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«The Hawk» au service des morts

L’ancien des Expos, Andre Dawson, suit le chemin que le Seigneur lui a montré en administrant un salon funéraire à Miami

Andre Dawson assume plusieurs fonctions au sein de l’entreprise funéraire qu’il gère à Miami. Le « Hawk » a été un des redoutables frappeurs de l’histoire des Expos.
Photo Agence QMI, Marc-André Beaudin Andre Dawson assume plusieurs fonctions au sein de l’entreprise funéraire qu’il gère à Miami. Le « Hawk » a été un des redoutables frappeurs de l’histoire des Expos.

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MIAMI | Aussi intimidant et redoutable qu’il pût être au marbre, jamais Andre Dawson n’aurait cru affronter la mort au quotidien après sa carrière. Il y a 40 ans, si on lui avait prédit que son destin l’amènerait vers la gestion d’un salon funéraire, il aurait aussitôt nié toute possibilité. C’est pourtant la mission qu’il accomplit en Floride.

Dans son quotidien, Dawson n’entend plus les rugissements d’une foule en délire. Il n’entend plus les applaudissements et les encouragements enivrants auxquels il a carburé durant ses 21 saisons dans le baseball majeur. Il est à l’autre extrémité du spectre. Il gère le deuil, la tristesse, la souffrance, les larmes et parfois, un peu de joie dans la sérénité.

Andre Dawson assume plusieurs fonctions au sein de l’entreprise funéraire qu’il gère à Miami. Le « Hawk » a été un des redoutables frappeurs de l’histoire des Expos.
Photo d'archives

« Il n’y avait aucune chance que je fasse ça. C’est curieux de constater comment Dieu peut changer le cours d’une vie. J’ai toujours dit que ce milieu était morbide. Comme plusieurs, je n’aimais pas visiter une maison mortuaire et j’étais mal à l’aise à la vue d’un défunt. J’allais dans l’autre direction », lance le grand joueur de baseball dans la chapelle de sa maison menant au « paradis ». Notre histoire peut changer et prendre une tout autre direction.

« Comme je le répète souvent, ici, la foule ne rugit pas. C’est très silencieux. Cette atmosphère est totalement différente et inconnue pour un athlète », explique celui qui a porté l’uniforme des Expos de 1976 à 1986. Dawson occupe d’ailleurs le second rang du palmarès des 50 meilleurs joueurs de l’histoire de « Nos Amours » qu’on retrouve dans un cahier spécial du Journal, aujourd’hui. Un scrutin dirigé par les collègues Jacques Doucet, Rodger Brulotte et Marc de Foy.

Un pied... dans la tombe

Il y a 10 ans, « The Hawk » a mis la main sur cette résidence mortuaire située dans une petite communauté du sud de Miami. Rien d’extravagant. Son modeste salon de Richmond Heights est voisin d’une église baptiste dans un quartier où les petites maisons de plain-pied se succèdent.

Andre Dawson assume plusieurs fonctions au sein de l’entreprise funéraire qu’il gère à Miami. Le « Hawk » a été un des redoutables frappeurs de l’histoire des Expos.
Photo Agence QMI, Marc-André Beaudin

Hormis la plaque nominale affichée à l’entrée, la bâtisse beige et brune de Carver Drive ne laisse surtout pas présager qu’elle appartient à un membre du Temple de la renommée du baseball. En y portant attention, elle éveille les soupçons quand on y lit le nom du propriétaire. Du moins, jusqu’à ce que le grand joueur de balle de 6 pi 3 po qui a frappé 2774 coups sûrs en carrière apparaisse derrière les portes en fer forgé.

En l’apercevant, plusieurs se frottent les yeux. D’autres n’ont aucune idée de son passé. Fréquemment, il entend de la bouche de vieille dame : « Ah, c’est vous le grand joueur de baseball. »

Stupéfaction

Quant à d’anciens coéquipiers et amis de longue date, ils n’en croient pas leurs oreilles lorsqu’ils apprennent les fonctions du Hawk. « Que fais-tu ? » questionnent-ils, abasourdis.

« Quand ils entendent ma réponse, habituellement, ils font une longue pause et posent à nouveau la même question juste pour s’en assurer, raconte Dawson d’un ton amusé lors d’une généreuse entrevue avec Le Journal. C’est intéressant et amusant de voir les réactions. La question suivante, ils me demandent souvent comme j’en suis arrivé là. Il faut encore que je raconte toute l’histoire. »

Récit. Il y a une quinzaine d’années, son frère Vincent l’a convaincu d’investir dans un salon funéraire de Miami dont il a pris les rênes depuis. Quand la propriété de Richmond Heights est apparue sur le marché, il faisait à nouveau partie d’un groupe d’investisseurs. Cette fois, le destin lui réservait une surprise.

