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Un budget presque pour tous

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Avec le premier budget de l’ère caquiste, le premier ministre François Legault savait qu’il devait marquer l’imaginaire des Québécois. Fidèle à la plupart de ses engagements, son bouquet d’offrandes ne rate pas le coche.  

Après les dures années d’austérité libérale, les nouvelles sommes promises en éducation, santé, soins à domicile, francisation des immigrants, aux proches aidants et aux aînés étaient longuement attendues. Aux antipodes de l’ère Couillard, elles témoignent d’une attention réelle portée au bien commun.    

En cela, la CAQ se défait clairement de son étiquette de parti de centre droit. Le véritable message politique lancé par son premier budget, il est là. Après les années Charest et Couillard, nous assistons à un virage majeur en politiques publiques. Pour les partis d’opposition, c’est à méditer.   

Urgence  

Bien sûr, il restera à voir si ces nouvelles sommes suffiront à remettre sur pied un réseau d’écoles publiques durement malmené et vampirisé par le réseau privé subventionné. L’urgence est nationale. En santé, le tandem Couillard-Barrette a durement déglingué le système public.   

C’est même à se demander combien de temps il faudra pour le redresser, si tant est que ce soit faisable. D’autant plus que nous sommes aussi en pénurie de main-d’œuvre. Le Québec étant une société vieillissante, le temps court pour agir.   

Ce budget compte pourtant des oubliés parmi les plus vulnérables : les personnes déficientes intellectuelles (DI) majeures et leurs familles naturelles, parents ou fratrie adulte. En pleine semaine québécoise de la déficience intellectuelle, force est de le noter.   

Oubliés  

Le budget bonifie certes l’aide financière aux parents d’enfants déficients mineurs. Or, pour le moment, les enfants déficients adultes vivant dans leur famille continuent de n’avoir droit qu’à l’aide sociale. En campagne, la CAQ s’était pourtant engagée à établir « un équilibre entre l’aide financière versée aux familles naturelles par rapport aux familles d’accueil », que l’enfant handicapé soit mineur ou majeur.  

Les familles d’accueil recevant par résident quelques dizaines de milliers de dollars par année de plus que les familles naturelles, avec cet « équilibre », ces dernières pourraient enfin tenir le coup.   

Car il faut savoir qu’en avançant en âge, les besoins des personnes déficientes augmentent. Idem pour l’épuisement de leurs familles naturelles. En fait, c’est tout le « réseau » de la déficience intellectuelle qui, gravement abandonné depuis des années, mérite une révolution culturelle et financière basée sur la bienveillance et le mieux-être.   

Y compris en encourageant aussi les ressources d’hébergement pour celles qui, parmi les autres, offrent vraiment un milieu de vie de qualité. Avec son premier budget, M. Legault montre qu’il comprend la nécessité de ramener une plus grande justice sociale dans les services publics.   

Au gouvernement, on chercherait donc d’autres moyens pour mieux aider ces familles naturelles en détresse, dont de nombreuses femmes. Là aussi, le temps court. Trop de familles d’enfants handicapés adultes sont à bout de souffle.   

Je le sais. J’en suis une parmi tant d’autres. Que leurs voix fatiguées de crier dans le désert soient enfin entendues.