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Avoir des enfants n'est pas un droit

Des couples réclament que l'infertilité soit considérée comme une maladie afin que la RAMQ rembourse leurs traitements

Avoir des enfants n'est pas un droit

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Voilà que résonne à nouveau dans l’espace public la voix des couples ayant des difficultés à concevoir. Je dis couple, car, contrairement à la croyance populaire, l’infertilité n’est pas l’apanage des femmes. Ces couples, donc, réclament que l’infertilité soit considérée comme une maladie et que son traitement soit de ce fait financé par l’État, comme ce fût le cas de 2010 à 2015.     

Rappelons au passage qu’en ce moment, les couples infertiles ont droit à un crédit d’impôt qui permet de récupérer, au regard de leur revenu, jusqu’à 80% du coût lié à leur prise en charge. Mais voilà que l’Association Infertilité Québec milite pour que les traitements soient remboursés entièrement par la RAMQ. Quand on sait qu’un couple sur 6 est infertile à l’échelle planétaire et que le montant déboursé pour un seul traitement de fertilité peut aller jusqu’à 15 000 $, pas besoin d’avoir un diplôme en comptabilité pour comprendre que la facture étatique serait salée. C’est d’ailleurs en grande partie pour cette raison que le gouvernement Couillard a fermé le robinet en 2015.     

Je comprends que pour les couples aux prises avec des difficultés à concevoir, avoir un enfant représente bien souvent le rêve d’une vie. Ce n’est pas étonnant, puisqu’on nous a inculqué depuis l’enfance ce rêve de la parentalité. Pour plusieurs, être parent, et être mère en particulier, est l’aboutissement suprême de la vie à deux. En dehors de l’enfantement, point de salut. Toute notre vie, le socioconstructivisme nous enligne vers cet idéal judéo-chrétien: trouver quelqu’un, s’établir, faire des enfants. Ce n’est pas étonnant, donc, que les gens infertiles ressentent parfois une grande détresse et un profond sentiment d’échec.      

«Facile à dire, t’en as trois des enfants», serez-vous tenté de dire. Vous avez raison. J’ai été excessivement privilégiée de pouvoir donner naissance à trois enfants sans recours à la science. Par contre, je me suis souvent demandé si j’aurais eu recours aux traitements de fertilité si j’avais eu de la difficulté à concevoir. La réponse est non. Pour la simple et bonne raison que la grossesse, pour moi, n’est pas un passage obligé. Je ne comprends pas ce désir atavique de vouloir porter un enfant à tout prix.      

Parce qu’au-delà du prix en dollars sonnant de la démarche en fertilité, ces traitements ont souvent un coût physique et humain important. Et ça, on en parle peu. Combien de couples se sont brisés à force d’essayer, en vain, de concevoir? Combien de mères, une fois leur bébé miracle dans les bras, ont constaté, à leur grand désarroi, que cette maternité fantasmée n’était pas l’état de grâce qu’on essaie de nous vendre? Combien de femmes aux prises avec des effets secondaires lourds et contraintes de se piquer dans le ventre jour après jour dans l’espoir de voir apparaitre enfin la miraculeuse petite ligne rose sur un test de grossesse acheté en paquet de 10 sur Amazon?      

Je ne dis pas que le désir d’enfant n’est pas légitime et que subir un traitement de fertilité est une mauvaise chose, sauf qu’être parent n’est pas un droit. Encore moins dans la conjoncture écologique dans laquelle nous sommes. En plus, ce n’est pas comme si le gouvernement n’était d’aucune aide. Je le répète, il fait déjà sa part en remboursant une partie des coûts engrangés par ces traitements.      

La vérité, c’est que notre désir d’enfant est souvent le fruit de notre ego. L’enfant est vu comme un projet, un prolongement de soi. Il faut se demander pourquoi on veut à ce point un enfant et surtout, pourquoi on tient tant à le porter. Il y a des centaines d’enfants déjà au monde qui attendent de trouver une famille aimante, ici ou à l’étranger. On peine déjà à répondre aux besoins des 244 000 petits humains qui naissent chaque jour sur notre planète épuisée.      

Je veux dire, on n’est même pas capable de leur payer des écoles qui ont de l'allure, à nos enfants. Même que dans certaines commissions scolaires, ils sont entassés dans des maisons mobiles, faute de place. Comme société, on doit faire des choix de nature économique. Et qui dit choix dit malheureusement sacrifices. Non, être parent n’est pas un droit, c’est un privilège qu’on peut se payer quand on en a les moyens collectivement.      

► Geneviève Pettersen coanime Les Effrontées, tous les jours de 9 h à 10 h en semaine sur QUB radio.