/finance/business
Navigation

Une pénurie qui va «faire très mal»

La construction de bibliothèques et d’écoles pourrait être remise à plus tard

Inspecteurs en bâtiments
Photo d'archives, PIerre-Paul Poulin L’Association de la construction du Québec (ACQ) estime que le nombre d’heures travaillées par personne sur les chantiers, comme celui-ci sur la rue Molson à Montréal, sera plus élevé cette année que la moyenne des dix dernières années.

Coup d'oeil sur cet article

Une pénurie de 3500 travailleurs risque de « faire très mal » aux chantiers de Montréal, de Québec et de l’Outaouais ces prochaines semaines, révèle une analyse de l’Association de la construction du Québec (ACQ), obtenue par Le Journal.

« Ce que l’on a vécu cette année est un avant-goût de ce que l’on va vivre l’année prochaine. Ça risque de faire mal. À long terme, ça risque de faire très mal », prévient le porte-parole de l’Association de la construction du Québec (ACQ), Guillaume Houle.

À l’approche de la haute saison, l’ACQ estime qu’il manquera au moins 3500 travailleurs sur les chantiers du Québec. Même si les besoins sont deux fois moins grands que l’an dernier, les indicateurs sont toujours au rouge, selon l’organisation.

« Ces chiffres sont conservateurs. Ça pourrait être pire », observe M. Houle. Selon lui, les annonces des derniers jours du budget Legault concernant les écoles vont exercer une pression de plus sur l’industrie déjà écrasée par la pénurie.

Montréal, Québec et l’Outaouais seront frappés de plein fouet.

La construction de bibliothèques ou encore d’écoles risque d’être reportée. Plâtriers, poseurs de systèmes intérieurs et peintres seront très recherchés partout.

Relève absente

Comme si ce n’était pas assez, l’âge avancé des travailleurs de l’industrie se fait de plus en plus sentir sur les chantiers... et la jeune génération boude toujours les bancs d’école.

« Non seulement il y a le vieillissement de la population, avec de plus en plus de travailleurs de 55 ans et plus sur les chantiers au Québec, mais en plus il y a de moins en moins d’inscriptions dans les programmes de formation professionnelle », déplore M. Houle.

En Outaouais, la situation est pire encore. La région peine à stopper l’hémorragie de centaines de travailleurs qui choisissent chaque année d’aller gagner leur vie en Ontario en espérant avoir plus d’argent dans leurs poches.

« Beaucoup d’entre eux vont là parce qu’ils n’ont pas besoin de payer leurs assurances ou encore leur syndicat. Ils préfèrent avoir un chèque net », ajoute le porte-parole de l’ACQ.

Effet domino

De son côté, le vice-président exécutif de la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec (CEGQ), Éric Côté, craint aussi l’effet domino causé par le manque de main-d’œuvre.

« Il y a un effet cascade », illustre-t-il.

Selon lui, l’ampleur du problème est telle que les entrepreneurs renoncent à de juteux contrats, faute de travailleurs. Sans parler des coûts qui explosent de toutes parts.

« Et là, on ne parle même pas du personnel non syndiqué qui manque aussi à l’appel, comme les surintendants, les chargés de projets ou les architectes », soupire-t-il.

Top 10 des métiers en pénurie en 2019

  1. Charpentier-menuisier : 832
  2. Électricien : 424
  3. Plâtrie : 327
  4. Briqueteur-maçon : 303
  5. Peintre : 243
  6. Poseur de systèmes intérieurs : 277
  7. Poseur de revêtements souples : 109
  8. Ferblantier : 104
  9. Cimentier-applicateur : 78
  10. Grutier : 74

Travailleurs de la construction

  • Métiers assujettis à la Loi R-20 : 165 000
  • Autres travailleurs (non assujettis) : 100 000
  • Total : 265 000

Heures travaillées (en millions)

  2017 2018
Génie civil et voirie 29,4 32,6
Industriel 10,6 10,6
Institutionnel et commercial
79,3 88,7
Résidentiel 28,7 30,8
TOTAL 148 163
Source : Association de la construction du Québec et Commission de la construction du Québec