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Le joyeux brun d’avril

Le joyeux brun d’avril
Illustration Nathalie Samson

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Je n’ai pas une bonne relation avec le mois d’avril. Tout est brun, les arbres sont encore nus de leurs feuilles, et c’est le festival des cochonneries qui percent à travers la neige. Rien de plus poétique qu’un vieux paquet de cigarettes et un petit monument de compost canin qui décorent un banc de neige brun qui est en train de fondre.

En même temps, il y a quelques petits avantages, j’imagine que sous la glace traînent une couple de gants que j’ai perdus ou qui sont tombés quand je sortais de mon char. Ridicule que, chaque année, je réussisse à en perdre une ou deux paires.

Je pense que je devrais faire comme quand j’étais ti-cul et demander à ma mère de m’acheter des mitaines avec une corde.

En même temps, je vous avoue qu’avec l’hiver qu’on a eu, je suis prêt à endurer ledit banc de neige en échange d’un peu de chaleur et du soleil qui recommence à se manifester. Même que, hier, je suis allé courir dans mon petit patelin des Laurentides et, pour la première fois depuis novembre, mes runnings ont touché à l’asphalte 100 % du temps. Pas de neige ni de glace. Je vous confesse que j’ai presque versé une larme.

Le pire, c’est que j’aime les 11 autres mois de l’année, je leur trouve tous un côté positif incluant le froid et la platitude de février, mais avril et moi, on est dus pour une thérapie de couple car, clairement, on n’arrive pas à se rejoindre, on a un problème de communication, ç’a de l’air.

Pourtant, ti-cul, je tripais sur le quatrième mois de l’année. Après avoir passé l’hiver à jouer au hockey dans la rue et sur la patinoire du quartier, on pouvait finalement troquer nos patins pour nos gants de baseball. Nos mères nous forçaient à mettre une tuque quand même pour sortir, mais une fois qu’on tournait le coin de la rue, elle prenait le bord assez vite, merci.

Évidemment, il y avait toujours le pauvre enfant du coin avec la mère poule qui le couvait clairement trop et qui le forçait à mettre son habit d’hiver au complet même si le reste de la gang était en jeans et en jogging.

On essayait de l’encourager à suivre le moment populiste de notre gang à avoir le moins de linge possible sur le dos, mais sa réplique était toujours la même : « si ma mère me pogne, elle va me chicaner. »

Je me demande ce qu’il est devenu, ce fils-à-maman, mais quelque chose me dit qu’il a commencé à consulter jeune pour faire sortir tout ce qu’il a refoulé en nous regardant braver le froid en t-shirt.

Un défi

Adulte, le défi de savoir comment s’habiller en avril persiste.

Il y a des jours où t’as l’impression de vivre les quatre saisons en même temps et que mère Nature a même réussi à en créer une cinquième. En passant, avant que le mois commence officiellement, tous les fatigants qui s’amusent à dire : « en avril, tu ne te découvres pas d’un fil », comment je pourrais vous dire ça poliment ? Vos yeules ! On l’a assez entendue, celle-là ! À moins que tu sois encore dans un cercle des fermières, sssshhhhh !

Bonne nouvelle, c’est la saison du baseball qui a recommencé. On peut se torturer en regardant des matchs dans des villes où il fait plus chaud qu’ici, mais bon, c’est un peu notre camp d’entraînement à nous, on se prépare mentalement à sortir notre crème solaire.

En attendant, dealons avec la boue, les énormes flaques d’eau et, surtout, faisons attention de ne pas piler dedans...

Ça devrait être ça notre nouveau dicton.