/opinion/columnists
Navigation

La souveraineté à la carte

GEN-Conseil nationale du PQ á TroisRiviéres
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Les péquistes ne sont pas les seuls à mériter une sérieuse dose d’introspection.

Coup d'oeil sur cet article

En déclin constant depuis le dernier référendum, le Parti québécois est en majeure partie l’artisan de ses propres malheurs. La semaine dernière, j’en faisais l’analyse dans ma chronique La traversée du désert. Inutile aussi de blâmer les millénariaux trop « individualistes ». La vérité est qu’ils ont grandi dans le silence abyssal du PQ sur son option souverainiste.

Les péquistes ne sont cependant pas les seuls à mériter une sérieuse dose d’introspection. Québec solidaire (QS) devrait également se regarder dans le miroir. Sans complaisance ni déni. En misant uniquement sur sa montée à même une partie de l’électorat du PQ, QS n’a eu de « solidaire » que le nom.

À preuve : son rejet de toute alliance électorale avec le PQ et la négation de sa propre signature au bas d’une feuille de route commune sur une stratégie souverainiste novatrice. Comme je l’ai déjà écrit, le vrai parti coupable de cet échec n’est pas celui qui a tendu la main, mais plutôt celui qui l’a mordue.

Futile

Il s’avère en effet que cet échec n’a fait qu’accélérer non seulement le déclin du PQ, mais aussi celui de la même option souverainiste dont QS se réclame pourtant. Déjà miné par l’effet dévastateur du trop long silence du PQ sur son option, ce qu’il restait du mouvement souverainiste s’en est trouvé encore plus affaibli.

Or, derrière ce blocage de QS se cache surtout un dérèglement politique typique au camp indépendantiste depuis sa genèse. Cette affliction, je l’appelle le désir d’une souveraineté à la carte. Un désir futile et contre-productif pour un projet aussi ambitieux, exigeant et complexe.

Dans sa version plus récente, cette souveraineté à la carte revêt plusieurs habits s’excluant les uns des autres. Les uns veulent la souveraineté si elle est « progressiste ». D’autres, si elle est obsédée par l’interdiction des signes religieux. D’autres encore, si l’indépendance accouche du pays le plus vert de la planète. Bref, on confond l’« avant » et l’« après » Oui.

Miroir

Cette quête de la perfection inatteignable et à géométrie variable fait fi de la raison première du projet souverainiste : la liberté politique dans un État de langue française ouvert à tous ceux et celles choisissant de s’y installer. La liberté, comme le disait bien Pierre Falardeau, n’est pas une marque de yogourt.

Six mois après leur défaite historique et au sortir de leur conseil national de la fin de semaine dernière, les péquistes donnaient les premiers signes de l’avoir peut-être compris. Pour la suite, tout est sur la table, disent-ils, sauf l’indépendance.

Idem pour les plus jeunes encore trop rares, mais essentiels à insuffler plus d’énergie à ce parti durement ébranlé par son déclin et sa régression brutale au statut de troisième opposition. Le tout, pendant qu’il est grugé en même temps par la CAQ et QS.

Le Parti québécois serait-il enfin prêt à se regarder crûment dans le miroir ? Si oui – et ça reste encore à voir –, Québec solidaire serait sage de l’imiter.