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Restaurant de l'Assemblée nationale: des dépenses ont déjà doublé avant le début des rénovations

L’Assemblée nationale entreprendra des travaux de 4 M$ dans son restaurant

Restaurant Le Parlementaire
Photo Agence QMI, Simon Clark Le restaurant Le Parlementaire, inauguré il y a plus de cent ans, subira une cure de rajeunissement au coût de 4 millions $.

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Les travaux n’ont pas encore commencé, mais le budget pour rénover le restaurant patrimonial de l’Assemblée nationale, maintenant à 4 millions $, dépasse déjà ce qui était prévu, a appris notre Bureau d’enquête.

En octobre, l’institution avait confirmé à notre Bureau parlementaire qu’une première phase du projet serait consacrée à des plans et devis architecturaux, à l’achat de mobilier et à des travaux d’entretien, qui devaient être terminés ce mois-ci.

Le budget établi pour cette étape préliminaire s’élevait à 1,2 million $. L’Assemblée nationale avait alors été incapable de révéler le coût total du projet, en plaidant que les dépenses d’une deuxième phase n’avaient pas encore été évaluées.

Selon une porte-parole, un budget total avait tout de même été calculé pour le projet et inscrit dans un document destiné à demeurer secret.

DES COÛTS À LA HAUSSE

Au cours des trois dernières semaines, plusieurs échanges avec l’Assemblée nationale ont été nécessaires pour obtenir finalement un portrait précis de la situation.

Toutes nos demandes d’entrevues ont été refusées. Une porte-parole a cependant révélé la semaine dernière que des prévisions budgétaires ont déjà doublé.

«L’évaluation des coûts de construction pour la phase 1 a été revue à la hausse», a indiqué dans un courriel Laurie Gosselin-Bélanger, le 20 mars.

Le budget prévu est ainsi passé à 2,3 millions $ pour la première phase. Dans ses premières réponses à nos questions, l’Assemblée nationale avait passé cet aspect sous silence.

L’institution s’était contentée d’affirmer, le 4 mars, qu’une somme de 2,7 millions $ avait été ajoutée, pour un total de 3,9 millions $. Une deuxième phase semblait toujours prévue.

En réponse à nos questions, l’Assemblée nationale a ensuite révélé, le 5 mars, que le projet ne comportait maintenant qu’une seule et unique phase.

PROJET ÉLARGI

Les travaux de la première phase, qui devaient déjà être terminés, ont été jumelés à la deuxième phase.

Jusqu’ici, seuls une étude d’avant-projet et des plans et devis ont été réalisés.

«Comme la portée du projet initialement prévu a été élargie, nous ne parlons plus de “phases” pour la réalisation des travaux», a répondu la porte-parole.

À partir d’octobre, le restaurant sera fermé pendant 20 semaines pour l’exécution des travaux.

Même si l’Assemblée nationale a admis que les coûts ont été revus à la hausse, la porte-parole avait assuré, le 8 mars, qu’il «ne saurait être question de dépassement de coût».

Ce n’est pas la première fois que l’Assemblée nationale révise le coût d’importants chantiers avant même d’amorcer les travaux. En 2014, elle avait annoncé la construction dans sa cour intérieure d’un nouveau pavillon au coût de 50 millions $. Le projet s’est ensuite transformé en pavillon souterrain devant l’édifice, et son budget a été fixé à 60,5 millions $.


TRAVAUX PRÉVUS

  • Aménagement d’un bar
  • Nouvel éclairage
  • Peinture et réfection des plâtres
  • Remplacement du tapis
  • Aménagement d’une cuisine d’appoint attenante à la salle à manger

UN CHANTIER DONT LA PLANIFICATION ÉVOLUE

  OCTOBRE 2018 MARS 2019
BUDGET TOTAL SECRET 3,9 M$
NOMBRE DE PHASES 2 1
COÛT 1re PHASE 1,2 M$ 2,3 M$
COÛT 2e PHASE INDÉTERMINÉ 1,6 M$
FIN 1re PHASE MARS 2019 2020 (JUMELÉ À LA PHASE 2)
MAÎTRE D’OUVRAGE DES TRAVAUX ITHQ ASSEMBLÉE NATIONALE

 

L’ITHQ ne dirigera pas les travaux

L’Assemblée nationale dirigera le projet de rénovation de son restaurant, même si c’est au départ l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec qui devait s’en charger.

Les documents d’un premier appel d’offres pour le projet stipulaient en août 2018 que l’ITHQ agirait à titre de maître d’ouvrage et «assumer[ait] la gestion du projet».

En 2017, l’Assemblée nationale avait conclu avec l’ITHQ un partenariat pour la gestion de son restaurant.

La présidente-directrice générale de l’ITHQ, Liza Frulla, a déclaré récemment à notre Bureau d’enquête que son organisation a eu un rôle secondaire dans le projet de rénovation.

FANTÔMES

L’organisme s’est finalement limité à formuler des conseils.

«Ça a changé. On s’est dit : on va mettre les expertises aux bonnes places», a dit Mme Frulla.

L’ITHQ a donné son avis sur l’aménagement du restaurant. «Il faut respecter les fantômes du parlementaire. Mais on est en 2019, il faut rendre le lieu convivial», a dit sa PDG.

L’Assemblée nationale assurera la gestion de la suite du projet, a confirmé sa porte-parole Laurie Gosselin-Bélanger, sans plus de précisions.

«L’expertise de l’ITHQ est davantage axée sur la gestion des restaurants, l’offre culinaire et le développement de stages et de formation.»

Selon l’institution, il était prévu que l’implication de l’ITHQ se limiterait à l’étude d’avant-projet.

«PAS ANORMAL»

Un consultant en restauration et hôtellerie chez Optimum HRT, Pierre-Marc Cardinal, juge difficile de se prononcer sur la somme de 4 millions $ prévue pour le projet.

«Ce n’est pas anormal de parler de 4 millions $.» Les budgets de ses clients varient entre 300 000 $ et 8 millions $.