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Au revoir, Gronk!

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Photo d'archives, AFP Rob Gronkowski saluant la foule après avoir remporté son troisième Super Bowl dans l'uniforme des Patriots de la Nouvelle-Angleterre.

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Quand un grand joueur annonce sa retraite, la tentation est forte de le considérer comme un coup sûr pour le Temple de la renommée dès sa première année d’admissibilité. On avance parfois même qu’il a été le meilleur de tous les temps à sa position. Dans le cas de Rob Gronkowski, de tels qualificatifs ne sont probablement pas exagérés.

L’ailier rapproché des Patriots a décidé qu’à 29 ans, son corps éprouvé avait suffisamment encaissé les rigueurs de la NFL. C’en est donc fait pour celui qui a officialisé sa retraite dimanche soir. C’est donc la fin d’une carrière brève, mais totalement dominante pour le «Gronk».

Certains diront que d’autres ailiers rapprochés ont produit davantage et que le costaud numéro 87 des Patriots ne peut pas être considéré comme étant plus performant qu’eux. 

Après tout, Gronkowski vient au troisième rang dans l’histoire à sa position pour les touchés avec 79, derrière les 116 d’Antonio Gates et les 111 de Tony Gonzalez. Au chapitre des réceptions, il y a non seulement Gonzalez, Jason Witten, Gates et Shannon Sharpe devant lui, mais aussi d’autres ailiers rapprochés de bonne qualité mais pas parmi les plus grands de l’histoire, tels que Greg Olsen, Jimmy Graham, Vernon Davis et Heath Miller devant lui. C’est le même constat au chapitre des verges amassées.

Sauf que la carrière d’un joueur ne se résume pas à un ramassis de chiffres. Gronkowski a joué la majeure partie de sa carrière en dépit de blessures récurrentes. En seulement neuf saisons, il a dû composer avec trois opérations au dos, quatre au bras, une au genou, quelques commotions cérébrales, et alouette! Malgré tout, à chaque fois qu’il a remis l’uniforme, il a dominé son sport comme personne d’autre ne pouvait le faire à sa position.

Le plus complet

En plus d’être un extraordinaire receveur de passes avec des mains fiables et un don pour aspirer les ballons même en circulation lourde, Gronkowski s’est révélé un bloqueur d’une rare fiabilité. Regardez tous les grands noms à sa position et il est difficile d’en trouver un autre qui maîtrisait aussi bien cette facette cruciale du jeu.

Lors de la dernière saison, sa productivité avait chuté dans le jeu aérien, mais il est demeuré d’une efficacité sans nom dans un rôle trop peu salué de joueur de ligne offensive additionnelle. Oui, c’était à ce point.

Et pour en revenir au jeu aérien, son excellente moyenne en carrière de 15,1 verges par réception rappelle à quel point sont rares les ailiers rapprochés capables d’amener une dimension aussi verticale, encore moins ceux qui font 6 pi 6 po et 265 livres! Gronkowski a régulièrement battu des doubles couvertures, tout simplement parce qu’en santé, il était pratiquement indéfendable. 

C’est sans même parler du fait que Gronkowski, un véritable spécimen athlétique, était capable de courir à peu près tous les tracés imaginables, de plusieurs positionnements sur le terrain, contrairement à la vaste majorité des gros bonhommes de son gabarit. Voilà qui devient un cauchemar pour tout coordonnateur défensif!

C’est aussi dans les plus grands moments que «Gronk» a su se démarquer. En 16 matchs de séries, il a pulvérisé les records à sa position avec 81 réceptions et 12 touchés, pour une moyenne de 14,4 verges par réception.

Personnalité unique

Souvent durant sa carrière, Gronkowski a été perçu comme une bête de party, une réputation qu’il a pris un malin plaisir à entretenir dans une ère où les athlètes professionnels se doivent de plus en plus de respecter le cadre établi et le moule du bon goût.

Nul doute qu’il a profité des bonnes choses de la vie, mais ce serait une grossière erreur de croire que c’est ce qui le définit. Pour performer à ce point sous les ordres d’un entraîneur aussi exigeant que Bill Belichick, il a fallu que Gronkowski soit un travaillant hors pair, un rat de gymnase. Pour produire à ce point au sein d’une attaque complexe au sein de laquelle Tom Brady n’accepte pas le moindre faux-pas, il a fallu que Gronkowski ait le nez plongé aussi souvent dans son livre de jeu qu’un futur avocat dans ses livres de droit.

Un jour, après diffusion de quelques reportages sur le penchant de Gronkowski pour la fête, Belichick s’est approché de lui lors d’un entraînement.

– «Gronk, c’est quoi toutes ces histoires de party?», lui a-t-il demandé.

– «Coach, ça m’oblige à travailler encore plus fort!», lui a répondu son joueur.

– «All Right... Peu importe ce qui fonctionne pour toi», a conclu le patron qui n’accepte aucune demi-mesure de ses joueurs.

Pourquoi parler de cette anecdote? Parce que si «Gronk» y avait été trop fort sur la bouteille, s’il avait commis des bévues hors du terrain, que son nom s’était retrouvé en page frontispice des journaux pour les mauvaises raisons ou qu’il se la coulait douce sur le terrain ou dans le gymnase, jamais cette «joie de vivre» n’aurait été saluée, ni même tolérée, à Foxborough.

Gronkowski, c’est donc une personnalité enjouée qui manquera définitivement au cadre souvent trop strict de la NFL. C’est un travailleur acharné qui manquera encore plus aux Patriots, qui déploreront le départ d’un coéquipier respecté qui a produit, peu importe la qualité du groupe de receveurs à ses côtés, année après année. C’est aussi, d’abord et avant tout, le joueur le plus complet à sa position. Probablement dans toute l’histoire du circuit.

Chose certaine, il n’a pas dit son dernier mot. Pourrait-on le revoir sur le terrain, après quelques mois de repos à soigner un corps qui l’implore d’arrêter? Le reverra-t-on plutôt comme futur héros à exposer ses biceps dans des films d’action? Ou dans une arène de la WWE?

La seule certitude, à moins qu’il ne sorte de sa retraite, c’est qu’un buste et un veston l’attendent au Temple de la Renommée du football à Canton, dans cinq ans. Pas une année de plus, ce qui serait un affront grossier. 

Le meilleur ailier rapproché de tous les temps, donc? Sais pas... La poussière n’est pas encore retombée. Ce que je sais, c’est que des «Gronk», il n’y en a pas deux.