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Dépensier, mais pas usé

Le gouvernement Trudeau veut montrer avec ce budget qu’il a encore des projets... donc qu’il lui faut un deuxième mandat

CANADA-BUDGET/
Photo REUTERS Justin Trudeau et son ministre des Finances, Bill Morneau, hier au Parlement.

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Le dernier budget du gouvernement Trudeau aura été un exercice nettement plus politique qu’économique. L’objectif naturel d’un budget préélectoral consiste à définir les priorités du gouvernement qui justifieraient sa réélection. En cette année 2019, le gouvernement Trudeau a une priorité supplémentaire : sortir de la crise SNC-Lavalin.

Pas de surprise, le gouvernement Trudeau démontre une fois de plus son côté dépensier. On ne fait pas semblant de jouer les pseudo-préoccupés d’équilibre budgétaire. Aucun plan d’élimination du déficit. De toute façon, la promesse de la dernière élection consistait à équilibrer le budget de la quatrième année, donc celui d’hier. Les stratèges libéraux se sont sans doute dit que de présenter aujourd’hui un plan pour équilibrer le budget en 2025 serait simplement loufoque.

Il faut bien dire que le besoin de détourner les regards de l’affaire SNC, additionné à l’année électorale, tout poussait ce gouvernement déjà enclin à dépenser à sortir le chéquier. Comme pour en ajouter, le poste de président du Conseil du Trésor — censé voir au contrôle des dépenses — n’a pas eu de titulaire permanent depuis le début de 2019. La vague de démissions a amené quatre personnes différentes à se succéder sur cette chaise.

 

Pour les infrastructures ?

En matière de dépenses, la grande contradiction est l’absence d’un réel coup de collier dans les dépenses d’infrastructures. Il s’agissait pourtant de l’explication principale de Justin Trudeau en 2015 pour justifier le retour aux emprunts. Année après année, nous avons attendu le grand coup de barre spectaculaire en la matière, qui n’est jamais venu.

Hier, le budget prévoit finalement une hausse des sommes réservées aux villes pour leurs infrastructures. Or, ces sommes émanent du Fonds de la taxe sur l’essence. En résumé, les déficits des quatre dernières années ont surtout servi à payer de nouvelles initiatives de dépenses courantes. Pas des infrastructures.

Je ne dis pas que le gouvernement Trudeau n’a pas investi dans nos infrastructures. Mais nous sommes loin d’un plan d’investissement proportionnel aux énormes déficits engendrés, soit 80 milliards dans le mandat. Les infrastructures auront servi de prétexte pour emprunter.

Toujours des idées

Le budget inclut plusieurs mesures ciblées. La plupart sont justifiées et sont susceptibles d’aider à la fois des citoyens et d’aider l’économie. Sont-elles toutes assez importantes pour justifier de les implanter avec de l’argent emprunté ? Moins sûr...

Par ces mesures ciblées, le gouvernement de Justin Trudeau veut bien sûr intéresser des clientèles. Les autos électriques sont un thème naturellement populaire auprès des jeunes et des mordus du thème de l’environnement. Les mesures pour les aînés visent une clientèle électorale qui a tendance à sortir massivement pour se rendre aux urnes quand ça compte.

L’ensemble de ces mesures essayent de montrer le portrait d’un gouvernement qui a encore de l’élan, encore de l’imagination. Loin d’un parti usé, Justin Trudeau veut conserver son image moderne, avant-gardiste, qui a vraiment besoin d’un deuxième mandat parce qu’il a encore bien des projets à réaliser.