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Des années de bonheur

premier match local Expos 1969
Photo d'archives Charles Bronfman se souvient de ce bel après-midi d’avril 1969, au moment où les joueurs étaient présentés pour la première fois à la foule au parc Jarry.

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Ce qui frappe quand on jase de la naissance des Expos avec Charles Bronfman, c’est à quel point il était jeune. « C’est vrai, j’avais tout juste 38 ans », se rappelle-t-il avec un rire amusé dans la voix.

Cette voix, elle est restée étrangement jeune même si Charles Bronfman, le tout premier propriétaire et fondateur de la légende des Z’Amours, a maintenant 88 ans.

« Je suis en grande forme. Nous revenons d’un voyage fabuleux en Égypte, où j’ai vu des merveilles incroyables. Pas seulement les pyramides. On entre dans une civilisation vieille de plus de 3000 ans », raconte-t-il.

Non seulement sa voix est restée jeune, mais sa mémoire n’a rien perdu de sa vivacité et, au fil des questions, M. Bronfman, CiBi pour les journalistes malcommodes des grandes années, enfile des anecdotes et des détails savoureux dans chacune de ses réponses.

« C’était en 1968 et il faut se rappeler que Montréal avait connu un succès énorme avec l’Exposition universelle de 1967. Montréal était en pleine expansion et devenait une métropole internationale. Aussi, il ne faut pas se surprendre que le maire Jean Drapeau ait confié à son bras droit Gerry Snyder la tâche d’attirer un club de baseball majeur dans sa ville », raconte M. Bronfman.

T’inquiètes pas chérie...

Donc, c’était un jeune homme. Quand le maire Jean Drapeau a approché Charles Bronfman pour former un groupe d’investisseurs qui mettraient un million chacun dans l’aventure, Charles a hésité un peu. Mais comment dire non au maire Drapeau ?

Il sourit en racontant la suite.

« J’ai alors dit à ma femme, qui s’inquiétait pour cet investissement, que j’allais m’engager pour un million, en ajoutant de ne pas paniquer puisque le projet ne verrait sans doute jamais le jour. »

Jim Fanning, Charles Bronfman et John McHale, trois artisans de la première heure des Expos.
Photo d'archives
Jim Fanning, Charles Bronfman et John McHale, trois artisans de la première heure des Expos.

Non seulement le projet a vu le jour, mais Charles Bronfman a fini par détenir 75 % de l’équipe, le reste étant partagé entre quelques partenaires, dont les frères Charlemagne et Paul Beaudry, ainsi que John McHale comme président. « C’est Gerry Snyder qui était allé chercher McHale au bureau du commissaire », précise M. Bronfman, qui est resté en contact avec McHale le reste de sa vie.

Des journées de rêve

Puis, il y a eu ce premier match des Expos au parc Jarry. « Je n’oublierai jamais le bonheur dans les yeux des Montréalais. Il faisait 70 degrés, disons 20-22 Celsius, et à part John Bateman, le receveur qui grognait que le sol était dur derrière le marbre, tous les joueurs étaient heureux. Le stade était chaleureux, le baseball majeur naissait à Montréal et le cœur était à la fête. C’était fabuleux », se rappelle M. Bronfman.

Pour la petite histoire, Mack Jones avait frappé deux coups de circuit dans une victoire des Expos et les estrades du champ gauche étaient devenues Jonesville.

Et il rappelle également qu’il y avait cette grande piscine au bout du champ droit où quelques balles de coups de circuit pouvaient tomber. « Pendant les exercices de réchauffement, quand c’était au tour de Willie Stargell, des Pirates de Pittsburgh, on demandait aux gens de sortir de la piscine pour éviter les accidents », dit-il.

Des années de bonheur

Charles Bronfman sépare en deux époques ses 22 années comme propriétaire des Expos. « Les 15 premières furent merveilleuses. Plus d’un million de spectateurs lors de la première saison, puis ces grandes années au Stade olympique, même si c’était un mauvais stade pour le baseball. Les dernières s’avérèrent parfois un cauchemar. C’était très émotionnel. On s’est bagarré avec les Blue Jays de Toronto pour les droits canadiens de télévision, il y a eu les conflits avec les joueurs pour les salaires et la Cour des États-Unis nous a condamnés au sujet de la collusion. J’ai détesté. Au début, nous étions dans une business de sport. On pouvait perdre 100 000 $ pendant une mauvaise année, 200 000 $ si c’était vraiment une terrible année. Puis, c’est devenu une business d’entertainment, et là, on pouvait perdre 10 millions $ pour une année difficile, et 20 millions $ pour une vraie mauvaise année. Ce n’était plus la même business », explique-t-il.

