/entertainment/comedy
Navigation

«Noir»: Mike Ward persiste et signe

Coup d'oeil sur cet article

MONTRÉAL - Non, Jérémy Gabriel et le Tribunal des droits de la personne ne sont pas venus à bout du style corrosif de Mike Ward. Le mauvais garçon de l’humour s’assume pleinement dans «Noir», son cinquième «one man show», qui s’avère non seulement l’une des propositions les plus réussies de Ward à ce jour, mais aussi l’un des meilleurs spectacles comiques de la dernière année.

«Moi, j’ai pus rien à perdre», a lancé le principal intéressé à un certain moment de sa première montréalaise, mercredi, au Club Soda, après avoir reçu un bruyant accueil de son public, comme on en entend rarement dans les salles d’humoristes.

Évidemment, «Noir», comme tout ce que signe Ward, s’adresse à un public averti et capable d’encaisser sacres et vulgarités sans sourciller. Or, notre homme maîtrise suffisamment son art pour rendre le tout judicieux et outrepasser la gratuité, en étant franchement tordant.

Salvail

Dès qu’il ouvre la bouche, on éclate d’un rire entendu, en comprenant instantanément à quel point l’artiste n’a peur de rien.

Impossible de rapporter le moindre gag de ce premier numéro d’une quinzaine de minutes, les représentants des médias ayant été bien avisés qu’il ne fallait rien en dévoiler. Mentionnons simplement que ce segment d’ouverture va aussi loin que Mike Ward est capable d’aller... et qu’il prouve que ce dernier n’a nullement l’intention de courber l’échine ou de diluer son propos pour plaire à ses détracteurs.

Il enchaîne ensuite en nous livrant son point de vue sur les affaires Éric Salvail et Gilbert Rozon.

«Qui aurait cru, il y a un an, que c’était moi la meilleure personne du "show-business" québécois?», a-t-il hasardé.

Plusieurs de ses collègues ont traité de ces scandales depuis leur explosion, mais Mike Ward le fait de façon bien différente, en racontant qu’il a jadis collaboré à la radio avec Salvail, lequel lui a enseigné toutes les «traditions» de ce médium.

«Comme donner un bec sur le bout du pénis de l’animateur», a-t-il lancé, un peu insulté que la vedette déchue ne lui ait jamais fait d’avances. «Chu rendu trop "chubby" pour les "partys" de saucisses à Salvail!»

Il dit également ne pas comprendre les pédophiles qui s’en prennent aux jeunes.

«Moi, les enfants, je les blesse avec mes "jokes", pas avec mon pénis!»

Karma

Il dit affectionner les personnes trisomiques pour leur absence de malice. «Y’en a pus, au Québec, y’ont fermé l’usine. Mais aux États, y’en a plein partout», argue-t-il, jamais gêné de choquer. Lui qui rêve d’une mort comique et absurde imagine déjà la page frontispice des journaux s’il devait un jour être assassiné par une personne trisomique. «Tout le monde serait, comme "ah ben, crisse, le karma existe!"»

Qu’il raconte qu’il a perdu sa virginité à 11 ans («Mon oncle, lui, avait 36»), combien il a pu avoir du mal à se débrouiller avec un clitoris ou qu’il demande à une spectatrice si elle préférerait être abusée «par un inconnu ou par [son] mon oncle préféré», Mike Ward surprend toujours et fait constamment mouche au parterre.

Le moment où il relate «puer du batte» en camping n’est peut-être pas le segment le plus édifiant de «Noir», mais Ward se réchappe habilement, plus tard, en nous entretenant d’une amie transgenre, d’intimidation et de ses envies de suicide d’une journée.

Et il finira par admettre – nullement contrit –, que son handicap, à lui, c’est de ne pas être conscient qu’il est inacceptable de rire des personnes handicapées... un prétexte pour en rajouter, évidemment.

Mike Ward présentera «Noir» à Montréal et à Québec jusqu’à la mi-juin, puis partira en tournée. Toutes les dates sont sur son site web (www.mikeward.ca).