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Trump et collusion: le démocrate Adam Schiff persiste et signe

Trump et collusion: le démocrate Adam Schiff persiste et signe
AFP

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La réponse du représentant démocrate Adam Schiff aux accusations de ses collègues républicains de mentir au sujet de la collusion entre la campagne de Donald Trump et des agents de la Russie en 2016 établit clairement que le président Trump est loin d'être blanc comme neige dans cette affaire.  

Depuis la remise du rapport du procureur Mueller vendredi dernier et la publication du résumé qu’en a fait l’Attorney General William Barr dimanche dernier, Donald Trump et ses partisans paradent en martelant le mantra «No Collusion», pas de collusion. Pourtant, tout ce que le rapport Mueller dit est qu’il n’existe pas suffisamment de preuve pour appuyer une accusation criminelle de complot contre le président.    

Dans le cadre du «tour de la victoire» de Trump après la lettre de Barr, le président et ses alliés ne se contentent pas de tenter de réécrire l’histoire pour effacer toute trace de comportement inapproprié de la part du président et de son équipe, malgré le fait que plusieurs d’entre eux sont sur le chemin de la prison. En plus de vouloir effacer tous les faits déjà connus qui ne concordent pas avec le scénario d’exonération totale que favorise le président, les républicains passent à l’offensive en cherchant à se venger contre les démocrates qui insisté pour que la lumière soit faite sur cette affaire.   

Notamment, les républicains du comité du renseignement de la Chambre des représentants ont réclamé la démission du président démocrate de ce comité, Adam Schiff, qu’ils accusent d’avoir colporté des mensonges au sujet du président en abusant des renseignements confidentiels dont il disposait en tant que membre de ce comité.  

  

Une réplique mémorable  

La réponse de Schiff à ces accusations passera aux annales des discours au Congrès. En se basant uniquement sur des faits publiquement connus et entièrement avérés, sans faire appel à quelque renseignement confidentiel, il a livré un message cinglant à ses adversaires républicains.    

En substance, il leur a dit : «Vous pensez peut-être que tout ce que le président et son équipe ont fait en rapport avec cette affaire russe est totalement acceptable (OK), mais je ne crois pas que ce soit acceptable.»    

Je crois qu’il est utile de laisser les mots de Schiff parler d’eux-mêmes. Vous pouvez l’écouter et visionner la vidéo ou lire la traduction française que j’en ai faite ci-dessous. Tous les éléments mentionnés sont basés sur des faits avérés et déjà admis par les personnes en cause.    

En bref, ceux qui acceptent l’exonération totale du président croient aussi que tout ce qui est décrit par Schiff est acceptable. Pour ma part, je ne crois pas que ce soit acceptable en fonction des normes généralement partagées par les Américains, à moins que ce pays ne soit sur une pente très glissante...   

Vidéo de l'appel à la démission de la part des républicains et de la réponse d'Adam Schiff (réponse à 2:10).  

Réponse du représentant démocrate de Californie Adam, président de la commission du renseignement de la Chambre des représentants aux accusations des républicains contre lui (28 mars 2019; ce qui suit est ma traduction de cette retranscription).  

Mes collègues pensent peut-être que c’est OK que les Russes aient offert des informations compromettantes [dirt] sur la candidate démocrate aux élections présidentielles dans le cadre de ce qu’on a décrit comme les efforts du gouvernement russe pour aider la campagne Trump. Vous pourriez penser que c’est OK.  

Mes collègues pourraient penser que ce n’est pas grave que, lorsque cette information a été offerte au fils du président, qui jouait un rôle clé dans la campagne, le fils du président n’a pas appelé le FBI; il n'a pas catégoriquement refusé cette aide étrangère. Non, au contraire, il a affirmé qu'il «aimerait» recevoir l'aide des Russes.  

Vous pourriez penser que c’est OK qu’il ait participé à cette rencontre. Vous pensez peut-être que c’est OK que Paul Manafort, directeur de la campagne, qui a une grande expérience des campagnes, ait également pris part à cette rencontre. Vous pensez peut-être que c’est OK que le gendre du président ait également pris part à cette réunion. Vous pourriez penser que c’est OK qu’ils l’ont caché au public. Vous pensez peut-être que ce n’est pas grave si leur seule déception après cette réunion est que l’information compromettante sur Hillary Clinton qu’on leur a livrée n’était pas meilleure. Vous pourriez penser que c’est OK.  