Andre Dawson assume plusieurs fonctions au sein de l’entreprise funéraire qu’il gère à Miami. Le « Hawk » a été un des redoutables frappeurs de l’histoire des Expos.
Photo Agence QMI, Marc-André Beaudin

« J’ai dû m’asseoir, réfléchir et prier. Je me suis regardé dans le miroir et me suis dit que c’était mon destin, la route que me montrait Dieu. Je ne devais pas fuir. Je devais me lever, me comporter en homme et tout donner pour que cette aventure fonctionne afin d’aider mon prochain. »

Le réputé voltigeur en est donc devenu le propriétaire en rassemblant sa femme, Vanessa, ses enfants, ses oncles et compagnie. En se faisant rapidement une place dans la communauté et en recevant la bénédiction des pasteurs locaux, il les a convaincus de rallier sa mission. Le Paradise Memorial Funeral Home est ainsi devenu une entreprise familiale et un héritage pour la prochaine génération.

Industrie lucrative

Alors que l’espérance de vie chute légèrement chaque année aux États-Unis en s’établissant à 78,6 ans en 2017, l’industrie funéraire est lucrative en Floride. Comme le disait sa conjointe lors du passage du Journal par un lundi après-midi tranquille de mars, « on ne sait jamais avec la mort. On peut cogner à nos portes à tout moment ! »

Andre Dawson assume plusieurs fonctions au sein de l’entreprise funéraire qu’il gère à Miami. Le « Hawk » a été un des redoutables frappeurs de l’histoire des Expos.
Photo Agence QMI, Marc-André Beaudin

Le comté de Miami-Dade où le salon de Dawson a pignon sur rue est celui où le taux de mortalité est le plus élevé de l’État avec ses 586 décès par 100 000 habitants. En 2017, 20 757 ont trépassé selon les données nationales. Une statistique à la hausse depuis 2013. Quant aux services funéraires, une étude américaine démontrait qu’en 2006, les frais funéraires avaient doublé par rapport à 1985 en atteignant en moyenne 6195 $.

« C’est une très bonne business, point final, assure l’homme de 64 ans. Tout le monde y passe. Ça nous garde occupés. Mon objectif n’est pas de rendre cette entreprise énorme même si je le pouvais. Ce n’est pas ma mission. »

Nouvel homme

Au fil de ces 10 ans dans le domaine, Dawson a grandement appris de ses capacités. Celui qui était autrefois réputé pour sa prestance intimidante, son silence et sa difficulté d’approche a découvert un nouvel homme.

« Cette entreprise m’a montré un nouvel aspect de ma personnalité dont je ne me doutais pas. Je suis sensible, émotif et sympathisant. C’est difficile de me contenir quand je suis avec des familles endeuillées que je connais. Il faut une bonne carapace dans ce milieu. »

Justement, en présence du Journal, un homme qu’il connaissait s’est approché en lui tendant la main. Il lui apprenait avec chagrin que sa femme avait poussé son dernier souffle la veille. Avec sa grosse paluche, Andre lui a serré la main en fixant ensuite le sol, touché par le moment et la confiance de son nouveau client, un membre de la communauté voisine.

« J’ai appris à aider les familles dans les moments les plus difficiles. Il faut comprendre le processus de deuil. Leur vie est tournée à l’envers. La priorité n’est pas ce salon ou moi, ce sont elles. Il faut livrer notre meilleur service. »

Tous les chapeaux

Dawson n’est pas que le propriétaire qui délègue et se cloisonne dans son bureau. Tous les jours, il met l’épaule à la roue. Tantôt il se trouve derrière le volant du corbillard, tantôt il balaie l’entrée en jouant au concierge, tantôt il discute avec les familles en tentant de leur changer un peu les idées. Chacun de ses quelque 20 employés possède des tâches bien précises.

Sa femme s’occupe de la paperasserie, ses oncles des opérations quotidiennes du salon et ses enfants prennent soin des familles. Le Hawk bouche les trous. Il peut aussi bien aller récupérer un corps à la morgue que porter un cercueil ou nettoyer sa flotte de Cadillac. Une exception demeure, il ne joue pas les thanatologues. Il a spécialement engagé un directeur funéraire licencié.

Sa relation avec la mort

En route vers ses 65 ans en juillet, il sait que la vie ne s’éternisera pas. Il a vu bon nombre d’amis mourir. Le décès de Gary Carter en 2012, alors que son ancien coéquipier était âgé de seulement 57 ans, lui a ouvert les yeux.

« Il était en pleine santé et en quelques mois à peine, sa vie a basculé. Je suis déjà à la mi-soixantaine, bientôt 70 ans, je me demande où est passé tout ce temps. La mort de Gary m’a prouvé qu’on n’est jamais certain d’ouvrir les yeux le lendemain. Il faut vivre chaque jour pleinement, en retirer joie et bonheur. On se dirige tous vers la mort, mais on ne sait pas quand ce moment viendra. »

D’ici là, il se dit heureux dans la mission que Dieu lui a confiée. Même s’il côtoie la mort chaque jour, il réussit à percevoir une certaine dose de bonheur. « Un sourire et entendre dire que le défunt semble en paix, c’est gratifiant. »