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La peur d’avoir peur

La peur d’avoir peur
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Quand ma fille était petite, elle avait une peur phobique des ascenseurs.

Elle préférait monter dix étages à pied.

Elle a surmonté cette phobie en la confrontant, au lieu de la fuir.

Évitement

Mais que font ceux qui refusent de confronter leur phobie des ascenseurs, des foules ou des avions ?

Ils déploient ce que les psychologues appellent des stratégies d’évitement : ils éviteront ce qui les angoisse.

On ne voyagera pas loin pour éviter l’avion. On regardera le match à la télé plutôt qu’au stade.

Comme la personne sait qu’elle sera moins angoissée devant la télé qu’au stade, au sol plutôt que dans les airs, elle choisira de plus en plus cet évitement.

Or, plus elle recourra à l’évitement, plus elle s’y habituera, plus la phobie grandira.

La personne se justifiera en se disant : « je fais bien de ne pas prendre l’avion, on pourrait s’écraser et je mourrais ».

Elle est alors doublement perdante : elle grossit l’objet de sa crainte, elle se fabrique un monstre de plus en plus terrifiant, et elle est de moins en moins outillée pour le confronter.

Bref, cet évitement est contre-productif : la personne croit se protéger, mais elle aggrave son problème.

La meilleure approche est plutôt de confronter la phobie.

La personne se dira ensuite : « j’ai pris l’avion, il ne m’est rien arrivé, ce ne fut pas si pire ».

Peu à peu, son angoisse se réduira.

Pourquoi je vous raconte ça ?

Dans son dernier livre, Jean-François Lisée se penche sur l’ambiance morose, mortifère, funéraire qui entoure aujourd’hui la question de la souveraineté.

Il se demande si, parmi les Québécois assez âgés pour se souvenir du référendum de 1995, plusieurs n’auraient pas recours, inconsciemment, à une stratégie d’évitement psychologique.

C’est, dit-il, une sorte de mécanisme de défense : ils s’inventent des justifications pour éviter de revivre cette douleur.

Les fédéralistes ont failli perdre « leur pays » et les souverainistes ont vu « leur pays » leur glisser entre les doigts en fin de soirée. Traumatisme majeur.

Ce souvenir douloureux pousse des gens, écrit Lisée, à « imaginer et à souhaiter des voies d’évitement du retour de ce débat. »

Alors, ils se disent : « tournons la page, occupons-nous des vraies affaires, le monde est rendu ailleurs, etc. »

On fait comme le phobique qui fuit son problème au lieu de le confronter, et qui le laisse donc grossir.

La souveraineté devient alors de plus en plus inatteignable, de plus en plus chimérique et compliquée.

Intéressant, non ?

Déclin

Lisée ne dit pas que c’est la seule raison des déboires du PQ. Beaucoup lui ont tourné le dos parce que la CAQ était mieux placée pour chasser le PLQ.

Son hypothèse exclut les jeunes, qui n’ont pas vécu le traumatisme, et les militants actifs qui, par définition, ne sont pas pessimistes puisqu’ils agissent.

Et pendant ce temps, le Québec perd tous les jours de l’influence dans le Canada et voit toutes ses revendications rejetées l’une après l’autre.