/sports/others
Navigation

Fou de la marche athlétique

Marcel Jobin
Photo PIerre-Paul Poulin Marcel Jobin, 77 ans, est devenu champion du monde des maîtres au 3000 m, lundi, à Toruń, en Pologne.

Coup d'oeil sur cet article

Sans dire que la marche athlétique commence à faire courir les foules, elle attire de plus en plus d’adeptes. Rencontre avec son plus grand ambassadeur, Marcel Jobin, qui prend part actuellement aux Mondiaux d’athlétisme en salle des maîtres à Toruń, en Pologne.

« Je ne vais pas là pour participer, mais pour gagner », me disait Marcel Jobin, juste avant son départ pour la Pologne.

Lundi, l’athlète de 77 ans avait déjà la médaille d’or au cou, finissant l’épreuve de 3000 mètres intérieure en 19 min 50 s. Vendredi, le marcheur pourra s’attaquer au 10 000 mètres, toujours en visant le sommet du podium.

« Je trouve les compétitions de plus en plus difficiles. Chaque fois, je me demande pourquoi je fais ça, mais je repousse toujours ma retraite. Au départ, je pensais arrêter à 69 ans. Maintenant, je me dis que ce sera peut-être plus facile lorsque je serai dans la catégorie des 80 ans et plus... », raconte M. Jobin.

Après 50 ans de carrière, il est toujours « incapable de dire, au fond, pourquoi » (extrait tiré de son livre le Fou en pyjama). Être obstiné et résolu à continuer, coûte que coûte, c’est ce qui lui a permis de se frayer un chemin dans un sport qui, faute de reconnaissance, n’allait nulle part.

La solitude du marcheur

Marcel Jobin ne croit pas au talent. Plutôt, au travail et à l’acharnement. Rien ne le prédisposait à une carrière sportive et nul – outre son épouse – ne l’encourageait. Avant d’obtenir un semblant de reconnaissance, il en a mordu de la poussière, et en a reçu des roches... littéralement.

« La marche est toujours le mouton noir de l’athlétisme, mais c’est heureusement moins pire que dans mon temps », dit Marcel Jobin. Le passage du temps, l’effet Jobin, la popularité de la course à pied pour M. et Mme Tout-le-Monde... peut-être un peu à cause de tout cela, la marche prend tranquillement sa place en athlétisme.

« À force d’être isolé, on n’a pas eu le choix de se créer une petite communauté de marcheurs, qui aujourd’hui grandit », pense Michel Parent, ex-marcheur élite et ami de Marcel Jobin. Le nouveau champion du monde de 77 ans au 3000 mètres se dit heureux de ce dénouement, mais, à l’image de son personnage désenchanté par des années de déception, il conserve son message de travailler dur auprès de la relève.

« Il n’y a rien de facile. Ce ne sera jamais facile, être un marcheur », dit M. Jobin.

« Il n’y a pas grand-monde qui comprend ce que ça veut dire, marcher un marathon en 3 h 9, ou réussir à atteindre une vitesse de 4 min/km en gardant toujours un pied au sol, une jambe tendue », explique le marcheur olympique.

La relève à la marche

On est toujours loin de dire que la marche attire l’enthousiasme des jeunes, mais certains osent maintenant s’y spécialiser, cernant – comme l’a fait Marcel 50 ans plus tôt – que leurs performances en athlétisme pourront se démarquer par ce sport. Aujourd’hui, la relève a aussi l’avantage d’avoir un peu d’aide.

Un peu. Jocelyn Ruest est le seul entraîneur spécialisé en marche rapide et marche athlétique au Québec. En 2018, il prenait en charge une nouvelle section « marche rapide et athlétique » au sein d’un club d’athlétisme, Les Vainqueurs, à Montréal.

« On a déjà une trentaine d’athlètes de tous âges, incluant une dizaine d’élites. L’année dernière, on a rapporté cinq médailles aux Championnats mondiaux des maîtres », dit l’entraîneur.

D’anciens coureurs qui, à cause de blessures, ont vu dans la marche une façon de prolonger leur plaisir ou des personnes qui ont toujours aimé marcher qui souhaitaient amener leur sport plus loin.

« Ils sont de plus en plus nombreux à faire le saut de la marche récréative à la marche compétitive », dit M. Ruest.

Quant à la fameuse technique de moulinage de la marche athlétique, l’entraîneur réussit à la décortiquer en prenant soin de considérer la biomécanique de chaque nouvel athlète. Tous ne recevront pas un trophée pour le style, comme Marcel Jobin dans le passé, mais « tout le monde peut faire de la marche athlétique », croit M. Ruest.

Tout le monde qui aime bosser dur, ajouterait M. Jobin. Et qui aime ça.

« Je ne sais pas encore pourquoi j’ai toujours continué, mais je sais que lorsque je n’aurai plus de plaisir, je vais arrêter », dit l’athlète de 77 ans.

FestiMarche 2019

  • Quand : le 13 avril 2019
  • Où : à la piste d’athlétisme Richard Garneau à Sainte-Thérèse

L’Académie sportive Marcel-Jobin organise le premier FestiMarche pour outiller et pour informer ceux qui souhaitent s’initier à la marche rapide et à la marche athlétique.

Un atelier d’initiation de 1,5 h encadré de l’entraîneur Jocelyn Ruest, sommité en la matière au Québec, leur exposera les rouages de ce sport à la technique bien définie.

Jean-Yves Cloutier, coach des Vainqueurs et auteur du livre Marcher au bon rythme, y présentera une conférence sur la marche.

Marcel Jobin alias le Fou en pyjama relatera aussi sa carrière et ses apprentissages dans sa conférence.


Renseignements : https://www.marceljobin.ca/

 

Plus de course... de marche !

Des événements de courses à pied incluent de plus en plus des épreuves de marche, notamment celles des courses thématiques en périphérie de Montréal. Les marcheurs auront droit à leur propre gala de fin de saison et à plusieurs signes de reconnaissance, enfin !

À l’automne, le 27 octobre prochain, un Championnat de 5 km de marche sera réservé aux 10 meilleurs marcheurs et aux 10 meilleures marcheuses du circuit.

L’Académie sportive Marcel-Jobin organise quant à elle le premier Championnat provincial de marche, le 15 juin prochain, au sein du Demi-marathon Marcel-Jobin. Des marcheurs de par le monde sont invités à ce rendez-vous international. Ceux-ci dépasseront leurs limites sur un parcours jugé et certifié d’un kilomètre, lors d’une course de marche de 5 km qui promet tout un spectacle.