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Pendant ce temps, la Chine...

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Photo AFP Le président chinois Xi Jinping et le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte se sont serré la main hier à Rome.

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La plupart des observateurs sérieux, des analystes crédibles sont consternés par la politique étrangère américaine, menée à coups de tweets et inspirée par les intérêts personnels du président Trump et ses avantages politiques à court terme. À l’autre extrémité, les Chinois montrent qu’ils ont le temps de leur côté... et de grands projets en vue.

Vautrons-nous un moment dans le désespoir en revenant sur deux tweets pitoyables de Donald Trump la dernière semaine. Le premier, jeudi midi, annonçait la fin de plus d’un demi-siècle de cohésion politique américaine au Proche-Orient avec la reconnaissance envisagée de la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan. Le territoire syrien, conquis et occupé par Israël depuis 1967, devait faire partie – un jour – d’un grand plan de paix régional. La paix ? Mon œil !

L’autre tweet, doublement pathétique, démontre la façon dont les décisions se prennent à la Maison-Blanche et à quel point cette administration n’est qu’une machine désarticulée. Vendredi après-midi, le président américain prévenait qu’il avait ordonné l’annulation de nouvelles sanctions à l’égard de la Corée du Nord... tout juste imposées par son propre ministre des Finances.

LE TOUT PETIT BOUT DE LA LORGNETTE

Dans le cas du Golan, la décision cataclysmique tient bêtement à coup de main que Donald Trump veut donner à son ami, Benjamin Netanyahou, englué dans des affaires de corruption et dont la réélection en avril s’annonce compromise.

Pour ce qui est de la Corée du Nord, Sarah Sanders, la porte-parole du président, a expliqué en quatorze mots (en anglais) l’entièreté de la politique des États-Unis face à la menace nucléaire nord-coréenne : « Le président Trump aime le président Kim et ne pense pas que ces sanctions seront nécessaires. » Un homme, ses feelings, un tweet : la voilà, la politique étrangère américaine !

LE MONDE À PLUS LONGUE VUE

Pendant tout ce temps, Xi Jinping était en Europe, impassible. Un voyage de six jours entre Rome et Paris où il retrouvera, la semaine prochaine, Angela Merkel, la chancelière allemande, et Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, en plus du président français, Emmanuel Macron. Le mois prochain, à Dubrovnik, en Croatie, le président chinois a rendez-vous avec les dirigeants de seize pays d’Europe centrale et de l’est.

La Chine inspire de légitimes inquiétudes. Son régime autoritaire, son contrôle d’internet, l’oppression des minorités, l’accroissement de son budget militaire, ses velléités territoriales... il y a de quoi se méfier. Les Chinois ont toutefois des moyens immenses et de grands projets.

Les Italiens l’ont compris et viennent d’ébranler le monde occidental en signant leur entrée dans le titanesque projet des « Nouvelles routes de la soie » de Beijing. L’Italie – 3e économie d’Europe, 10e au monde et membre du G7 – veut élargir son accès à l’immense marché chinois, et la trentaine d’accords signés hier, valant plus de vingt-trois milliards de dollars, ne seraient qu’un début.

700 ANS DE FASCINATION

C’est une très vieille relation que Chinois et Italiens entretiennent. Pendant la deuxième moitié du 13e siècle, entre Venise et Xi’an, au cœur de la Chine, Marco Polo avait parcouru, ébahi et émerveillé, la route de la soie d’alors. Cette fois-ci, les échanges vont bien au-delà des tissus fins, des parfums et des épices. On s’échangera des turbines et des oranges ; il se construira des aéroports et des chemins de fer ; la collaboration culturelle passera par les musées, les médias et même le sacro-saint soccer, alors qu’il se jouera en Extrême-Orient des matches de coupe d’Italie.

C’est vrai, ce rapprochement Rome-Beijing inspire beaucoup de réticences. On craint une expansion de l’influence chinoise en Europe et, par extension, un renforcement de pratiques commerciales souvent déloyales. C’est à réfléchir. Entre-temps, Xi Jinping, imperturbable, mène sa politique d’un continent à l’autre, sans coups de gueule, ni menaces, ni tweets désobligeants. En homme d’État, bref.

Les « Nouvelles routes de la soie »

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Graphique AFP
  • Projet lancé en 2013 par le président chinois, Xi Jinping
  • Il comprend la construction de routes, de ports, d’aéroports, de chemins de fer et de complexes industriels.
  • Une soixantaine de pays ont jusqu’à maintenant reçu l’aide financière de Beijing.
  • Entre 200 et 400 milliards $ ont, pour l’instant, été dépensés par la Chine.
  • D’ici 2027, les investissements chinois devraient dépasser 1200 milliards $.
  • « La Ceinture et la Route » pourrait devenir le plus large projet d’infrastructure et d’investissements de l’histoire :
  • Près de 70 pays concernés, englobant 65 % de la population mondiale et 40 % du PIB de la planète.