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Persécutés et martyrs

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Nous avons tous été horrifiés par la tragédie de Christchurch. Comment ne pas l’être ?

Si le caractère terroriste de l’acte ne fait pas le moindre doute, il ne nous dispense pas d’une mise en perspective.

Avec raison, François Brousseau notait, dans Le Devoir du 18 mars, que la liste « des agressions islamistes dans le monde [...] dans une année moyenne depuis 2001 — pour le nombre d’attaques, comme pour le nombre de morts — dépasse par un facteur d’au moins cent les chiffres des agressions racistes d’extrême droite [...] ».

Il ajoutait cependant qu’on ne peut plus faire de Christchurch un « cas isolé », si le tueur trouve sur le Web de quoi alimenter et structurer son idéologie haineuse, y trouve aussi des compagnons de route, voire des réseaux émergents.

Chrétiens

Mettre en perspective, c’est également comprendre que des Christchurch, il s’en produit depuis des années dans l’indifférence la plus complète.

Connaissez-vous les Coptes ?

Ils sont la plus grande communauté chrétienne du Maghreb et du Moyen-Orient, et représentent autour de 10 % de la population égyptienne.

C’est l’évangéliste Marc qui fonda la communauté en l’an 43.

Les Coptes étaient en Égypte avant les Arabes, puisque l’invasion arabo-musulmane survient en 639, sous la direction du calife Omar ibn al-Khattâb, compagnon de Mahomet.

En novembre 2018, les islamistes de Daech y ont attaqué un autobus transportant des pèlerins coptes vers un monastère : 7 morts et de nombreux blessés.

En mai 2017, Daech attaque un autobus transportant des Coptes : 28 morts.

Le mois précédent, deux attentats à la bombe dans deux églises coptes : 44 morts.

En décembre 2016, au Caire, autre attentat dans une église : 25 morts.

En 2013, quand le président islamiste Mohamed Morsi est renversé par l’armée, ses partisans furieux détruisent une centaine d’édifices chrétiens dans la vallée du Nil.

En avril 2011, des salafistes brûlent deux églises au Caire : 12 morts.

En janvier 2011, à Alexandrie, 21 morts lors d’un attentat à la voiture piégée, placée tout juste devant une église.

Toujours des chrétiens, toujours en Égypte.

Les églises sont visées pour leur caractère symbolique et parce qu’on peut y faire beaucoup de victimes d’un coup.

Je manque d’espace pour énumérer tous les épisodes de violence subis par ces persécutés depuis des décennies au pays des pharaons et des pyramides.

Banalisation

Ces violences ne sont pas commises par un individu se radicalisant tout seul devant son écran.

C’est une campagne de terreur planifiée, organisée, dirigée, contrôlée par un groupe structuré.

Il y a ici une mise en œuvre de moyens logistiques, techniques et financiers qui dépassent les capacités d’une seule personne.

Si ce n’est pas de la « christianophobie », je ne sais pas ce que c’est.

Sentez-vous un grand élan de solidarité ? Un grand tumulte médiatique ? Non. Pourquoi ?

Parce que certains cris sont plus entendus que d’autres, parce que la morale est ajustée selon le camp choisi, parce que l’humain peut s’habituer à l’horreur au point de ne plus s’en émouvoir.