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Yves Jacques: comédien sans frontière

Yves Jacques
Photo Jocelyn Michel, Le Consulat.ca Yves Jacques

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Quand il était petit, Yves Jacques voulait toujours aller au bout de sa rue, pour voir si les maisons qui s’y trouvaient étaient différentes de la sienne. Ce n’est pas un hasard s’il a choisi plus tard un métier qui lui a permis de faire le tour du monde à plusieurs reprises.

« C’est fou, mais j’ai toujours su que j’allais faire un métier qui allait me permettre de voyager », raconte l’acteur de 62 ans en entrevue au Journal.

« Chaque fois que les gens me parlaient d’une ville ou d’un pays, je leur disais que j’allais y aller un jour pour le travail. Par exemple, je n’aurais jamais acheté un billet d’avion pour aller visiter au Japon. Mais j’y suis finalement allé pour jouer La face cachée de la Lune. La vie m’a amené à voyager, autant avec le théâtre qu’avec les tournages de films. Ça m’a permis de faire le tour du monde. »

Depuis le début des années 2000, c’est surtout le théâtre qui a fait voyager Yves Jacques. Plusieurs semaines par année, depuis 2001, l’acteur sillonne la planète pour jouer sur scène – en anglais et en français – deux spectacles de Robert Lepage, La face cachée de la Lune et Le projet Andersen.

À compter du 3 avril, il retrouvera d’ailleurs les planches du Théâtre Jean-Duceppe pour une nouvelle série de représentations de La face cachée de la Lune, la première à Montréal depuis 2003.

« Je trouve ça le fun de revenir à Montréal avec ce spectacle que j’ai joué à 320 reprises partout à travers le monde. »

Entre le Québec et la France

En plus de se produire sur scène d’un continent à l’autre, Yves Jacques mène depuis près de 30 ans une carrière parallèle au Québec et en France. Car, avant les Marie-Josée Croze et Suzanne Clément, Yves Jacques a été l’un des premiers acteurs québécois à percer le milieu du cinéma français.

Révélé en France grâce aux films de Denys Arcand (notamment Le déclin de l’empire américain et Jésus de Montréal), le comédien n’a pas hésité à saisir l’occasion quand il a senti qu’il y avait une place pour lui dans le milieu culturel français. Au début des années 1990, il a même décidé d’aller s’installer pendant un an à Paris pour mettre toutes les chances de son côté.

« Je sentais à cette époque que j’avais tout fait au Québec et j’avais envie d’aller voir ailleurs, explique-t-il. Ça faisait très longtemps que j’avais envie de m’imprégner de la culture française et j’ai senti que j’avais une chance à saisir. Le succès du Déclin de l’empire américain m’a ouvert des portes là-bas. J’ai décroché un premier rôle dans un film français, et la réalisatrice Vera Belmont m’avait découvert dans Le déclin. J’ai ensuite joué au théâtre et c’est là que [le cinéaste] Claude Miller m’a vu pour la première fois. Ensuite, tout s’est enchaîné. »

Pendant 22 ans, Yves Jacques a donc fait la navette entre la France et le Québec, réussissant le rare exploit d’enchaîner les projets sur les deux continents, autant à l’écran que sur scène. Le Québécois a souvent joué les seconds rôles dans des films français (dont sept longs métrages du regretté Claude Miller). On l’a aussi vu récemment jouer le patron de Fabrice Luchini dans le film Un homme pressé, qui est sorti au Québec en décembre dernier.

Mais, de son propre aveu, c’est au théâtre qu’il a décroché ses rôles les plus importants. Il a notamment joué aux côtés d’Isabelle Huppert dans la pièce Les fausses confidences de Marivaux – un spectacle qu’il a présenté en tournée partout en France.

« J’ai eu la chance de jouer quatre fois au Théâtre de Chaillot et deux fois au Théâtre L’Odéon », raconte-t-il.