Charles Bronfman ne ratait pas beaucoup de matchs au parc Jarry. Il avait assisté à une partie avec le premier ministre de l’époque, Pierre Elliott Trudeau.
Photo d'archives
Charles Bronfman ne ratait pas beaucoup de matchs au parc Jarry. Il avait assisté à une partie avec le premier ministre de l’époque, Pierre Elliott Trudeau.

Mais ces grandes années habitent encore sa mémoire. « C’est certain que le premier match de la franchise au Shea Stadium et le match inaugural au parc Jarry figurent parmi mes plus beaux souvenirs. Il y a ensuite le match sans point ni coup sûr de Bill Stoneman contre les Phillies. Je me rappelle que j’étais avec John McHale et qu’on se réjouissait de ce match sans point ni coup sûr quand Gene Mauch était arrivé, l’air bête. Stoneman avait accompli un exploit, mais Bob Bailey s’était fracturé une jambe. Il venait de perdre son premier-but.

« Et mon troisième grand souvenir, c’est ce match à Philadelphie gagné contre Steve Carlton le dimanche après-midi. On atteignait enfin les séries et on se rendait à Los Angeles le soir même.

« En revenant à Montréal, j’étais certain qu’on gagnerait la série », de raconter M. Bronfman.

Au milieu de la nuit, il était venu jaser avec deux ou trois journalistes encore éveillés pendant le vol de retour. Il rit en revenant sur l’incident. « Je n’ai pas oublié toutes les choses horribles que j’ai dites sur Gary Carter et les 2 millions $ que son agent voulait avoir pour qu’il reste avec les Expos. »

No 8... pour boots day ?

Tellement de belles histoires. Son fils Stephen tente aujourd’hui d’obtenir une équipe à Montréal. Le gamin avait cinq ans quand les Expos ont disputé leur première saison.

« Aucun joueur ne venait à la maison, ça aurait fait des jaloux. Mais Stephen était quand même proche des joueurs. Je lui avais fait préparer un uniforme des Expos et je lui avais demandé quel numéro il voulait. Il m’avait dit le 8. C’était étrange qu’un gamin demande le numéro de Boots Day. Il m’a alors dit qu’il ne voulait rien savoir de Boots Day, que c’était le 8 de Willie Stargell. Sacré gamin ! » dit-il.

Le sacré gamin est maintenant plongé jusqu’au cou dans l’aventure du retour des Expos. Son père garde un regard sympathique sur tous ces efforts de son fils. Mais il ne s’en mêle pas.

« Je n’ai pas besoin de tout expliquer à Stephen, il a vécu toutes ces années. Il me parle de ses projets et nous sommes très proches. Très, très proches. Je l’encourage. J’espère qu’il va réussir, mais c’est son projet. Je ne suis pas au courant des détails des négociations, juste les grandes lignes. Mes enfants sont intelligents et je sais qu’ils vont prendre les bonnes décisions », dit-il.

Suivre le soleil

Aujourd’hui, Bronfman se la coule douce à sa résidence de Palm Beach.
Photo courtoisie
Aujourd’hui, Bronfman se la coule douce à sa résidence de Palm Beach.

Charles Bronfman a 88 ans, mais il est encore très occupé. Il est impliqué avec l’Institut McGill pour la recherche en histoire du Canada, il s’occupe de l’hôpital Mount Sinai à New York et, surtout, il est cofondateur de Birthright Israel, une fondation qui accorde des bourses de voyage en Israël à de jeunes Juifs de 18 à 25 ans. Une œuvre qui lui tient très à cœur.

– Et la vie, comment ça se passe ?

« Nous suivons le soleil. Nous passons cinq mois à Palm Beach, trois mois à New York et deux mois à Montréal », répond-il en souriant.

Et les deux autres mois, ça doit être quelque part dans le monde...

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