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J’aurai vraiment tout... pas vu!

Boxe GYM pesée officielle
Photo Pierre-Paul Poulin L’oeil gauche de Lina Tejada a soulevé une controverse dans le monde de la boxe, hier.

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Dire que tous les astres étaient alignés pour que je me retrouve sur les Plaines à Québec pour les dernières courses en carrière du grand Alex Harvey.

Accréditions, vignette pour le stationnement, chambre à l’Entourage, Alain Bergeron dit le Yéti qui a suivi Alex Harvey depuis sa naissance, pour porter mon sac à ordinateur, tout était prêt.

Puis Lady Ju s’est cassé le poignet et j’ai dû annuler la couverture de ce grand moment de sport. Le cœur lourd, je le confesse. Alex Harvey est un des plus grands athlètes jamais produits au Québec.

Je me suis dit que je pourrais au moins me consoler un peu avec la finale présentée au Casino avec Marie-Ève Dicaire contre Lina Tejada. Une question de principe. Si on couvre un combat de championnat du monde avec David Lemieux ou Eleider Alvarez, alors Marie-Ève Dicaire a le droit au même traitement.

Même si j’ai déjà écrit et dit tous les malaises que cette finale inqualifiable et cette carte à peine mieux que médiocre provoquaient.

Une aspirante borgne

Mais là, y a plus rien qui tient. Je manque Alex et y a plus de finale, plus de combat, juste une série de batailles sans panache que le Journal va couvrir avec des textes d’agence de presse.

L’aspirante, la boxeuse de 135 livres engraissée pour se battre à 154 livres, la femme qui n’a jamais gagné un combat contre une adversaire qui avait une fiche positive, dont la dernière opposante avait une fiche de 1 victoire et 21 défaites, la pauvre femme s’est présentée devant le médecin de la Régie... aveugle d’un œil.

Lina Tejada est borgne.

Michel Smiley Hamelin a fait son travail. Combat annulé. Madame Tejada si vous pouvez boxer ailleurs dans le monde, tant pis pour vous, mais au Québec, on pense à votre sécurité. Point final et bonsoir la visite.

Je suivais la situation et je me disais que là, c’était une patente à gosse que j’avais jamais vue !!!

Pourtant, je me trompais.

Laurent Poulin de Boxingtown me l’a rappelé hier. C’est déjà arrivé. En 1998, Éric Lucas devait se battre en finale du Centre Molson pour défendre son titre contre Mauricio Amaral du Brésil. Le docteur Pierre Meunier avait découvert qu’Amaral, troisième au monde, souffrait de cécité à l’œil droit. Ça faisait 15 ans que son gérant le suivait et il ne s’était jamais rendu compte de rien.

Yvon Michel à l’époque avait annulé la soirée et les gens furieux qui avaient fait le voyage, certains depuis l’Abitibi ou le Saguenay s’étaient vidé le cœur à CKAC.

Hier, Yvon Michel a décidé de maintenir la présentation de son gala...

Le Casino ne perd pas tout. À défaut de qualité...

Pauvre femme

La tentation est facile de sortir la matraque et de fesser sur tous les acteurs de cette triste comédie. Lina Tejada ? Pauvre femme. Sans doute qu’elle a la boxe chevillée au corps. Faut que ce soit sa passion. Je l’imagine en République dominicaine où la vie n’est pas facile pour les gens ordinaires. On a beau travailler dans un hôtel tout inclus et torcher les vacanciers, pas certain que c’est toujours excitant.

La boxe lui permettait de voyager, d’être connue, de gagner un peu d’argent. Je sais qu’elle risquait de perdre complètement la vue, mais la peur d’une catastrophe n’empêche pas les ti-counes de rouler à 200 à l’heure en risquant de se tuer ou de tuer quelqu’un dans la nuit. La raison ne domine pas toujours les passions.

Cette jeune femme, qui camouflait son handicap derrière des verres fumés jeudi à la conférence de presse, se retrouve sans bourse, sans argent avec la perspective de voir son secret connu partout. Les incompétents qui l’ont laissée se battre en France et en Allemagne au cours des derniers mois n’auront plus l’excuse de l’ignorance.

Comment pourra-t-elle gagner sa pitance ? Même chez elle en République dominicaine ?

La farce va continuer

Je ne veux pas m’acharner sur Marie-Ève Dicaire. Ce n’est quand même pas de sa faute si les matchmakers Dominique de la Sablonnière et Vincent Morin se sont fait raconter des pipes. Ou que les médecins dominicains ont bousillé leur travail. Ou tenter de frauder, ça se peut.

Mais les matchmakers travaillent avec les moyens qu’ils ont. Et leurs budgets sont minimes. Difficile d’avoir les meilleurs au monde quand tu ne peux pas payer.

Voilà que le promoteur Yvon Michel, de bonne foi dans cette tragi-comédie, ajoute de l’essence sur le feu en annonçant que Marie-Ève Dicaire va défendre de nouveau son titre le 13 avril au Casino.

Ah ben coudon ! Ça veut dire qu’une fille ne sait pas en encore ce matin qu’elle va se battre en championnat du monde dans trois semaines !

Gros combat à venir. On se pourra plus.

Mais encore là, ce n’est toujours bien pas de la faute de Marie-Ève Dicaire. Que voulez-vous qu’elle fasse ? Pleurer ?

Dire que j’aurais pu être sur les Plaines au moment où vous me lisez. Tout en attendant l’arrivée d’Alex Harvey. Devant le panorama de la plus belle ville d’Amérique pour me faire patienter.

Avec le Yéti pour me servir le café...

Le bonheur...