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Qui veut la tête de Justin Trudeau?

L’ex-ministre Jane Philpott accuse le premier ministre et son entourage de vouloir étouffer l’affaire SNC

Qui veut la tête de Justin Trudeau?
illustration Julien Dufour

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OTTAWA | Justin Trudeau fait face à une fronde sans précédent de la part de ses deux ex-ministres qui ont démissionné dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin, au point où on se demande maintenant si elles veulent carrément sa tête.

« Est-ce qu’il y a une attaque [contre le] leadership de Justin Trudeau dans le but de le remplacer avant l’élection ? On ne peut pas s’empêcher de croire que oui », soutient le professeur de droit constitutionnel à l’Université Laval, Patrick Taillon.

L’ex-présidente du Conseil du Trésor, Jane Philpott, a lancé une bombe jeudi dans sa première entrevue depuis sa démission-choc, le 4 mars dernier.

Attaque grave

Dans un entretien avec le magazine Maclean’s, Mme Philpott accuse Justin Trudeau et son entourage de vouloir étouffer l’affaire SNC-Lavalin. Elle ajoute du même souffle « qu’il y a encore beaucoup à dire dans cette histoire ».

« C’est une attaque très, très forte envers le premier ministre, soutient M. Taillon. J’ai de la difficulté à imaginer comment elle pourrait l’attaquer plus frontalement. »

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Pour le politologue de l’Université d’Ottawa François Rocher, la sortie de Mme Philpott « mine le leadership de Justin Trudeau et son autorité ». « C’est plus qu’un caillou dans son soulier, c’est comme une grosse pierre qu’il porte autour du cou », illustre-t-il.

Le politologue de l’Université de l’Alberta Frédéric Boily croit quant à lui que « l’entrevue est comme un acte de défi » envers le premier ministre.

Des dommages

Justin Trudeau et son entourage sont visés par des allégations d’ingérence politique auprès de l’ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould, afin que cette dernière aide SNC-Lavalin à éviter un procès criminel. Mme Wilson-Raybould a depuis démissionné.

Le moment choisi par Mme Philpott pour briser le silence ajoute l’insulte à l’injure. Les troupes libérales ont tout fait pour tourner la page sur l’affaire SNC-Lavalin cette semaine.

Mardi, le comité parlementaire chargé d’enquêter sur les allégations d’ingérence politique a mis fin à son examen, sans donner la chance à Jody Wilson-Raybould de témoigner de nouveau. Le même jour, le gouvernement Trudeau a déposé un budget-bonbon dans lequel il saupoudre de l’argent sur toutes les tranches de l’électorat.

Après la salve de sa collègue Philpott jeudi, Mme Wilson-Raybould en a remis une couche, le lendemain.

L’élue de Vancouver a annoncé son intention de rendre publics des échanges de textos et de courriels appuyant son témoignage-choc devant le comité de la justice du 27 février dernier.

Un putsch ?

Malgré sa violence, la fronde des deux élues n’est pas le prélude d’un putsch, croient les trois experts consultés par Le Journal.

« Normalement, quand il y a un putsch, la personne la mieux placée pour remplacer le premier ministre est bien identifiée, explique M. Rocher. Un putsch, c’est un geste collectif. Pour l’instant, on ne voit pas trop qui pourrait occuper le poste de chef. »

Le juriste Patrick Taillon croit néanmoins que les gestes des députées rebelles visent probablement à envoyer un message à leurs collègues du caucus du Parti libéral.

« En persistant, c’est comme si elles disaient que Justin Trudeau est à l’origine de son malheur et qu’une remise en question de son leadership est peut-être la façon pour les libéraux de sauver les meubles. »

Et maintenant ?

Pour l’instant, le chef du parti et premier ministre canadien Justin Trudeau n’a toujours pas l’intention d’expulser du parti les deux députées. Une situation que nos trois experts jugent intenable.

« Il y a un geste inévitable que Trudeau va devoir poser, et en le retardant, il se complique beaucoup la vie », résume Patrick Taillon.

Ils ont claqué la porte

Jody Wilson-Raybould

Qui veut la tête de Justin Trudeau?
Photo Agence QMI, Matthew Usherwood
  • Ex-ministre de la Justice et ex-ministre des Anciens Combattants

Jane Philpott

Qui veut la tête de Justin Trudeau?
Photo Agence QMI, Matthew Usherwood
  • Ex-présidente du Conseil du Trésor

Celina Caesar-Chavannes

Qui veut la tête de Justin Trudeau?
Photo tiré de Twitter
  • Ex-députée libérale

Gerald Butts

Qui veut la tête de Justin Trudeau?
Photo Agence QMI, Matthew Usherwood
  • Ex-secrétaire principal de Justin Trudeau et ami personnel

Michael Wernick

Qui veut la tête de Justin Trudeau?
Photo Guillaume St-Pierre
  • Greffier du Conseil privé. A annoncé sa retraite

L’affaire SNC-Lavalin en résumé

L’affaire SNC-Lavalin a éclaté le 7 février dernier après la publication d’un reportage dans le quotidien The Globe and Mail prétendant que Justin Trudeau et son entourage auraient mis de la pression sur l’ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, pour qu’elle aide SNC-Lavalin à éviter un procès criminel.

La multinationale québécoise est accusée de fraude et de corruption auprès du régime de l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi afin d’obtenir de lucratifs contrats dans ce pays, de 2001 à 2011.

Ottawa a voté une loi l’an dernier qui permet aux entreprises visées par de telles accusations d’éviter un procès criminel. Cet outil, appelé Accord de poursuite suspendu, a été mis en place par le gouvernement Trudeau après d’intenses efforts de lobbying de la part de SNC-Lavalin.

L’affaire wilson-raybould

En vertu de ces ententes, les entreprises fautives acceptent de payer une amende salée et de renforcer leurs règles d’éthique. Or, la procureure au dossier a refusé cette avenue à SNC-Lavalin. La loi prévoit toutefois que le ministre de la Justice peut reverser la décision du procureur au dossier. C’est à ce moment que l’affaire SNC-Lavalin trouve son origine. Justin Trudeau et son entourage auraient alors tenté de convaincre Mme Wilson-Raybould d’intervenir en faveur de la firme d’ingénierie, ce qu’elle a refusé net de faire.

Une vingtaine de communications sur ce dossier ont alors eu lieu entre le bureau de M. Trudeau et celui de Mme Wilson-Raybould sur une période de quatre mois, de septembre à décembre 2018.

Pour l’ex-ministre, ces interactions étaient « extrêmement inappropriées » en vertu du principe d’indépendance de la justice. L’entourage du premier ministre est plutôt d’avis qu’il ne s’agissait que de simples discussions. La controverse a provoqué une vague de démissions.