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La résistance des Gaulois!

Vers Saint-Gétorix, Renaud Corbeil, Sémaphore, 176 pages
Photo courtoisie Vers Saint-Gétorix, Renaud Corbeil, Sémaphore, 176 pages

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Un jeune Gaulois, étudiant dans une grande cité de l’Empire latin, est tiraillé entre le retour à la ferme familiale et ses propres ambitions. Toute ressemblance avec le monde contemporain est assumée !

Le titre Vers Saint-Gétorix annonce le ton : le premier roman de Renaud Corbeil se veut facétieux et renvoie à un imaginaire que l’univers d’Astérix nous a rendu familier.

C’est une jolie ruse qui permet à l’auteur de pousser plus loin le ressort comique et les parallèles avec le monde contemporain.

Ça va donc de la blague facile (les fast-food s’appellent MacRoman !) aux considérations politiques, comme la « Pax Latina » dont se félicite l’Empire. Mais cette période de paix repose « sur une assise de violence et d’injustice » : les esclaves qui font tourner la société, l’expansion militaire au Moyen-Orient, l’élite richissime...

L’étudiant, lui, s’appelle Mathieu D’Armorin – non pas Ajax, comme le dit toujours l’un de ses profs, persuadé que tous les Gaulois répondent au même prénom ! Il raconte son histoire sur deux ans, en nous faisant traverser les solstices d’été et d’hiver, puis les équinoxes du printemps et de l’automne.

Ses études l’ont mené loin de chez lui, dans une grande ville universitaire où l’un de ses professeurs est le grand Archimède.

Le jeune D’Armorin a pour colocataires deux garçons venus d’autres coins de l’Empire, chacun ayant sa langue et sa culture. Ils s’entendent bien, font la fête quand il le faut, suivent leur équipe de rugby favorite quand elle joue, et se noient dans les études quand c’est le temps. On est désinvolte, un brin cynique, bref, on est jeune.

Aux vacances scolaires, le narrateur rentre à Saint-Gétorix, son village natal où sa famille le retrouve à bras ouverts. Mais son père s’éreinte sur la ferme : qui prendra sa relève ? Hélas, aucun de ses cinq enfants ne lève la main : chacun veut étudier, mais pas pour le remplacer.

Et puis, il y a le monde à découvrir ; rester sur la terre, c’est en être prisonnier. En ces temps modernes, comment s’y résigner ?

La question, n’empêche, tourmente les enfants : tous les efforts d’une longue lignée familiale vont-ils s’arrêter avec eux ?

Sourire en coin

Tout cela a l’air bien sérieux, mais Renaud Corbeil nous raconte ces grands questionnements avec le sourire en coin. Parce que la vie dans la grande ville sera secouée par une grève étudiante, à laquelle Diogène lui-même sera mêlé ; parce que la vie au village s’appuie sur des rivalités historiques qui se règlent au bar du coin.

Ces soubresauts-là brisent la routine et donnent donc aux jeunes qui se questionnent les pauses qu’il faut pour mieux réfléchir à la suite.

Mathieu D’Armorin trouvera finalement une solution pour remplacer son père. Oui, après bien des péripéties, tout finira bien, comme dans les Astérix avec la dernière scène du banquet.

Ce roman, anachronique et amusant, le confirme : les Gaulois sont des champions de la résistance !