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Laïcité: un compromis raisonnable

laicite Barrette
Photo Agence QMI, Simon Clark

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Après 10 ans de négligence libérale, le gouvernement Legault a choisi la voie du compromis raisonnable.

L’esprit de compromis se voit dans le retrait du crucifix du Salon bleu, l’octroi d’un droit acquis et le non-assujettissement à la loi des CPE et des écoles privées.

Discutable ? Évidemment. Parfait ? Impossible en la matière.

Le gouvernement mérite d’être appuyé s’il ne se met pas à lâcher des morceaux dans l’espoir futile d’amadouer des gens qui ne voudront jamais rien savoir.

Qui ? Le Canada­­­ anglais, les multiculturalistes à tout crin, les quasi-professionnels de la victimisation, et leurs relais dans la sphère médiatico-politique.

Tous les vents finissent par retomber. N’oublions pas qu’on entendra davantage les mécontents, qui se verront offrir plus de tribunes que jamais, que les partisans.

Répondons maintenant à quelques objections.

1. La loi veut régler un problème inexistant.

Il faut justement agir pendant que peu de gens sont concernés. Après, ce sera impossible, et on reprocherait alors aux autorités d’avoir trop attendu.

2. La loi est « raciste » et « xénophobe ».

Le racisme, c’est la croyance en une hiérarchie des races. La xénophobie, c’est l’hostilité envers les étrangers. Une religion est un système d’idées, rien à voir avec la couleur de la peau ou le pays d’origine. Les signes de TOUTES les religions seront proscrits pour des catégories très restreintes d’employés. Oui, il y a des racistes au Québec, plutôt moins qu’ailleurs, mais c’est un autre problème.

3. La loi « stigmatise », « divise », « discrimine ».

Il y a déjà de la « division ». Il s’agit de faire baisser la tension par une clarification. On légifère sur cette question dans d’innombrables pays et on va souvent beaucoup plus loin. Les gens restent libres de croire à ce qu’ils veulent. La liberté religieuse absolue dans l’exercice d’une fonction étatique dilue le principe de la séparation entre un État neutre et une foi personnelle, en plus d’aller à rebours de la sécularisation progressive du Québec contemporain. Les seuls franchement outrés sont ceux, comme Justin Trudeau, pour qui la liberté religieuse doit être illimitée, donc d’une essence supérieure à tout autre type de droit.

4. La loi vise à renforcer l’identité québécoise.

Pas vraiment. Elle ne réglera pas le malaise de la majorité québécoise, qui se sait minoritaire au Canada, qui subit un procès d’intention soutenu, qui a jadis lutté pour limiter l’emprise de la religion, et qui la voit aujourd’hui revenir en force. C’est plutôt parce que la société est plus diversifiée que jadis qu’il convient de clarifier la règle du jeu dans le cas de l’État.

5. Il est choquant de passer outre aux chartes, aux avis des juristes des gouvernements, et de recourir à la clause dérogatoire.

La clause dérogatoire n’est pas née des revendications du Québec. Elle existe pour être utilisée et l’a déjà été. Les juristes du gouvernement n’ont pas à se prononcer sur l’opportunité politique d’un geste, seulement sur sa dimension légale. En démocratie, le mot de la fin revient aux élus.

Je poursuivrai cette réflexion.