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Mission impossible

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 Genre peu exploré dans le 9e art québécois, outre Le jardinier des Molson de Richard Forg d’après un scénario de Pierre Falardeau et le phénoménal Les Derniers corsaires de Jocelyn Houde et Marc Richard, L’espion de trop est un récit de guerre qui a tout pour plaire. 

 Baie-Des-Chaleurs, novembre 1942. Après plusieurs jours en mer, un sous-marin U-518 de la marine allemande y dépose un espion sur la grève. Ainsi débutent les mésaventures de Werner Von Janowsky, personnage historique véridique auquel les auteurs québécois Frédéric Antoine et Voro appliquent un vernis fictif. « Dès les premiers échanges avec l’éditeur, il était clair que nous allions adopter l’angle d’une fiction inspirée de faits vécus pour en faire un récit intrigant plutôt qu’un simple récapitulatif des faits », explique Frédéric Antoine, scénariste des séries jeunesse Biodôme et Jimmy Tornado. « Dans un premier temps, j’ai rassemblé plusieurs informations sur Werner Von Janowski, son passé, son voyage jusqu’en Gaspésie et l’échec de sa mission qui m’ont permis de jeter les bases du récit et créer “notre” Werner. Toutefois, une question demeurait : pourquoi – et non comment – Werner Von Janowski a-t-il pu être aussi vite démasqué (1 jour dans la vraie histoire) ? Incompétence ou malchance ? » 

 Travail de recherche 

 Publié chez Glénat Québec, succur­sale nationale de l’éditeur français cinquantenaire qui fait la part belle au genre historique qui a la cote auprès d’un vaste lectorat, L’espion de trop a exigé un imposant travail de recherche. « C’est l’histoire qui m’a demandé le plus de recherches jusqu’à ce jour. J’ai dû prendre le temps d’esquisser beaucoup de sous-marins, pour bien comprendre leurs mécaniques. J’ai aussi pris le temps de transformer les personnages réels, pour qu’ils ressemblent aux vrais intervenants, en essayant de leur donner un peu plus de charisme pour embellir et romancer l’histoire. Toute la portion allemande (uniformes, bâtisses militaires, ville, etc.) a été très exigeante. Il y a énormément d’amateurs de ces histoires qui entourent la Seconde Guerre et je devais m’appliquer à voir aux moindres détails pour ne pas faire sortir les lecteurs du récit », raconte l’illustrateur émérite de Tard dans la nuit et Été 1963. « Lors de ce conflit mondial, les sous-marins allemands terrorisaient les habitants du bord du fleuve Saint-Laurent. Il y a eu beaucoup d’histoires navales, mais peu sur la terre ferme. Celle-ci a touché beaucoup d’intervenants, de l’Allemagne jusqu’à Montréal. Elle a tout pour plaire tant au lectorat québécois qu’européen. » 

 De cette première collaboration Antoine/Voro naît un captivant récit solidement mis en image qui intriguera et fera sourire. Loin de l’éclatant agent 007 imaginé par Ian Fleming, le coureur de jupons et joueur compulsif – pour lequel les dés étaient pipés – qu’est Werner réussit pourtant à nous ravir une certaine sympathie à son égard. L’espion de trop vient ainsi grossir les rangs du genre historique québécois d’élégante manière aux côtés du récent diptyque 1642 Ville-Marie/1642 Osheaga de François Lapierre, Tzara Maud et Jean-Paul Eid, ainsi que de la série en quatre tomes de Radisson de Jean-Sébastien Bérubé, tous deux publiés chez le même éditeur.  

 ► L’album sera lancé lors de la 32e édition du Festival Québec BD 

 À lire aussi 

 Les illustrateurs des titres présentés seront également de passage à la 32e édition du Festival Québec BD qui se tiendra du 6 au 14 avril prochain au Centre des Congrès de Québec. 

NOIRE, Émilie Plateau, Éd. Dargaud
Photo courtoisie
NOIRE, Émilie Plateau, Éd. Dargaud

 Adapté du livre de Tania de Montaigne, Noire d’Émilie Plateau rapporte le récit d’une adolescente afro-américaine de l’Alabama aux débuts des années 1950, qui, quelque temps avant Rosa Parks, refusa de céder sa place à un Blanc dans un autobus. L’Histoire aura préféré Parks à la jeune fille, étant soutenue par l’église, ayant la peau plus claire et un métier. Une réflexion poignante, actuelle et nécessaire sur le racisme et le sexisme alors que le monde érige des murs et se radicalise, le tout servi par un trait minimaliste qui fait la part belle au verbe, puissant. 

RETOUR À KILLYBEGS, Pierre Alary, Éd. Rue de Sevres
Photo courtoisie
RETOUR À KILLYBEGS, Pierre Alary, Éd. Rue de Sevres

 Nommé grand prix du roman de l’Académie française en 2011, ce remarquable roman de Sorj Chalandon est le quatrième à être adapté en bande dessinée. Album miroir de Mon traître de Pierre Alary, Retour à Killybegs renoue avec Tyrone Meehan, héros chimérique de l’IRA qui trahit pourtant la cause nationaliste irlandaise. Alary enchaîne les courts chapitres à un rythme haletant au diapason de la respiration saccadée de celui pour qui la trahison est trop grande à porter. Une adaptation bouleversante, qui laisse la place au verbe puissant du romancier.