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La mort annoncée de la mer Morte

Cette touriste américaine a accepté de ­poser pour moi devant cette pancarte d’interdiction de baignade allègrement bafouée.
Photo courtoisie, Gilles Proulx Cette touriste américaine a accepté de ­poser pour moi devant cette pancarte d’interdiction de baignade allègrement bafouée.

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La mer Morte, j’y suis allé pour la première fois en 1970, alors que la tension militaro-politique entre les Jordaniens et les Israéliens était à couper au couteau. J’ai même entendu des coups de feu retentir au loin. Un touriste américain avait été touché. Pas près de l’endroit où j’étais, mais plus loin sur le lac. Inutile de vous dire que nous avons été évacués sur-le-champ. Pas question de risquer que quelqu’un d’autre se fasse blesser par un tireur jordanien embusqué. Eh bien, j’étais loin de me douter, alors, que je ne reverrais plus jamais cette mer Morte telle qu’elle était. Elle a – tenez-vous bien – rapetissé du tiers depuis ma première visite. De mon vivant, je l’ai vue fondre... ou plutôt s’évaporer.

S’enduire de boue de la mer Morte est censé faire du 
bien à la peau.
Photo courtoisie, Gilles Proulx
S’enduire de boue de la mer Morte est censé faire du bien à la peau.

L’atmosphère y est bizarre. C’est le point le plus bas de la Terre : 429 mètres sous le niveau de la mer ! Avec une salinité de presque 28 %, ses eaux n’ont rien de comparable à l’eau de mer, qui n’a que 3 % de sel.

Imaginez-vous donc que sous ce lac assez­­­ triste, sans vie, se cache une couche de sel pur épaisse de quelque 50 mètres ! En ce moment, le détournement des eaux du Jourdain pour l’agriculture explique cette régression du lac, que son affluent principal n’alimente plus.

Les Russes sont très nombreux autour de la mer Morte.
Photo courtoisie, Gilles Proulx
Les Russes sont très nombreux autour de la mer Morte.

Cette masse d’eau saline croupit sous le soleil brûlant et s’évapore, s’évapore, s’évapore. Apparemment, quelques sources sous-marines l’alimentent aussi, ce qui explique pourquoi elle ne s’est pas déjà totalement asséchée.

Ironiquement, tandis que la mer Morte continue de mourir, l’industrie touristique l’exploitant se porte bien. Il y a maintenant plusieurs grands hôtels où des vacanciers espèrent se ressourcer. On prête aux sels de la mer Morte des vertus thérapeutiques, mais j’éprouve de gros doutes... Que ça soigne le psoriasis, je veux bien. Les rhumatismes ? Peut-être. Mais le cancer­­­ de la peau ? Non !

Main de boue sur l’omoplate.
Photo courtoisie, Gilles Proulx
Main de boue sur l’omoplate.

Au fond, la mer Morte nous fascine et nous amuse parce que c’est un phénomène hydrologique unique au monde. Le seul endroit où l’on flotte comme un billot.