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Bar ouvert

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Une histoire, dit-on, en chasse une autre.

Voyez le tourbillon des derniers jours : colère des chauffeurs de taxi, prêtre attaqué, rapport Mueller, chute du pseudo-califat de Daech, grogne au PQ, budget de la CAQ, et j’en passe.

Toutes ces nouvelles méritent attention.

Elles font cependant de l’ombre à une turpitude massive, ici, maintenant, qui nous fera très mal, très longtemps.

Et si on appuyait sur les boutons « pause » et « rewind » avant d’oublier complètement ?

Promesses brisées

Avant d’être porté au pouvoir en 2015, Justin Trudeau avait promis que ses trois premiers budgets contiendraient des déficits annuels d’autour de 10 milliards $.

Chacun des trois premiers budgets a défoncé cette cible. Pour l’année dernière, le déficit réel fut de 19 milliards $.

Si les mots ont un sens, la promesse a été brisée.

Trudeau avait aussi promis que le budget de sa quatrième année serait équilibré.

Son quatrième budget annonce un déficit de 19,8 milliards $.

Si les mots ont un sens, cette promesse a aussi été brisée.

Y a-t-il eu des circonstances imprévues, comme une crise économique, qui auraient pu justifier ces déficits ?

Absolument pas. L’économie canadienne va bien, très bien depuis des années.

L’an dernier, la croissance économique a gonflé de 6 % les revenus du gouvernement. Cette année, ils augmenteront encore plus.

Il n’aurait pas fallu de gros efforts pour équilibrer le dernier budget, juste un peu moins de cynisme politique.

Y avait-il des dépenses urgentes, structurantes, très coûteuses qui justifiaient ce bar ouvert ?

Il fallait certes moderniser des infrastructures vieillissantes, mais regardez attentivement et vous verrez que les investissements dans ce domaine ne sont qu’une fraction de l’orgie de dépenses des dernières années.

Tout ça après les sacrifices imposés par le gouvernement Couillard à un contribuable québécois qui est aussi un contribuable canadien.

Vive la cohérence dans le fédéralisme canadien !

Pire, il n’y a plus aucune année où l’on prévoit un retour à l’équilibre budgétaire.

On nous annonce maintenant des déficits oscillant entre 18 et 12 milliards $ pour chacune des années d’ici 2023.

Qu’arrivera-t-il quand une récession fera grimper les dépenses du gouvernement et réduira ses revenus ?

Trudeau s’en fout totalement. Seule compte sa réélection.

Opportunisme

Comprenez-moi bien : il y a un débat philosophique légitime sur la « bonne » façon de gérer les finances publiques.

Je ne dis pas que toute austérité est bonne et tout déficit mauvais.

Je dis que le gouvernement Trudeau renie ses promesses, fait un virage à 180 degrés, et le fait pour des raisons électoralistes de très court terme.

Quelles raisons ?

Premièrement, pour aller chercher ce qui reste de l’électorat du NPD au Canada, qui aime les dépenses gouvernementales, et pour pouvoir dépeindre les conservateurs comme le « méchant-parti-de-droite-qui-ne-pense-qu’aux-coupures-pendant-que-le-gentil-gouvernement-Trudeau-prend-soin-des-familles-canadiennes ».

Deuxièmement, en donnant un bonbon à chacun à cinq mois d’une élection, on espère éloigner les odeurs fétides de l’affaire SNC-Lavalin.

Justin Trudeau n’était-il pas censé faire de la politique différemment ? En tout respect, vous y avez cru ?