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Quand les Expos jouaient dans ma cour

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Ah 1969, quelle année ! Pour certains, c’est Woodstock ou le bed-in de John et Yoko au Reine Elizabeth. Pour d’autres, c’est le premier homme à avoir marché sur la Lune. Pour moi, c’est l’arrivée des Expos.

Il faut dire que j’avais une attitude bon enfant à 15 ans. Je n’étais pas du tout fait pour aller me vautrer dans un festival de musique. Mais j’ai suivi l’odyssée d’Apollo XI même si Tintin, Milou, le capitaine Haddock et les impayables Dupond et Dupont y étaient allés bien avant Neil Armstrong et Buzz Aldrin.

Le complexe de tennis IGA a
remplacé le stade des Expos au parc Jarry. Avec mon bâton de Bob Bailey que j’avais acheté dans le temps dans un magasin d’articles de sport et coiffé de de ma
casquette des Expos, je m’y suis rendu au début de la semaine.
Que de beaux souvenirs !
Photo Chantal Poirier
Le complexe de tennis IGA a remplacé le stade des Expos au parc Jarry. Avec mon bâton de Bob Bailey que j’avais acheté dans le temps dans un magasin d’articles de sport et coiffé de de ma casquette des Expos, je m’y suis rendu au début de la semaine. Que de beaux souvenirs !

Période fascinante

Il se faisait des grandes choses aussi à Montréal. Les grands projets se succédaient à un rythme fou. À compter de 1966, on a commencé à se déplacer en ville sous terre. Notre métro était le plus beau au monde !

En 1967, le monde est venu chez nous pour l’Expo. Et, en 1968 enfin, la Ligue nationale de baseball nous a fait l’honneur de devenir la première ville canadienne à être admise dans les ligues majeures.

Le bonheur !

De plus, les Expos allaient élire domicile au parc Jarry. Mon parc Jarry, mon terrain de jeu, mon domaine. Pour moi qui demeurais sur la rue Saint-Denis, près de Villeray, c’était l’endroit rêvé.

C’était dans ma cour ! Souvent durant l’hiver 1968-1969, je me rendais au parc afin de suivre l’évolution des travaux d’agrandissement. Les puissants projecteurs éclairaient la cuisine dans notre logement situé au troisième étage.

On entendait les clameurs de la foule et même les présentations de Claude Mouton au micro quand on était sur le balcon de l’arrière de la maison.

Casquette avant-gardiste

Je suis retourné au parc pour les besoins d’un reportage au début de la semaine. Du stade, il ne reste plus que la partie en ciment qui avait été bâtie en 1961. Le baseball a fait place au tennis en 1980.

Au lieu d’apporter une raquette, j’ai apporté un bâton de Bob Bailey que j’avais acheté dans le temps dans un magasin d’articles de sport, ainsi que la casquette bleu-blanc-rouge des Expos que je me suis procurée dans une boutique de souvenirs de Québec il y a quelques années.

Les traditionalistes du baseball avaient fait les gorges chaudes devant cette casquette tricolore à l’époque. On disait que ça faisait ligue de balle-molle. Or, elle a amorcé le début d’une tendance dans les majeures.

Plusieurs équipes ont commencé à porter des casquettes à deux tons de couleurs. C’était sans compter les uniformes. Les Expos faisaient conservateurs à côté des Pirates de Pittsburgh, des Astros de Houston et des A’s d’Oakland.

Photo d'archives

Perdre avec le sourire

Comme il n’était pas question que je sèche l’école, j’ai dû attendre l’arrivée des matchs en soirée pour assister à ma première rencontre des ligues majeures.

C’était le 2 mai, un vendredi soir. Il faisait frisquet dans les estrades populaires ce soir-là. Une foule de 11 892 spectateurs avait assisté à la défaite de 7 à 3 des Expos aux mains des Pirates. Il s’agissait de leur 14e en 22 matchs.

On n’était pas déçus, car on savait bien que notre équipe ne gagnerait pas beaucoup de matchs à sa première saison.

Le 13 mai, un mardi soir, contre les Astros. Il faisait un froid de canard. C’est probablement parce qu’il avait les doigts de la main droite gelés que Mike Wegener n’arrivait pas à lancer des prises.

Gene Mauch l’avait remplacé par Elroy Face après qu’il eut accordé des buts sur balles aux trois premiers frappeurs à lui faire face.

Encore là, quand on est sortis du stade après une cuisante défaite de 10 à 3, on s’est dit qu’il n’y avait rien là. Mais on ne savait pas que cette défaite allait être la première d’une série de 20 !

Nos z’Amours

Les Expos ont renoué avec la victoire le 7 juin à Los Angeles. Leur fiche était alors de 12 victoires contre 37 défaites. Mais on les aimait quand même. Ils étaient devenus nos Z’Amours !

Ils nous faisaient oublier le Canadien l’été. On raffolait de Rusty Staub, alias le Grand Orange, de Coco Laboy, de Mack Jones, proclamé maire des estrades populaires après avoir frappé deux circuits aux dépens de Nelson Briles lors du tout premier match au stade Jarry.

On aimait Bill Stoneman, qui avait lancé un match sans point ni coup sûr lors de la neuvième rencontre de l’histoire de l’équipe à Philadelphie.

Plaisir assuré

On était assurés aussi d’avoir du plaisir dans le petit stade. Fernand Lapierre jouait des airs entraînants à l’orgue. Il y avait ce gigueur qui descendait les gradins derrière le marbre sans tomber. Ses spectacles lui ont valu la renommée. On a appris qu’il s’appelait Claude Desjardins et qu’il travaillait à l’hôpital Notre-Dame.

Il y avait ce fameux vendeur de peanuts, un monsieur Black que l’on voyait aussi au Forum, qui lançait ses petits sacs avec grande précision dans un rayon qui semblait bien atteindre 50 pieds.

« On a atterri sur la lune ! »

Le dimanche après-midi du 20 juillet, entre les deux matchs d’un programme double contre les Mets de New York, on nous a fait entendre la retransmission des échanges entre le centre de communications de la NASA et Neil Armstrong, commandant de la mission Apollo XI et pilote du module lunaire.

Lorsque le LEM a aluni dans la mer de la Tranquillité, les 27 356 spectateurs et les joueurs des deux équipes, qui étaient rassemblés sur le terrain, ont applaudi à tout rompre.

Claude 1er

Un mois plus tard, un héros des Québécois, Claude Raymond, qui avait remporté sa première victoire de la saison cette année-là avec les Braves d’Atlanta au parc Jarry, devenait le premier joueur de chez nous à porter les couleurs des Expos.

À sa 15e année dans le baseball professionnel, Frenchie avait enfin l’occasion de faire carrière chez lui. Ça nous faisait un joueur de plus des Expos à imiter dans nos matchs au parc.

Les Expos ont terminé la saison avec une fiche de 52 victoires contre 110 défaites.

Mais on n’avait jamais été aussi heureux d’encourager une équipe perdante.

Ah que j’aimerais ravoir 15 ans !

 

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Disponible le 27 mars...