« En France, les producteurs recherchent des acteurs “bankables” [c’est-à-dire des acteurs qui rapportent de l’argent au box-office] pour les premiers rôles au cinéma. C’est sûr que j’aimerais être “bankable”. Mais on peut accéder à des premiers rôles au théâtre et dans les séries télé parce qu’ils ne cherchent pas à tout prix des vedettes populaires. »

Il se réjouit de n’avoir jamais été considéré comme le « Québécois de service » : « En France, on me perçoit d’abord comme un acteur. Les gens sont d’ailleurs toujours fascinés par le fait que je suis capable de jouer sans accent. »

Reprendre sa place

Même s’il se dit très attaché à Paris, Yves Jacques n’y va plus autant qu’avant. Il n’a d’ailleurs plus de pied-à-terre là-bas depuis deux ans : « J’ai eu un appartement à Paris pendant 22 ans, mais c’était devenu lourd pour moi. C’est comme un chalet. Il faut y aller souvent pour que ça vaille la peine. »

Au cours des prochains mois, l’acteur sera très présent sur les écrans au Québec. On pourra le voir aux côtés de Roy Dupuis dans La beauté du monde, le prochain film du cinéaste André Forcier qui sortira plus tard cette année. Il donne aussi la réplique à Pascale Bussières dans un thriller anglophone intitulé Justice Dot Net.

« Je viens de passer un hiver complet à Montréal pour la première fois depuis plusieurs années. Ça m’a permis de jouer dans le Bye Bye et de jouer dans une pièce de Mathieu Quesnel à La Petite Licorne. Je trouve ça le fun de reprendre ma place ici. »


► Le spectacle La face cachée de la Lune de Robert Lepage, mettant en vedette Yves Jacques, sera présenté du 3 avril au 11 mai au Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts.

 

Pour renouer avec robert Lepage

Robert Lepage a vécu une année difficile avec les controverses et les annulations de ses spectacles SLÀV et Kanata. Avec La face cachée de la Lune qui reprend l’affiche à Montréal, Yves Jacques estime que le public québécois aura la chance de renouer avec l’œuvre du réputé metteur en scène en découvrant (ou en redécouvrant) l’un de ses spectacles les plus connus et primés à travers le monde.

Spectacle solo monté pour la première fois à Québec en 2000, La face cachée de la Lune a été jouée sur scène à 320 reprises partout autour du globe, d’abord par Robert Lepage puis par Yves Jacques qui a pris le relais après les 100 premières représentations.

La pièce – qui a été adaptée au cinéma en 2003 par Lepage lui-même – met en scène deux frères à des années-lumière l’un de l’autre qui sont aux prises avec la mort récente de leur mère.

« Je trouve que La face cachée de la Lune est une très bonne introduction à l’univers de Robert [Lepage] », observe Yves Jacques qui joue aussi sur scène Le projet Andersen (un autre spectacle de Lepage) depuis plusieurs années.

« Robert me disait l’autre jour qu’il était très content que je revienne jouer La face cachée de la Lune à Montréal parce qu’il croyait que ça allait permettre aux gens de comparer où il est rendu aujourd’hui et où il était en 1999 quand il a créé le spectacle. Mine de rien, ça fait presque 20 ans que ce show a été monté. Robert dit souvent qu’il a commencé avec des bouts de chandelles. Eh bien, La face cachée de la Lune illustre parfaitement cela. Ce n’est pas un show qui a coûté cher à la fabrication, mais c’est une mise en scène ingénieuse. Et je pense que c’est une des œuvres les plus importantes de Lepage. »

Proche collaborateur de Robert Lepage depuis plusieurs années, Yves Jacques n’avait pas hésité à se porter à la défense du célèbre metteur en scène québécois quand la controverse entourant le spectacle SLĀV a éclaté l’été dernier.

Présenté au Festival de jazz l’été passé, ce spectacle inspiré de chants d’esclaves afro-américains avait été retiré de l’affiche une semaine après que des manifestants eurent accusé Lepage et la chanteuse Betty Bonifassi de faire de l’appropriation culturelle.

« Là où j’en ai voulu aux gens, c’est de ne pas avoir vu les spectacles avant de faire la controverse, plaide-t-il. C’est pour ça que j’étais en colère contre eux. Je crois qu’il y aurait eu moyen pour eux de dire ce qu’ils pensaient sans demander le boycott du spectacle. J’ai trouvé ça un peu too much. Et surtout, Robert n’est tellement pas raciste ! Mais en même temps, on ne peut pas dire aux gens qu’ils ne réagissent pas bien. »

Remerciements

« J’ai eu des messages de remerciements de l’avoir défendu, notamment de la sœur de Robert qui travaille avec lui. Il n’y a pas beaucoup de monde qui s’est porté à sa défense. Mais après avoir fait deux shows de Robert sur scène, j’ai l’impression qu’il fait partie de mon ADN. Il y a des gens comme ça avec qui on travaille et qu’on a l’impression d’être dans la même famille. C’était difficile de ne pas être choqué en voyant ce qu’il lui arrivait. »