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Dur dur d’être influenceur

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 Pauvre PO Beaudoin. Cet « influenceur » a été la risée du Québec pendant 24 h, après s’être filmé en pleine crise de boudage dans un taxi. 

 Avant, quand tu faisais une niaiserie ou que tu te comportais mal avec quelqu’un, tu étais mort de honte et tu te cachais. Mais pas en 2019 ! À l’ère de Twitter, Facebook, Instagram, tu te filmes... pour être bien certain que tout le monde voie à quel point tu as été cabochon. 

 Méchant Dérapage ! 

 Quelle époque ! Avant, quand une vedette faisait une crisette, elle s’arrangeait pour que ça ne se sache pas. Claude Dubois ne s’est pas filmé avec son cellulaire quand il a dépassé tout le monde pour obtenir un vaccin. Les nombreuses vedettes prises à conduire avec facultés affaiblies ou rage au volant n’ont pas fait de selfie pour partager la nouvelle avec le reste de l’humanité. 

 Avant, les personnalités publiques qui faisaient des bêtises cherchaient l’ombre. La nouvelle génération cherche la lumière ! 

 Les « influenceurs » qui vivent dans l’œil de leur cellulaire croient que tout ce qu’ils font mérite d’être partagé avec leurs milliers d’amis. « J’ai un ongle incarné, c’est passionnant. » 

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 Ce que cet épisode aura eu de bon, c’est de lever le voile sur ce phénomène totalement surfait des influenceurs. 

 C’est quoi un influenceur ? C’est quelqu’un qui gagne sa vie en vendant son âme à des vendeurs de cossins en promettant de rejoindre le maximum de gens. C’est le summum du narcissisme. « Regardez-moi manger chez Untel, m’habiller chez Telautre, voyager avec AirMachin, boire du DomMachinChose. Voici mon quotidien, prenez et buvez-en tous. » 

 Ce sont des vendeurs de vide qui nous remplissent de vacuité. Des youtubeurs entubeurs. 

 Tant mieux s’ils gagnent leur vie avec ça, tant mieux s’ils ont des milliers de « suiveux », mais on a le droit de trouver leur mode de vie factice et superficiel. 

 À force de se faire applaudir chaque fois qu’ils s’exhibent le nombril (ou les abdos), ils ont fini par croire à leur personnage. Ils carburent tellement aux « likes » qu’ils font une crise d’apoplexie quand on les « dislike ». 

 « Hein quoi, vous ne m’envoyez pas du “love” quand je harcèle un chauffeur de taxi qui essaye de gagner honnêtement sa vie en trimant dur pour nourrir sa famille ? Hashtag #jefaispitié. » 

 Pierre-Olivier Beaudoin est un jeune homme ultra sympathique et débrouillard. Il a très courageusement fait sa sortie du placard en 2017 et ce geste positif a sûrement eu une immense influence positive sur des milliers de jeunes qui se sont reconnus dans son expérience. Mais justement, quand tu gagnes ta vie en vendant ton « influence », tu dois faire attention à l’« influence » que tu exerces sur les autres. Si tu vends ton image, tu soignes ton image. 

 Parole d’évangile 

 Si PO Beaudoin n’avait pas partagé avec ses abonnés sa montée de lait dans un taxi, personne n’aurait su qu’il avait pogné les nerfs. On pourrait dire : « Qui vit de l’exhibition de son nombril sur les médias sociaux périra par l’exhibition de son nombril sur les médias sociaux ». 

 Car comme disait Jésus, un sacré influenceur : « Qui vit par l’épée périra par l’épée ».