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Des vautours ont l’oeil sur nos start-up d’intelligence artificielle

Plus de 2 G$ de fonds publics ont été injectés dans ce secteur au pays depuis 3 ans

Veritas Communications Montreal-Le laboratoire Microsoft Researc
Photo courtoisie Il y a deux ans, Microsoft s’est payé la start-up québécoise spécialiste du langage des machines Maluuba. Ici, une illustration artistique du laboratoire de Microsoft dans le quartier montréalais Mile-Ex.

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Les Google, Facebook et Microsoft qui viennent ici pour profiter de la manne de l’intelligence artificielle ont l’œil sur nos start-up pour leurs brevets, prévient l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

« Ils ont un œil sur tout ce qui se développe parce qu’ils sont dans les laboratoires. Une fois qu’ils voient que certaines start-up ont un potentiel de croissance fort, ils procèdent à des fusions-acquisitions. Ils rachètent les entreprises », analyse Joëlle Gélinas, l’une des auteures d’une étude de l’IRIS publiée hier.

En plein boom de l’intelligence artificielle, l’organisme déplore que rien ne garantisse que les 2 milliards $ injectés par Québec et Ottawa depuis 2016 auront des retombées ici.

« Ce sont les gouvernements qui assument tous les risques, mais le privé qui engrange les profits », ajoute Mme Gélinas.

Rachat par des géants

Quand une start-up va bien, elle est souvent achetée par une étrangère qui conserve ensuite son expertise et ses brevets.

Sans parler de généreux congés fiscaux pour les chercheurs étrangers qui ont droit à certaines exemptions sur leur revenu au provincial durant cinq ans, ajoute-t-elle.

Pour Myriam Lavoie-Moore, coauteure du rapport, la venue de ces multinationales au Québec est tout sauf le fruit du hasard. « Google et Facebook ne sont pas ici pour rien. Ce sont des spécialistes dans l’appropriation de ressources publiques », dit-elle.

Mme Lavoie-Moore donne l’exemple récent d’Amazon qui vient de se faire fermer la porte au nez par les New-Yorkais qui ne voulaient rien savoir d’elle. « Les gens ont commencé à se réveiller », illustre-t-elle.

Pour éviter que l’argent public ne serve que les intérêts privés, l’IRIS veut que le Québec se dote d’un « cadre réglementaire » pour que le savoir-faire et les retombées économiques et sociales servent les intérêts de l’ensemble des Québécois.

« C’est impensable que les gouvernements laissent les GAFAM [Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft] s’approprier les innovations technologiques qu’ils financent sans la moindre redevabilité », déplore Myriam Lavoie-Moore.

Pire encore, selon le professeur associé en économie à l’UQAM Julien Martin, spécialiste des paradis fiscaux, un autre problème moins connu vient avec l’arrivée massive de ces entreprises en intelligence artificielle.

« C’est une industrie où c’est beaucoup plus simple de faire de l’évitement fiscal, de déplacer les profits et de se retrouver à payer peu ou pas d’impôt. Il faut être vigilant », conclut-il.