Vous pensez peut-être que c’est OK qu’après que cette rencontre ait été dévoilée au public, un an plus tard, ils ont menti à ce sujet en disant que la discussion avait porté sur les adoptions. Vous pensez peut-être que ce n’est pas grave que le président ait aidé à dicter ce mensonge. Vous pourriez penser que c’est OK. Je ne le pense pas.  

Vous pourriez penser que c’est OK que le directeur de la campagne présidentielle ait offert des informations sur cette campagne à un oligarque russe en échange d'avantages financiers. Vous pourriez penser que c’est OK. Je ne le pense pas.  

Vous pourriez penser que c’est OK que ce directeur de campagne ait fourni des données de sondages à une personne liée aux services de renseignement russes. Je ne pense pas que ce soit OK.  

Vous pensez peut-être qu’il soit OK que le président lui-même ait demandé à la Russie de pirater les courriels de son adversaire, s'ils écoutaient. Vous pensez peut-être que ce n'est rien mais, plus tard dans cette même journée, les Russes ont tenté de pirater un serveur affilié à la campagne Clinton. Je ne pense pas que ce soit OK.  

Vous pensez peut-être que c’est OK que le gendre du président ait cherché à établir une voie de communication secrète avec les Russes par le biais d’une installation diplomatique russe. Je ne pense pas que ce soit OK.  

Vous pourriez penser qu’il est OK qu’un associé du président ait pris contact directement avec le GRU via Guccifer 2.0 et WikiLeaks, qui est considéré comme une agence de renseignement hostile. Vous pensez peut-être que ce n’est pas grave qu’un haut responsable de la campagne ait reçu pour instruction de contacter ce collaborateur et de savoir ce que cette agence de renseignement hostile avait à dire en termes d’information compromettante sur son adversaire.  

Vous pensez peut-être qu’il est OK que le conseiller à la sécurité nationale désigné [Michael Flynn] ait fait des tractations secrètes [pendant la période de transition] avec l’ambassadeur de Russie à propos d’un affaiblissement des sanctions américaines, et vous pouvez penser que le fait qu’il ait menti au FBI sur ces tractations soit OK.  

Vous pourriez dire que tout ça est OK si c’était ce qu’il fallait faire pour gagner [l’élection]. Mais je ne pense pas que ce soit OK. Je ne pense pas que ce soit OK. Je pense que c’est immoral. Je pense que c’est contraire à l’éthique. Je pense que c’est antipatriotique et, oui, je pense que c’est corrompu - et qu’il s’agit d’éléments de preuve de collusion.  

Maintenant, j'ai toujours dit que la question de savoir si cela constituait une preuve de complot [suffisante pour justifier une inculpation criminelle] était une autre affaire. Il revenait au procureur spécial de déterminer s’il pouvait prouver hors de tout doute raisonnable qu’il s’agissait d’un crime au sens de la loi. J’ai dit que j'accepterais sa décision et je l’accepte. C’est un homme juste et honorable et un bon procureur.  

Pour ma part, je ne pense pas que cette conduite, criminelle ou non, soit acceptable. Et le jour où nous penserons que tout ce que j’ai décrit est acceptable sera le jour qu’on pourra par la suite identifier comme celui où l’Amérique a perdu son sens moral.  

Et je vais vous dire une dernière chose à propos de l'audience d'aujourd'hui: je ne pense pas qu’il soit normal que, pendant une campagne présidentielle, monsieur Trump ait demandé l'aide du Kremlin pour monter un projet immobilier à Moscou qui lui aurait rapporté une fortune, selon le procureur spécial, des centaines de millions de dollars. Je ne pense pas que ce soit OK qu’il ait caché ces tractations au public. Je ne pense pas que ce soit OK qu’il ait en même temps plaidé en faveur d’une nouvelle politique plus favorable à l’égard des Russes, alors même qu’il cherchait l’aide du Kremlin pour gagner de l’argent. Je ne pense pas que ce soit OK que son avocat ait menti à notre comité. Pour cela, il existe un mot différent de collusion et ce mot est «compromission».  

Et c'est le sujet de notre audience aujourd'hui. »