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L’auto-partage fait du chemin à la bourse

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Q : Lyft, le grand concurrent d’Uber, fait son entrée en Bourse jeudi. Pour Uber, ce sera en avril. Devrais-je investir ?


R : Tenez-vous loin de ces aventures hautement spéculatives.

Grâce à l’éclatement de la bulle internet de 2000, on avait prédit que les investisseurs auraient appris à bouder les entreprises de la nouvelle économie, qui n’ont jamais affiché de profit, mais qui séduisent par une technologie ou un modèle d’affaires révolutionnaire. Vous souvenez-vous de 360 Networks, GeoCities, Handspring, Lycos, NetBank, Netscape, Palm ?

Prenez Netflix, Spotify, Tesla, Blue Apron : les investisseurs les adorent, mais leur profitabilité est inexistante, voire médiocre. En 2017, 76 % des compagnies ayant fait leur entrée à la Bourse américaine n’avaient enregistré aucun profit, selon les données de Jay Ritter, un professeur au Warrington College of Business de l’Université de Floride.

Pourtant, on prédit déjà qu’Uber aura une valeur de 120 G$ US et pourrait récolter 25 G$ US avec son PAPE.

Alors, vous allez investir jeudi dans son ennemi juré, Lyft ?

Où sont les profits ?

Selon CNBC et Reuters, la demande pour les actions de Lyft excède déjà l’offre. Son prix de départ oscillera entre 62 $ et 68 $ l’action, ce qui fixera la valeur de Lyft à 23 milliards US. Lyft s’attend à récolter environ 2 G$ US jeudi.

Pourtant, Lyft a perdu 688 M$ US en 2017 et 911 M$ US en 2018. Les pertes nettes totalisent 2,3 G$ US en trois ans. Elles ont été plus importantes que prévu à la suite de l’acquisition de Motivate, un opérateur du Bixi à l’échelle mondiale. Uber a aussi acheté un opérateur de vélos (et aussi de scooters électriques) en libre-service, Jump Bikes, en avril 2018.

Certes, les réservations chez Lyft ont explosé de 76 % en 2018 comparé à 2017, dépassant les 8 G$ US. Sa part de marché s’élevait à 39 % l’an dernier, grugeant notamment celle d’Uber. L’an dernier, Lyft cultivait son image d’acceptabilité sociale, alors qu’Uber s’enfonçait dans des scandales à répétition. Lyft s’attend à hausser ses revenus de 56 % (à 3,4 G$ US) en 2019 et 30 % en 2020 : de quoi séduire les investisseurs.

Du côté d’Uber, les pertes se sont élevées à 2,2 G$ US en 2017 et 1,8 G$ US en 2018. Elles devraient totaliser 4,5 G$ US en 2019. Et la division Uber Eats ou le partenariat avec Toyota dans les voitures autonomes n’apporte pas d’eau au moulin. Uber a brûlé 8 G$ US depuis 2009. Elle a pourtant récolté 24 G$ US en équité privée et en prêts depuis sa fondation (5 G$ US chez Lyft).

Une gageure

Dans le prospectus de son PAPE, on lit clairement que Lyft a un « historique de pertes accumulées et ne pourrait pas atteindre ou maintenir sa profitabilité à l’avenir. » Lyft ne peut même pas promettre qu’elle fera de l’argent un jour.

En comparaison, Microsoft affichait déjà une marge positive de 30 % lors de son propre PAPE, en 1985, et Apple affichait un profit de 41 575 $ US (sur des ventes de 1 M$ US) lors du sien, en 1977.