme à Ottawa, ont abdiqué leurs responsabilités.