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Le meilleur et le pire du leadership politique

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Depuis la tuerie de Christchurch, le monde entier a pu apprécier ce que peuvent être le meilleur et le pire du leadership politique.

La semaine dernière, peu de gens connaissaient la jeune première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern, mais sa réaction aux événements tragiques qui ont secoué son pays en a fait un modèle de compassion, de fermeté et de leadership – dans le meilleur sens du terme –, à une époque qui en a cruellement besoin.

Le meilleur

Non seulement elle a affirmé bien haut que les victimes musulmanes étaient des membres à part entière de la nation néo-zélandaise, mais elle a aussi fait tous les bons gestes pour effacer la distance entre la communauté musulmane et la société qui l’englobe.

Elle a aussi donné l’exemple en bloquant au maximum la diffusion de l’identité du tueur, un modèle qui gagnerait à être suivi. Finalement, elle a agi rapidement en vue de bannir les armes d’assaut semi-automatiques.

On ne peut malheureusement pas en dire autant de celui qui occupe le poste normalement désigné comme « leader du monde libre ».

Le pire

Évidemment, on ne peut pas blâmer Donald Trump pour cette tragédie.

Le fait que le tueur l’ait évoqué comme un « symbole d’identité porteur d’une cause commune pour les Blancs » lui donnait toutefois, au strict minimum, le devoir de signaler fermement sa volonté et celle de son pays de stopper la résurgence globale du suprémacisme blanc.

Au lieu de cela, Donald Trump s’est efforcé de minimiser ce fléau en affirmant qu’il ne s’agit que de quelques désaxés isolés, dont le nombre est en baisse. C’est faux. La violence commise au nom de l’extrême droite ou du suprémacisme blanc est à la hausse dans le monde et, aux États-Unis, elle a fait beaucoup plus de victimes que le terrorisme islamiste après les attentats de septembre 2001.

Un vrai leader du monde libre saisirait l’occasion pour imiter la première ministre néo-zélandaise et mettre de l’avant une stratégie pour contrer cette violence, sinon avec les moyens gigantesques consacrés à la lutte contre le terrorisme, ou du moins avec la même détermination.

Encore pire

Plutôt que de se comporter comme un tel leader dans les jours qui ont suivi l’attentat, le président Trump a continué de creuser vers les bas-fonds en attaquant la liberté de la presse, en injuriant un sénateur décédé et sa famille, en accueillant comme un héros un président brésilien autoritaire en en envenimant le gâchis du Brexit.

Sans un président américain capable d’un tel leadership, non seulement la lutte au « terrorisme blanc » est-elle vouée à l’échec, mais il en sera de même pour la lutte au terrorisme islamiste. Comment justifier moralement la seconde, si on ne peut pas faire la première ?

Avec un « leader du monde libre » comme celui-là, les ennemis de la liberté ont la partie facile. Reste à souhaiter que les Jacinda Ardern de ce monde n’aient pas dit leur dernier mot.